‹ Histoire du Concile du Vatican (volume 2)Chapitre 50 sur 108 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Suite de la discussion sur r Infaillibilité.

Les Lettres de Rome (i),s'iiispirant du discours de M^"" de Ketteler, avaient dit que l'évêque, renonçant à sa première opinion, attaquait, non plus l'opportunité, mais le dogme luimême de l'Infaillibilité. Celui-ci protesta aussitôt dans le Katholik (2) ! « Aujourd'hui moins que jamais je doute de l'infaillibilité pontificale ; je l'ai toujours professée publique ment et sans arrière-pensée, en Allemagne comme à Rome . En aucune circonstance, je n'ai pu donner lieu à un doute sur ce point; mon dernier discours n'a donc pu démentir ma conviction; aussi est-il faux qu'un changement se soit opéré dans ma façon de voir; il est faux que « d'adversaire de l'opportunité je sois devenu adversaire résolu du dogme luimême ».

Rapportons-nous en au discours lui-même. / M*-'r de Ketteler parla, le second dans la 57* Congrégation générale, le 28 mai (3). Ce fut d'abord pour se plaindre qu'on discuta la question de la primauté avant la doctrine générale sur l'Eglise. A l'entendre, le cardinal Schwarzenberg et révêque de Saint-Brieuc avaient supérieurement parlé ; par contre les répliques de l'archevêque de Saragosse et du ear-

(t) Lettre cinquantième dans Allg. Zeilung, 4 juin 1870 {Quirinus, p. 440).

(2) 1870, I, 766 sqq.

(3) Acta, eic ,111, 213 sq.

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dfnal Cullen n'étaient d'aucune importance, comme il essaya de le montrer longuement. Passons sur ces préliminaires pour arriver de suite au passage où l'évêque fixe sa position vis-à-vis de l'Infaillibilité.

« Je déclare, dit l'orateur, (i) ne pouvoir adhérer à la définition de l'Infaillibilité dans le sens exprimé par la formule, et développé parle rapport de laDéputation de la Foi. Toute ma vie, j'ai tenu pour très solide la doctrine de l'infaillibilité du Pape et je l'ai proposée comme telle aux fidèles de mon diocèse, sans rencontrei-, du reste, obstacle ou contradiction. Mes doutes portaient sur un seul point : la doctrine est- elle suffisamment démontrée pour faire l'objet d'une définition dogmatique?

» Il ne s'agit pas de savoir si le Pape, parlant ex cathedra, est infaillible au sens donné comme certain, ou du moins comme admissible, par les meilleurs théologiens; mais il s'agit de savoir si une opinion particulière peut être érigée en dogme, et s'il faut imposer à tous, sous peine d'excommunication, la croyance en vertu de laquelle le Pape est infaillible quand il parle seul, indépendamment de toute l'Eglise; si bien que les évêques auxquels Jésus-Christ a dit. dans la personne des apôtres : « Enseignez toutes les nations », (c le Saint-Esprit vous enseignera toute vérité », ne se distingueraient du peuple fidèle, en matière de pouvoir doctrinal suprême et infaillible, que par le devoir de lui proposer et d'exposer les décrets du Pape. Dans ce cas, je dois déclarer que cette doctrine modifie, à mon sens, et dénature la constitution divine de l'Eglise. » /

L'orateur renvoie à l'époque des débats spéciaux sur le chapitre quatrième un exposé plus ample de sa pensée. Mais, dès à présent, nous pouvons, non sans surprise, nous demander quelle pouvait être l'infaillibilité du Pape à laquelle

(1) Ac/«. etc.,HI,«19sqq.

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l'évêque avait cru toute sa vie. Que le Pape uni à l'épiscopat ne puisse errer, c'a été de tout temps un dogme incontesté. Et pourtant, si nous nous en tenons à ses paroles, M^'" de Ketteler n'avait jamais entendu que cela quand il parlait de l'infaillibilité du Pape. Or, jamais les théologiens ne l'ont ainsi comprise. Elle consiste, d'après le schéma, en ce que le Pape, même sans l'assistance des évêques, — sans toutefois se séparer d'eux, — est à l'abri de toute erreur quand il définit et impose à l'Eglise une vérité de foi.

Lorsque M""^ de Ketteler distribua la Quaestio, dont nous avons parlé, il protesta ne pas faire siennes les opinions qu'elle exposait; son intention était purement de soumettre à l'examen des Pères les difficultés que soulevait la doctrine du schéma. Or, dans le discours présent, il se rallie sur des points essentiels à cette même brochure, c'est-à-dire aux écrits gallicans dont elle combine des extraits. Voici d'ailleurs la première des deux remarques qu'il ajoute sur l'Infaillibilité : L'archevêque de Castel, rapporteur de la Députation de la Foi, a dit que le Pape est infaillible parce qu'il possède le pouvoir doctrinal suprême dans l'Église. Parler de la sorte, dit M^"" de Ketteler, c'est méconnaître la nature des êtres organiques ■chez lesquels tous les membres dépendent les uns des autres dans leur fonctionnement. Si la tête est le membre principal de l'organisme humain, elle ne peut agir sans le concours des autres membres, la même loi s'applique à tous les composés organiques, donc à l'Eglise dont aucun membre n'est complètement indépendant des autres. Estimer que le Pape peut exercer son magistère suprême sans la coopération des évêques et de l'Eglise, c'est détruire la constitution donnée par Jésus-Christ à l'Eglise. /

C'est la thèse gallicane. L'argument par lequel le prélat essaye de l'étayer est facile à rétorquer, car la comparaison choisie par lui — et il y a imprudence à raisonner sur des

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