REPONSE DU CARDINAL CULLEN
« Les idées exposées par M*''" Héfelé, dit-il, ne sont pas neuves, ni d'une importance capitale. On les discute depuis longtemps : j'ai lu des écrits sur la matière, il y a quelque quarante-cinq ans. »
L'orateur montre d'abord qu'Honorius n'a pas enseigné d'hérésie; il parcourt les lettres incriminées : nous les connaissons. / Il appuie d'ailleurs son affirmation sur l'autorité de M^"" Héfelé lui-même, qui écrivait, dans son Histoire des conciles (IV, p. 4i sq.), récemment traduite en français : « En parlant ainsi Honorius avait exprimé la doctrine orthodoxe, et il y aurait injustice manifeste à l'accuser d'hérésie. » Le seul tort d'Honorius est de parler peu clairement, M*' Héfelé dit encore : « On peut dire que la substance des vues d'Honorius, ainsi que de sa réjDonse, étaient orthodoxes. » Donc au témoignage de celui-là même qui invoque Honorius pour combattre l'infaillibilité du Pape, rien dans la lettre du pape ne peut être condamné.
Comment se fit-il donc qu'il fut cependant condamné par le VI« et le VHP concile, comme l'affirme M^-^ Héfélé? Que le prélat veuille bien nous l'expliquer. D'une part, il dit qu'Honorius n'a rien d'hérétique dans sa lettre, et d'autre part il dit qu'Honorius a été condamné comme hérétique par le VI^ concile général ! Les protestants pourraient conclure que les conciles généraux ne sont pas infaillibles. Mais le docte évêque de Rottenburg peut-il en tirer nn argument contre l'infaillibilité du Pape ? Quant à moi, j'affirme qu'Honorius n'a rien enseigné d'hérétique et qu'aucun concile ne l'a condamné comme hérétique.
En effet, on peut être hérétique de deux manières : premièrement parce qu'on enseigne clairement et ouvertement une opinion hérétique, et deuxièmement parce qu'on favorise des hérésies et qu'on rend possible leur diffusion. C'est ainsi que les constitutions apostoliques contre les sociétés secrètes condamnent non seulement ceux qui en font partie, mais
encore ceux qui les favorisent et les soutiennent. Aussi Honorius fut-il condamné par le concile non pour av^oir enseigné des hérésies, mais pour avoir, par son imprudence, rendu possible aux monotliélites la diffusion de leur hérésie. Les conciles doivent être expliqués dans le sens où ils ont été confirmés par le pape. Le pape n'avait donné à ses légats que des pouvoirs restreints, et, dans sa lettre à l'empereur, il appelle ses délégués des hommes bornés et sans culture. Touchant l'affaire d'Honorius, ils n'avaient certainement .aucun pouvoir. LePape qui lui succéda n'apas, comme le prétend M^'Héfelé, en sanctionnant le concile, repris simplement «es paroles, mais il dit expressément qu'Honorius n'a pas été coudamné pour avoir enseigné une hérésie, mais pour avoir, -dans la résistance à l'hérésie, négligé les devoirs de sa charge, / M^r Cullen cite les paroles du pape. S'il est donc vrai, conclut-il, comme le dit M^^Héfelé dans son écrit, que les papes suivants aient eu la coutume de condamner Honorius dans la formule du serment, ils ne l'ont fait que dans le sens où le VI^ concile avait été confirmé par le pape / (i).
(1) Après le discours du cardinal Cullen M" Mermillod se tourna vers M*' Héfelé et lui dit en plaisantant : « Vous semblez avoir vous aussi, deux volontés, l'une comme professeur et l'autre comme éwèque {Diarmin, p. 61). Mais M" Héfelé était douloureusement atteint par cette attaque du cardinal Cullen. Quelques jours après, il publia quelques pages (Defensio Episcopi Rottenburgensis, voir plus haut, p . 37) , dans lesquelles il s'efforça de démontrer que dans son ouvrage plus complet, il soutenait qu'Honorius avait été hérétique. U ne jnentionne pas explicitement le discours du cardinal Cullen prononcé dans la congrégation générale, mais se borne à mentionner cette assertion que sa brochure sur Honorius contredisait son Histoire des Conciles. Le discours du cardinal fut prononcé le 19 mai et M"Hélelé date son opuscule du 27 mai ; tout l'exposé vise aussi le discours du cardinal Cullen. De fait. M" Héfelé peut citer un passage de son grand ouvrage, où il dit que les lettres d'Honorius présentent des traces d'hérésie. Mais le passage en question ne se trouve pas à l'endroit où il résume, comme il dit {Defensio, etc., p. 4), son jugement sur Honorius, mais dans le chapitre où il traite du VI* concile et de la condamnation d'Honorius, {Konziliengeschichte, m, l" édit., 269). Lk, il déclare que le concile a condamné Honorius comme hérétique dans le sens propre du mot et il ajoute que le .concile le fit avec raison, vu que les lettres d'Honorius contiennent effective-