NOUVELLES OBJECTIONS
(discussions sur l'Infaillibilité; leurs campagnes ont déchaîné
Iles attaques du parti adverse contre la primauté. Mais doivent-elles émouvoir les bons catholiques, dévoués au Saint-Siège, qui, d'accord avec les saints Pères, voient la garantie de la vérité révélée dans le consentement de l'Eglise et veulent s'en tenir là? Voilà pourquoi la définition de l'Infaillibilité n'est aucunement nécessaire. A l'encontre de «ette définition se dresse aussi l'antique règle que Bellarmin ejcprime en disant que les définitions de foi dépendent prin- •cipalement de la tradition apostolique et du consentement •des Eglises. On ne peut pas citer comme exemple en faveur de la thèse contraire la définition de l'Immaculée Conception.
Le Pape a le pouvoir suprême dans l'Eglise. Mais l'argument qu'on a déduit en faveur de son infaillibilité est dû à un laïque (i), peu versé en théologie, au talent plus séduisant que digne de confiance. La parole de Notre-Seigneur : ' <c Tv es Pierre, etc. », est interprétée différemment par les Pères, elle a valu à Pierre d'être élevé à la dignité de fondement de l'Eglise, et de là vient que l'Eglise durera jusqu'à la fin des temps. Pierre peut aussi empêcher qu'on ne propose aux fidèles une doctrine contraire à la tradition apostolique, et c'est pourquoi les chrétiens ont la certitude morale que la doctrine de S. Pierre est une doctrine de foi. Mais la question qui occupe le concile, n'est point décidée par là. Si le Pape était juge infaillible en matière de foi, il aurait pu mettre fin à de nombreuses controverses et sauver les âmes de nombreux périls. Or, bien que les fidèles des siècles passés aient eu en très haute estime le témoignage des sièges épiscopaux d'origine apostolique et nommément celui du siège de Rome, ils ont toutefois pensé que seul le consente-
(1) De Maisire.
ment des Eglises garantissait certainement rapostolîcitéd'une doctrine.
De là, l'autorité des conciles généraux. Si le Pape est infaillible, i:)ense M^'" Rauscher, le cardinal Orsi a raison, quand il appelle les conciles-^ une besogne inutile ». / Maisles conciles dont Grégoire le Grand vénérait les décisions à l'égal des quatre Evangiles, jouirent toujours dans l'ancienne Eglise de la plus haute autorité. Dans les situations critiques de l'Eglise et de l'Etat, c'est à eux qu'on eut recours et l'on n'a jamais dit en Orient ou en Occident : « A quoi bon tant de^ voyages, de désagréments et de dangers ? Adressons-nous aix Pape. Ses décisions dogmatiques nous offrent tout autant que de nombreux conciles. Elles nous donnent la certitudesur les vérités divinement révélées. »
L'orateur s'efforce ensuite d'abriter son opinion derrière l'autorité de S. Augustin, et d'affaiblir les témoignagestirés des saints Pères en faveur de l'Infaillibilité. Finale-^ meut, il revient sur les difficultés spéciales, que les évêque& d'Autriche et d'autres Etats rencontreraient dans l'interprétation de quelques sentences de Pajjes du moyen âge, tel que Boniface VIII, si l'infaillibilité du Pape était définie.
Le discours de M^"" Rauscher clôtura la 53^ congrégationr générale. A l'ouverture de la suivante, qui se tint le 19 mai,, le cardinal CuUen se leva pour défendre le schéma contre les objections soulevées dans les deux séances précédentes, (i)
Il discute d'abord l'obj ection de M^'^Héfelé, relative à la question d'Honorius et réfute, â la fois, les objections proposées par M='' Héfelé, dans son discours et dans sa brochure déjà mentionnée. (2)M^''Cullen gagne l'Huditoire par sa parole facile^ et claire et par la maîtrise avec laquelle il traite son sujet..
(1) Acfa, etc., m, 98 sqq.
(2) Causa Honorii Papae. Voir plus haut, p. 31 sqq.