LA PETITION AU PAPE
Le lendemain matin, ces évêques, avant l'ouverture de la congrégation générale, sollicitèrent une audience du Saint- Père. Ils furent reçus avec bienveillance. Pie IX, ai^rès avoir entendu leur rapport, répondit qu'il veillerait à ce que l'Eglise ne souffrît aucun dommage ; il était convaincu que l'affaire ne souffrirait plus de nouveaux retards, et il prendrait les mesures nécessaires. Il paraît qu'à l'issue de la congrégation générale de ce Jour-là (19 avril), le pape fit parvenir ses ordres aux Présidents. Cependant, comme, après plusieurs jours, le cardinal Bilio n'avait pas encore soumis de nouvelles propositions à la Députation de la Foi, l'archevêque de Westminster, l'évèque de Ratisbonne et les autres Pères du parti se réunirent chez l'évèque de Carcassonne le soir du 22 avril. Ils y résolurent d'adresser de nouveau au Saint-Père une pétition, pour hâter la proposition du schéma de l'Infaillibilité (i).
En moins de vingt-quatre heures, la pétition se couvrit de cent cinquante signatures, et, dès le soir du 28 avril, elle fut présentée au Saint-Père. Elle était ainsi conçue :
« Très Saint-Père, on répand, avec une ardeur de plus en plus provocante, des écrits qui attaquent la Tradition catholique et qui blessent la dignité du concile. L'esprit des fidèles se trouble, les évêques se divisent de plus en plus, la paix et l'union de l'Eglise en souffrent beaucoup. D'un autre côté, le moment approche où il sera peut-être nécessaire de proroger les délibérations du concile, et il est à craindre que la question, qui tient les esprits en suspens, ne demeure sans solution. Mais, pour que les âmes des chrétiens ne soient plus agitées à tout vent d'opinions, pour que le concile œcuménique et l'Eglise catholique ne restent pas plus longtemps exposés aux outrages des hérétiques et des incrédules, et que le mal, déjà trop grand, ne devienne pas irrémédiable, les
(1) Ibid.
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Pères soussignés conjurent très liumblement et très instamment Votre Sainteté qu'elle daigne ^ selon la charge que Notre Seigneur Jésus-Christ Lui a confiée de paître les brebis et les agneaux, et selon le devoir qu'il Lui a imposé de confirmer ses frères — mettre en œuvre le seul remède efficace contre tant de maux et ordonner que le schéma sur l'Infaillibilité du pape soit aussitôt soumis à la délibération du concile (i). « /
Cette requête aboutit. « Enfin, le 27 avril w, dit le Diariiim, « le mercredi après le dimanche in albis, en la fête du B. Pierre Canisins, le cardinal Bilio annonça à la Députation de la foi que les Présidents avaient résolu de surseoir à toute autre discussion et d'ouvrir les débats sur la constitution de Romano Pontip.ce. Tous les Pères présents lui témoignèrent leur approbation, excepté le primat de Hongrie et l'archevêque de Gran, qui protesta de la manière la plus violente contre cette disposition et la blâma avec colère. Personne ne lui répondit un mot (2). »
Ce jour-là même, on ouvrit les débats, que suivirent bientôt les délibérations en congrégation générale. On voit par ce récit que ce n'est pas « Rome » qui a imposé au concile la discussion de l'Infaillibilité. Il ne fallut rien moins que les efforts suprêmes de la Majorité pour lancer ce mouvement. Ils avaient rencontré la plus grande résistance dans les présidents mêmes du concile, qui, subissant presque tous l'influence énervante de la Minorité, auraient même laissé échapper, sans leurs démarches incessantes, la dernière occasion d'introduire cette question d'une brûlante actualité.
(1) C. V., 971, h. sqq. —La pétition, qui circula en diverses éditions, réunit beaucoup plus de souscriptions, que l'exemplaire communiqué au Concile.
(2) DiARiUM, 1 en. 29.