‹ Histoire du Concile du Vatican (volume 2)Chapitre 6 sur 108 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

La controverse. — Publications opposées à la définition de l'Infaillibilité.

Durant ces mois de mars et d'avril, la polémique sur rinfaillibilité redoubla de vivacité. Les Pères y prirent une part active. Des brochures furent publiées qui traitaient de la doctrine elle-même, soit prise dans son ensemble (i), soit étudiée d'un point de vue particulier (2); d'autres défendaient (3) ou attaquaient la thèse de l'unanimité requise pour

(1) Observationes quaedam de infallibilitatis Ecclesiae subjecto. Xeapoli, 1870. De siirfiini Ponti/icis infatlibilifate personali. Xeapoli, 1870. — (Ad instar Mannscripti impressum) Quaestio. Sans indication de ville ni de date. — Animadversiones in quatuor contra Hotnani PontificLf infallibilitatern editos libellas . Neapoli, 1870. — Ca-Rooni, El ucitiratio de doymatica Romani Pontificis infallihilitatc. Rome, 1870. — Délia prefesa infallibilità personale del Romano Pontipce. — La infallibilità personale del Romano Pontefice. Neapoli. 1870. — GastroplaxiusO. M., De controveraia infallibilitatis. Neapoli, 1870.

(2) Hefele, Causa Honorii Papae. Neapoli, 1870. — Pexnachi, De Honorii Romani Pontificis causa in concilio VI. Romae 1870. — Ghilardi, 0. P., Honorius Papa ab accusationibus veterutn et novorum infallibilitatis sumini Pontificis adversariorum vindicatus. Taurini, 1870, — Reali. San Tommaso d'Aquino e l' infallibilità dei Romani Pontefici. — V.P., L' Infallibilità del Papa secondo S. Tommaso d'Aquino. — Blanchi, De constitutione monarchica Ecclesiae et de infallibilitate Romani Pontificis juxta d. Thomam Aq. ejusque scholam. Romae, 1870. — Fidelis a Fanna, Seraphici doctoris divi Bonaventurae doctrina de Romani Pontifices primatu et infallibilitate. Taurini, 1870. — Ghilardi 0. P., De plenitudine potestatis Romani Pontificis in Ecclesia Dei. Ex operibus lo. de Turrecremata. Taurini- 1870. — Azarian, Ecclesiae Armenae tradilio de Romani Pontificis primatu jurisdictionis et inerrabili mayisterio. Romae, 1870. — Freppel, S. Irénée et la primauté du Pape. Rome, 1870. — Freppel, De primatu Romani Pontificis ejusque infalltbili magisterio juxta ultima Gclliaruin concilia provincialia. Taurini, 1870.

(3) L'unanimité dans les conciles oecuméniques. Paris, 1870. — De l'unanimité morale nécessaire dans les conciles pour les définitions dogmatiques. Naples, 1870. — Délia storia dei Concili generali è dimostrata la nécessita del consenso moralmente unanime nelle definizioni di fede.

une définition dogmatique (i). Nous étudierons plus loin cette dernière question. D'autre part, comme il n'est ni possible ni utile d'examiner en détail toutes ces publications qui se répètent nécessairement, nous nous contenterons d'analyser quatre d'entre elles qui, dès leur apparition, s'imposèrent à l'attention de tous. /

La première, intitulée Obseruationes quaedam de infallibilitatis Ecclesiae subjecto a pour auteur le cardinal Rausclier, mais a été publiée sous l'anonymat.

Quelque temps avant l'ouverture du concile, le 6 novembre 18G9, celui-ci avait écrit au cardinal Sehwarzenberg que depuis quarante ans il demeurait fidèle à la doctrine de l'infaillibilité pontificale (2) ; mais pendant le concile, il semble que ses convictions furent ébranlées sous l'action des adversaires de la définition. Le postulat qu'il présenta au pape, le 12 janvier 1870, affirme, en effet, que de grosses difficultés se dressent contre cette doctrine, naissant de l'enseignement et de la conduite des Pères de l'Eglise, de l'histoire la plus authentique et de la doctrine môme de l'Eglise. Tant qu'on ne les aura pas résolues, affirmait-il, on ne peut définir l'infaillibilité pontificale (3). Ce sont précisément ces difficultés qui sont développées dans la brochure publiée au début

(1) ZiNELLi, Délia unaniinilà dei suffragi nei decreti dommalici dei concile ecurnenici. Torino, 1870. — Steccanella, S. J., Adversus novam doctrmam de necessitate unanimis episcoporum consensus Iheol. disquisitio. Roiiiae, 1870. — Nous avons déjà signalé la brochure intitulée : Disquisitio moralis de officia episcoporum in einillendis suffragiis circa personalis et independentis infallibilitatis Romani Pontificis delinitionem.

On lui opposa les réponses suivantes : Potton, 0. P., Hesponsio ad opusculmn quoddam,cui titulus est: Disquisitio, ek\ Neapoli, 1870. — Episcoporum conscientia in luto posita qtioad gravissimam de ponliliciaejnfatlihililatis defmitione quaestionem. — Ballerini, s. J., Jus et ofjicium Episcoporum in ferendo suffragio pro infallibilitate Homani Pontificis contra nuperas cavillationes . Ratisbonae, 1870. — Pour d'autres publications voir FRiEDBERG,.U7en.s7(/rfre iumersten Vatikanischen Kon%,iU Tubingen, 1872, p. 33 scm., 37 sq.

' (2) Voir II' volume, p. 335.

(3) C. r., 944 cl.

d'avril, et le cardinal les expose au j)ape et aux évêques pour les arrêter dans la voie où ils vont s'engager.

Ce travail est sérieux et contient à peu près toutes les objections que l'on peut faire contre la définition. Il traite le sujet vraiment à fond et avec une objectivité et une gravité remarquables. Le style mallieureusement rend la lecture de ces quatre-vingt-sept pages très pénible. /

Le premier chapitre précise le point en litige. Il ne s'agit pas de savoir si le Concile est supérieur au Pape; de plus, comme la chaire de Kome est universellement reconnue comme le fondement inébranlable de la foi, il est hors de doute que les décisions dogmatiques du pape doivent être reçues avec une absolue obéissance et une pleine confiance. Mais ceci n'exj)lique pas encore le dogme de l'Infaillibilité. En effet, les catholiques doivent au pape la même soumission dans les questions disciplinaires, mais l'on reconnaît cependant qu'il peut se présenter des cas où l'on ne serait pas tenu d'obéir. Or, ne peut-on pas croire que des cas de genre pourraient se présenter de même dans les questions dogmatiques ou morales, en sorte que le doute ne serait pas une faute contre la foi?

(c On se demande, en effet, si une définition en matière de foi et de mœurs, par cela seul qu'elle émane du successeur de Pierre, oblige nécessairement les fidèles à l'admettre à titre de doctrine divinement révélée, de sorte que, dans aucun cas, on ne x^uisse la révoquer eu doute, sans désobéir à Dieu même, ou bien si on ne doit l'admettre comme vérité de foi absolument certaine, que lorsqu'il est prouvé que les Eglises sont unanimes sur ce point(p. i sq.). Faut-il donc que, d'après la volonté et l'institution de .Jésus-Christ, une doctrine, qui est enseignée parle seul successeur de Pierre et indépendamment du témoignage des autres successeurs des apôtres comme renfermée dans le dépôt de la foi, soit admise et crue comme doctrine révélée ; ou bien faut-il, pour qu'une telle

obligation s'impose aux chrétiens, que le témoignage des autres successeurs des apôtres vienne s'y ajouter? (p. 5). ■>•> Au 2^ chapitre, l'auteur se reporte aux temps des martyrs et cherche comment aux premiers siècles était sauvegardée l'unité de la foi. Du temps même de saint Ignace, l'Eglise XDortait le nom de catholique, et l'unanimité des Eglises de l'univers était un signe certain de l'apostolicité d'une doctrine. Les chrétiens n'attribuaient aucune infaillibilité aux évêques considérés séparément, tandis que les apôtres, dont ils étaient les successeurs, avaient eu ce privilège. Cependant on accordait aux évêques la plus haute confiance, et on les honorait comme des témoins vrais et irrécusables de l'enseignement des apôtres. / Les évêques de leur côté résistaient aux erreurs nouvelles avec l'autorité apostolique de docteurs, et punissaient les coupables par des peines ecclésiastiques. Lorsque les hérésiarques persistèrent opiniâtrement dans leur désobéissance et induisirent les fidèles en erreur, les évêques, à l'exemple des apôtres, se réunirent en synodes, afin de s'acquitter d'un double devoir. En matière de dogme ils rendirent témoignage sans légiférer. Mais, comme par l'attestation de la vérité, l'affirmation contraire est déclarée fausse et réprouvée, leur témoignage prend la forme d'un jugement : ils sont juges de la foi. En matière disciplinaire, le concile exerça le pouvoir législatif de l'Eglise. Dès le IP siècle, toutes les affaires plus importantes furent traitées dans les synodes provinciaux, et, pour les questions d'une gravité plus particulière, les évêques de plusieurs provinces se réunirent. Lorsque Paul de Samosate, évêque d'Antioche, nia la divinité de Jésus- Christ, les évêques de Syrie, de Cappadoce,deCilicie et de Palestine s'assemblèrent et tinrent trois synodes, qui condamnèrent son hérésie et le déposèrent. Ces synodes et les nombreux autres des IP et IIP siècles, qui décidèrent des questions de foi, étaient aussi peu infaillibles que les évêques considérés séparément. Cependant, à

part quelques cas isolés, tout chrétien était moralement certain que la doctrine de son évêque était d'accord avec la tradition apostolique, et par conséquent avec la doctrine de toute l'Eglise. Cette certitude grandit par la concorde des évêques d'un concile et par la conformité doctrinale des conciles tenus en d'autres provinces. Une autorité particulière était attribuée à la croyance des Eglises fondées par les apôtres, et surtout à l'Eglise romaine, à laquelle les glorieux princes des apôtres Pierre et Paul avaient transmis toute la doctrine, et dont aucun catholique me mettait en doute la prééminence sur toutes les autres Eglises. Déj.à saint Ignace l'appelait la reine du pacte d'amour, etc. Ce n'était que lentement par suite des difficultés de communication que les définitions d'un concile devenaient le bien commun de l'Eglise universelle. Souvent cependant elles furent transmises aux évoques des pays voisins. Le concile qui avait déposé Paul de Samosate, envoya ses décrets au pape Denys et à tous les métropolitains. Bien qu'aucun détail ne nous ait .été conservé au sujet de leurs réponses, il est certain Cj[ue ces discussions ont été universellement approuvées (p. 7 sqq.)./

Il est étonnant que le cardinal Rauscher, en parlant de ces temps reculés sur lesquels nous avons relativement peu de renseignements, taise le témoignage de saint Irénée, si important en cette question, lequel affirme que toutes les Eglises doivent demeurer d'accord avec l'Eglise romaine. 11 omet aussi nombre de faits très importants relatifs à l'exercice du magistère doctrinal du pape.

Le 3^ chapitre traite des relatious entre les conciles œcuméniques et le pa^je. Les conciles sont donnés comme les meilleurs juges de l'apostolicité d'une doctrine. Car, pour le cardinal, l'apostolicité se reconnaît surtout dans l'accord de toutes les Eglises, et cet accord ne peut se manifester mieux que dans un concile de tous les évoques. En passant, l'auteur reconnaît que le pape est aussi essentiel au concile que la tête

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