‹ Histoire du Concile du Vatican (volume 2)Chapitre 51 sur 108 · CRITIQUE DU DISCOURS DE KETTELER · texte numérisé non relu

CRITIQUE DU DISCOURS DE KETTELER

comparaisons — nous amène logiquement à la doctrine qu'il prétend renverser. Sans doute, un membre isolé ne peut agir si les autres membres font défaut; le Pape ne peut être Pai^e, agir en Pape, sans évêques.,. sans fidèles. . sans Eglise. Mais si chaque membre de l'organisme a besoin des autres, même pour exister, ne pourra-t-il poser un seul acte auquel les autres membres ne doivent coopérer? L'œil ne peut-il voir sans que l'oreille voie simultanément ? Le propre de l'organisme aidant n'est-il pas précisément que chaque membre s'acquitte exclusivement de ses fonctions individuelles, si bien qu'en obéissant à leur destination particulière, tous les membres rendent à l'organisme les services dont il a besoin ?

M°' de Ketteler remarque, en second lieu, que tous les témoignages sont de nul effet s'il n'est pas prouvé par l'Ecriture et la tradition que le Pape est infaillible indépendamment de l'Eglise. — C'est juste; mais il nous semble que l'Infaillibilité a été démontrée par des arguments très clairs, tirés de l'Ecriture et de la Tradition.

L'orateur parle ensuite des premiers chapitres du schéma; ils lui déplaisent moins pour le fond que pour l'expression : « l'exposé de la doctrine de la primauté est conçu de telle sorte que le lecteur se demande si c'est bien la pure doctrine de l'Eglise qu'il a sous les yeux, ou si on n'a pas cherché par tous les moyens à exalter l'autorité du siège pontifical», l'autorité la plus sainte qui soit, à coup sûr, mais non l'unique dans l'Eglise./ En outre, plusieurs termes pourraient être mal compris et suggérer à nos adversaires, cette idée qu'on a refusé de reconnaître le droit divin des évêques et conféré au Pape une souveraineté qui convient au seul fondateur de l'Eglise. Aucun de nous, certainement, ne veut toucher aux droits des évêques, mais alors pourquoi ne choisiton pas des expressions qui excluent tout soupçon ?

L'orateur recourt à une nouvelle comparaison. Au cours

des derniers siècles, on a va des partisans de la monarchie^j attribuer peu à peu au monarque tous les droits dan l'Etat et réduire d'autant ceux des associations et corporations. Ainsi se forma dans toute l'Europe la monarchie absolue. On voulait fortifier la monarchie, c'est le contrair qui arriva. Tous ces trônes s'effondrèrent, et les révolutions durent encore, au point que le peuple ne trouve plus de r repos. Sans doute, pareille éventualité ne menace pas l'Eglise : elle a des promesses d'immortalité. Mais l'erreur f des partisans de la monarchie ne semble-t-elle pas avoir 2 fasciné, de nos jours, bon nombre d'enfants de l'Eglise? ♦ Pour les uns, le salut, l'affermissement de la monarchie résidait dans l'absolutisme ; pour les autres, le salut et la prospérité de l'Eglise résident dans un certain absolutisme pontifical, et si les premiers ont volontairement préparé la ruine $ des Etats, les seconds, affaiblissent inconsciemment l'Eglise ^ et la primauté. Car on ne peut affaiblir l'épiscopat sans affai blir la primauté.

M^' de Ketteler ajoute, cependant, quelques réserves exl^resses : les théologiens et les Pères qui s'efforcent de fortifier la primauté et d'abaisser les autres pouvoirs sont guidés par un véritable et sincère amour de l'Eglise : « Et je ne crois pas, dit-il, que le bien de l'Eglise me soiL plus à cœur qu'à eux, bien que je doive confesser en toute humilité devant Dieu, qu'après Lui, je n'ai rien aimé au monde plus que l'Eglise, et rien aimé dans l'Eglise plus que la primauté. »

La vie entière de l'évèque de Mayence atteste la vérité de ces dernières paroles. Nous n'en saurions que trouver plus étrange son discours au concile. / Comment a-t-il pu lui venir à l'esprit de rapprocher des hommes partant des théories politiques fausses pour exalter sans mesure le principe monarchique, ceux qui veulent fortifier le pouvoir pontifical en définissant l'infaillibilité du Pape ? Ceux-là s'efforcèrent

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