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CRITIQUE DU DISCOURS DE KETTELER

d'ajouter réellement à la puissance du prince; ceux-ci ne veulent qu'affirmer solennellement un pouvoir conféré au Pape, dès l'origine, par le divin fondateur de l'Eglise, au témoignage de l'Ecriture et de la Tradition. Si la prétention est illégitime, qu'on le prouve! Et alors on ne parlera plus de la définition. Mais s'ils sont dans le vrai, y a-t-il dans la proclamation de ce pouvoir accroissement injustifié, préjudiciable,de lapuissance pontificale. introductionde l'absolutisme dans l'Eglise? Dans ce cas, Jésus-Christ lui-même a confié au Pape ce privilège douteux.

M^"^ de Ketteler insiste sur l'idée suivante : le témoignage de l'Eglise à propos des vérités révélées perdra de sa force si le Pape se substitue au corps épiscopal, car l'autorité d'un témoignage dépend du nombre des témoins, croît et décroît avec lui.

Il y a là une forte méprise. Supposer que l'infaillibilité du Pape dépouille les évêques de leur caractère de témoins des vérités révélées, c'est déjà se tromper, mais parler du nombre plus ou moins grand de témoins, c'est passer indûment de l'ordre naturel à l'ordre surnaturel. Nous admettons comme divinement révélé ce que l'ensemble des évêques a déclaré tel, non à raison du nombre, mais parce que leur témoignage est, de par l'assistance divine, à l'abri de l'erreur. Or, le témoignage d'un unique témoin, du Pape, serait-il moindre si le Pape, lui aussi, est, de par l'assistance divine, à l'abri de l'erreur?

Nous citons la fin du discours, plusieurs fois soulignée par des marques de désapprobation. « L'univers regrette assurément que toute autorité, spirituelle et temporelle, soit de nos jours foulée aux pieds. Toutes les bonnes volontés désirent nous voir défendre et conserver intacte l'autorité. / Mais l'univers est aussi animé d'une haine pour toutes les formes d'absolutisme, (/égers signes de désapprobation) qui ont causé tant de maux au genre humain. Car l'absolutisme corrompt

l'homme lui-même et le dégrade. Proclamez-le donc,Révérendissimes Pères, annoncez-le à tout l'univers : l'autorité de l'Eglise, la plus puissante, la plus sublime, la plus aimable qui soit, est en même temps le fondement de toute autorité. Mais montrez aussi qu'il n'y a pas, dans l'Eglise, de pouvoir arbitraire, autonome, absolutiste {signes de désapprobation), qu'en elle toute puissance de gouverner a été ordonnée et bien réglée par Dieu, et qu'il n'y a qu'un seul maitre et monarque absolu {les signes de désapprobation grandissent). Jésus-Christ, qui s'est acquis l'Eglise au prix de son sang. Celui-là seul qui fait ces deux choses veille à la fois sur le bien de l'Eglise et sur l'autorité du Saint-Siège. »

Un autre orateur se prononça nettement contre l'Infaillibilité, M^'" Vérot, depuis le ii mars évêque de Saint-Augustin en Floride. C'était — le cardinal Président le lui laissa entendre un Jour (i) — « l'enfant terrible » du concile, et ses connaissances théologiques comportaient beaucoup de lacunes. Il l'allait montrer dans le discours qui nous occupe (2).

11 commença par affirmer, qu'à l'heure où l'Infaillibilité fut soumise au concile il avait voulu l'étudier, non pas dans les Journaux, mais dans l'histoire de l'Eglise, les conciles et l'histoire des Papes. Son début provoqua, par un certain nombre d'expressions inexactes, les contradictions de l'assemblée, et elle n'accueillit pas sans un mécontentement visible l'annonce qu'il allait commencer par le premier siècle.

Mais il fallut se résigner et les Pères écoutèrent patiemment le discours, qui dura plus d'une heure.

M^'' Vérot objecta d'abord contre l'infaillibilité de saint Pierre (et de ses successeurs) l'épisode des Actes des Apôtres, où les chrétiens de Jérusalem auraient reproché au prince

(1) Voir plus loin, liv. III, chap. II.

(2) 60* Congrégation générale (28 mai). Acta, etc., III, 328 sqq.

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des apôtres d'avoir accueilli des gentils dans l'Eglise. / S'ils l'avaient tenu pour infaillible, ils n'auraient pas osé le faire. Seconde objection : la déclaration de saint Paul dans son épitre aux Galates, sur le blâme infligé à Pierre pour avoir observé les cérémonies judaïques. Troisième objection : le concile des apôtres; s'il fut tenu, c'est que l'opinion de Pierre n'(4ait pas regardée comme décisive.

L'orateur ne paraît pas s'apercevoir que ses arguments renversent, non seulement l'infaillibilité du premier Pape, mais celle des apôtres. Qui nimiiim probat, nihll probat. Xe poussons pas plus loin l'analyse du discours : le début nous a montré que nous n'avions pas à attendre de M-'' Vérot des lumières spéciales sur lu question.

Longuement l'orateur passe en revue les siècles, traite la question de saint Cyprien, de la controverse baptismale, du pélagianisme, des premiers conciles généraux, de la question du Pape Vigile, d'Honorius, du schisme grec, delà doctrine de saint Antonin, etc. En tout cela, aucune idée nouvelle.

Là patience des Pères se soutint jusque vers la fin. Une «ortie contre les rédacteurs de journaux catholiques : nain maximae bestiae, qiias nouerim, siint ephemeridiiim religiosarum praecipne laïci redaciores, provoqua les rires.

Mais quand M-'" Vérot en vint à déclarer inadmissible l'Infaillibilité et à dire : « Je ne puis, en conscience, donner mon vote à cette doctrine, car je croirais commettre un sacrilège, oui ce serait un sacrilège !... » de violentes protestations s'élevèrent dans l'auditoire, et le président intervint : « Cette manière de parler est inadmissible. Chacun peut librement soutenir son opinion et dire ce qu'il croit être la vérité ; mais il n'est pas permis de soutenir que ce serait un sacrilège -de voter l'Infaillibilité. Que le Révérendisisme Seigneur pense ce qu'il veut : il n'a pas le droit de censurer les Pères qui sont d'un avis opposé au sien. Si vous n'avez plus à dire que de pareilles sottises (nug-as), il est inutile que vous restiez

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plus longtemps à la tribune. » (Plusieurs Père s'écrièrent z Descendat !) / L'orateur s'excusa; il n'avait pas voulu parler de sacrilège en général, mais dire que lui estimerait en commettre un en votant pour une doctrine indéfendable par la tradition. Comme il continuait et s'engageait dans des considérations étrangères au sujet, le président, cardinal de Angelis,le rappela à la question. Il répliqua qu'il restait dans l'ordre du débat général. Le cardinal n'admit pas la réponse et pria l'orateur de céder la tribune au suivant.

Trois évêques, parmi les opposants, se signalèrent encore par l'énergie de leur langage : M^'"* de Las Cases, Strossmayer, Maret. Sans déclarer expressément qu'ils rejetaient l'Infaillibilité, il présentèrent leurs objections avec une telle conviction qu'ils semblaient les tenir pour irréfutables et condamner, par le fait, la doctrine qu'ils combattaient.

M^'' de Las Cases (i) reproche tout d'abord au schéma de modifier la constitution de l'Eglise et de substituer à sa forme aristocratique la monarchie absolue. Puis il attaque les deux textes cités dans le schéma : Pasce oues meas. . et Confirma fratres tiios.

La doctrine du schéma, réduit le rôle des évéqnes, chargés par Jésus-Christ de gouverner et d'enseigner; telle est, du moins, pour l'orateur, la portée du chapitre troisième, qui attribue au Pape le pouvoir immédiat et ordinaire de gouverner tout le troupeau, et de la doctrine de l'Infaillibilité.. Si le Pape est évêque ordinaire et immédiat de chaquediocèse, leurs évêques respectifs sont évincés. Sur ce point, M^"^ de Las Cases invoque l'autorité de Gerson et de S. Thomas. Gerson est, en la matière, sujet à caution^ Quant à S. Thomas, l'orateur cite de lui cette phrase : « Inconveniens esset si duo aequaliter super eamdem familiam constituantur. » D'où cette phrase a-t-elle été extraite ?

(1) 61* Congrégation générale (30 mai). Arta- etc., UI, 393 sq..

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uous l'ig-norons. / En tout cas, nous lisons dans le quatrième livre des Sentences (17, q. 3, a. 3, sol. 5 ad 3) : « Inconveniens esset, quod duo aequaliter super eamdem plebem constituerentur; sed quod duo, quorum unus alio principalior est, super eamdem plebem constituantur, non est inconveniens, et secundum lioc super eamdem plebem immédiate sunt et sacerdos parochialis, et episcopus et Papa, et quilibet eorum potest ea quœ sunt jurisdictionis ad ipsum pertinentia, alteri committere. » Ce texte prouve justement ce que l'orateur nie. Par ailleurs, M^*" Salas a déjà établi (i) que le schéma n'évince pas les évêques; on y lit : « Tantum autem abest ut haec summi Pontificis potestas opponatur ordinariae et immediatae illi episcopalis juridictionis potestati, qua parti cularium ecclesiarum pastores assignâtes sibi grèges, singuli singulos [ pascunt et regunt, ut eadem a supremo et universali pastore asseratur, roboretur ac vindicetur. » Mais la question sera reprise à fond dans les débats spéciaux,

M""" Strossmayer, lors des débats généraux sur le schéma de Ecclesia, fit un très beau discours (2). / Mais, comme il

(1) 58' Congrégation générale (24 mai). Acta, etc., III, 257.

(2) 63° Congrégation générale (2 juin). Acta, etc., 467.

En 1871 parut un écrit, qui se donna comme étant le discours que M'' Strossmayer aurait prononcé au concile le2iuin 1870. Ce discours est fabriqué tout d'une pièce. Il est larci d'hérésies et nie non seulement l'inlaillibilité du Pape, mais encore sa primauté. Des déclarations réitérées de M*' Strossmayer et d'autres membres du concile, attestant que le discours attribué à M" Strossmayer était l'œuvre d'un faussaire ne purent faire disparaître cette publication. Elle continua à se répandre en Angleterre et en Amérique, et d'Amérique passa en 1890 dans plusieurs journaux protestants d'Allemagne. Ceux-ci se rétractèrent lorsque dans l'entourage de M'' Sirossmayer on protesta contre la calomnie. Mais en 1891. le discours parut de nouveau sous forme d'un tract de la Ligue évangélique, avec ce titre ; « Hier stehe ich. — Ick kann auch anders- Aus dem Leben eines rnmisch-katholiscken Bischofs. [Me voici. Je vois encore autre chose. Tiré de la vie d'un évéque catholique romain J Par le D' R. Krone àMesskirch. «On eut beau démontrer la fausseté du discours, rien ne put déterminer l'auteur ou l'éditeur, D' L Witte à l'forta, à mettre un terme à la calomnie On réclama la publication de tous les discours du concile. Mais elle ne pouvait avoir lieu à l'occasion d'une brochurette mensongère. J'ai lu tous les discours du concile; j'atteste que M" Strossmayer n'a tenu, ni le 2 juin ni un autre jour, le discours que répand la Ligue évangélique. Quant

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arrive quand on lit des ouvrages bien écrits, les charmes de la forme dissimulent la faiblesse de l'argumentation. Il faut suppléer à la preuve ])ar l'assurance dans l'affirmation. M^r Strossmayer tirait un de ses principaux arguments de la désobéissance de S. Cyprien lors de la controverse baptismale. Elle prouve qu'au III® siècle encore on ne savait rien de l'infaillibilité du Pape (i).

L'objection déjà formulée par M«r Mac Haie avait été réfutée par M^r Leahy d'après Ballerini, Constant et Grégoire XVI : Le pape n'avait publié aucun décret dogmatique contre Cyprien, et celui-ci n'avait aucunement résisté à un décret qui eût été, à ses yeux, une définition de foi (2), Dans l'avant-dernière congrégation générale, M^"" Spalding avait prouvé la même thèse en se basant sur la conduite de

au faussaire. M" Strossmayer tut renseigné à son sujet, en 1876, par la lettre suivante, imprimée dans l'appendice des Actes du Concile iActa, etc., IVb, 649 sq. : « Buenos-Aires, 18 août 1876. Monseigneur, Je me permets d'adresser sous bande à Votre Grandeur un numéro de I'America del Sud, qui se publie ici. Il contient sous le titre de La Verdad en el Vaticano. l'aveu d'un homme qui vous a lait grand tort en publiant, à propos du Concile du Vatican et sous votre nom, un discours naguère répandu ici par les protestants. Cet homme a déclaré alors en être l'auteur, et réparé ainsi le scandale, au moins dans une certaine mesure. Bien que je n'aie aucune relation avec l'auteur, je sais cependant qu'il désire que sa rétractation soit connue partout en Europe. Le D" José Augustin de Escudero est du Mexique, il y a été religieux augustin; il quitta de son propre chef son ordre. parcoun;t l'Espagne, la France et, à l'époque du Concile, l'Italie, se fît protestant, franc-maçon, carbonaro, prédicant, voire même évêque protestant et, en cette dernière qualité, donna encore du scandale au Brésil et à Montevideo. Ici à Buenos-Aires il se reconcilia avec l'Eglise et se maria, après qu'à Rome son ordination eut été déclarée invalide [?]. A l'époque de la rétractation mentionnée plus haut il était collaborateur de I'America del Sud, aujourd'hui il y est rédacteur. Sa conversion est-elle sincère? Dieu seul le sait. Pour moi j'en doute. Si Votre Grandeur désire de plus amples renseignements, je me mets volontiers à sa disposition, et lui donne dans cette intention mon adresse : Sr. D. Pedro Stollenwerk. Misionero Lazarista, Buenos-Aires, Calle Libertad, Hospital Francés. En implorant Votre bénédiction, je demeure, etc. Pour copie conforme, Djakovo, le 30 décembre 1876: Jos. Wallinger, secrétaire épiscopal. » Voir aussi, Der Evangelische Bund und das achte Gebol, 75' Kath. Flugschrift iur Wehr und Lehr . Berlin, Germania. [La Ligue évangélique et le huitième commandement », 75° tract catholique pour la défense et l'instruction.]

(3) Acta, etc., III, 471 sq.

(4) 56* Congrégation générale (21 mai). Acta, etc., Ilf, 168.

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S. Cyprien Touchant le baptême des hérétiques, l'évêque de Carthage avait permis à tous les évêques d'agir à leur gré, preuve qu'il regardait la question non comme dogmatique, mais comme disciplinaire. / M^ Strossmayer soutenait qu'il s'agissait d'une question de foi, sans étayer son affirmation d'un mot de preuve. Pourtant toutes ses conclusions découlaient de là.

L'orateur adopte l'argument de M^^'Héfelé tiré de l'examen de la lettre de Léon le Grand par le concile de Chalcédoine, de même l'axiome de Vincent de Lérins : quod semper, quod ubique, quod ab ommibus. Après M^"" de Las Cases il repousse, comme excluant le pouvoir ordinaire des évêques, la juridiction immédiate du Pape sur tous les chrétiens. Il lui semble aussi que les conciles, qui ont occupé un rang si auguste dans la tradition, et qui jouissent d'une autorité si haute, deviennent inutiles si le Pape est infaillible. Pourquoi les évêques du monde entier laisseraient-ils leur troupeau, interrompraient-ils l'exercice de leurs fonctions sacrées et s'assembleraient-ils de tous les coins du globe, si l'Eglise possède en son sein une autorité permanente, absolue, toujours prête et toujours apte à trancher toutes les controverses et à rétablir l'ordre ?

L'objection fut plusieurs fois réfutée. L'assemblée de tous les évêques du monde jouit d'une bien autre considération extrinsèque que le Pape, bien qu'intrinsèquement elle ne lui soit pas supérieure. Elle peut être moralement nécessaire pour résister avec succès à une erreur fort répandue. Mais, les Pères le firent aussi remarquer, c'est un grand avantage pour l'Eglise de posséder, non seulement des conciles, mais un Pape infaillible. / Réunir un concile, dit M^^"" Trucchi (i), ne va pas sans grandes difficultés, à raison et des longs voyages que beaucoup d'évêques doivent entreprendre, et

(1) 56* Congrégation générale (24 mai). Acia, etc., III, 183 sq.

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«urtont des persécutions de ce monde. V^raiment c'est un miracle que nous soyons rassemblés ici. Même possible, la réunion ne se fait pas instantanément ; et convoquer, tenir, ■dissoudre le concile selon les règles canoniques demande du temps ! En attendant, l'erreur que le concile doit condamner peut faire de grands ravages parmi les fidèles.

Xous connaissons déjà l'opinion de M^'" Maret, par l'ouvrage qu'il publia avant le concile. Pour être décisive, une définition dogmatique du Pape réclame, d'après lui, le consentement des évêques, explicite ou implicite, avant, pendant ou après la promulgation. C'est l'opinion que son discours (i) €hercbe à faire prévaloir contre la doctrine du schéma. Il l'appuie d'abord du témoignage de S. Antonin. « Papa utens concilio et requirens adjutorium universalis Ecclesiae, Deo ordinante, qui dixit : rogavi pro te, errare non potest. w (Comm. in Lucam, 27.)

Comment ces deux lignes de S. Antonin ont-elles pu être si souvent et si fortement invoquées par les Pères de la Minorité ? Déjà XX. SS G-reitli (2), Rausclier (3), Bonnaz (4), y avaient eu recours, et nous la rencontrerons plus tard encore dans les discours de la Minorité. Or, l'esprit qui anime les oeuvres de S. Antonin ne concorde guère avec les idées propres à la Minorité ; et d'ailleurs S. Antonin eût-il nié l'infaillibilité du Pape, son autorité s'éclipserait devant celle des nombreux auteurs de son ordre qui l'ont clairement et fermement enseignée. Au surplus, la doctrine recueillie dans cette petite phrase n'est pas celle de S. Antonin. /

M^"" Salzano (5), dominicain comme lui, exposa la doctrine du Saint aux Pères qui faisaient état de ce passage. L'infaillibilité du Pape, remarque-t-il, a été enseignée par tous les grands

(1) 64* Congrég.

gén. ( 3 juin). Acte, etc.

,III,519sqq.

» (12 mai) »

» (18 mai) »

» (28 mai) »

» ( 2 juin) >

» 492 sqq.

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théologiens de l'ordre : S. Thomas, le B. Albert le Grand, le cardinal Tiirrecremata,Cajetan, Orsius,Gotti, Jean de Monténégro, Melchior Cano, Prierias, Banez, Mamachi, Cerbonius Contenson, Billuart et beaucoup d'autres. Mais puisqu'on cite S. Antonin contre l'Infaillibilité, il faut expliquer son enseignement. Dans le passage mentionné, — beaucoup le considèrent comme interpolé, — le Saint parle des ^conditions ordinaires, non des conditions nécessaires d'une définition. Une explication plus débaillée de la doctrine de S. Antonin sur le Pape montre que, loin de repousser l'infaillibilité, il l'expose en termes fort clairs. Par exemple, dans sa somme théologique (p. 4 tit. 8. c 3, § 5), où il traite des prérogatives du Pape, il dit : « Et licet Papa in particulari errare possit, ut in judicialibus, in quibus proceditur per informationem : alias in his, qua^ pertinent ad fidem, errare non posset, scilicet ut Papa, in determinando, etiamsi ut particularis et privata persona possit. Unde magis standum est sententiae Papaede pertinentibus ad fidem, quam in judicioprofert, quam opinioniquorumcumque sapieittum.» S. Antonin expose la même doctrine en beaucoup d'autres endroits, et la prouve par l'autorité de S, Thomas et des Pères. Pour ne pas le mettre en contradiction avec lui-même, il faut donc donner au passage cité par les opposants, un sens positif, non exclusif le Pape ne peut errer quand il définit en concile; — mais il n'est pas dit qu'il ne puisse, par d'autres voies, porter une définition dogmatique infaillible. La première voie est la voie ordinaire ; que cette voie ne soit pas la seule, la phrase même de S. Antonin l'insinue : car ce n'est pas le concile qu'il mentionne, comme motif de l'infaillibilité du Pape, ce sont les paroles de Jésus-Christ à Pierre : « pro te rogavi. »/

Mais pour le doyen de la faculté de théologie de Paris, il n'y avait pas à discuter : la phrase de S. Antonin avait un sens exclusif et reflétait exactement sa doctrine sur

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l'Infaillibilité (i). Comme s'il était engagé à défendre l'honneur du Saint, il demanda aux Pères de la Majorité comment ils j)ouvaient oser condamner sa doctrine : « Qui peut tolérer de pareils excès ? Son successeur sur le siège épiscopal de Florence ? Ses frères qui se glorifient de porter le même saint habit? » Au reste, cette doctrine n'était pas reçue seulement en France, mais beaucoup de pieux et savants évêques d'Allemagne, de Hongrie. d'Angleterre,. d'Irlande, d'Amérique, de Portugal, même d'Italie et d'Orient l'ont soutenue par la parole et par la plume !

On comprend quel effet ces déclamations firent sur les Pères de la Majorité. Ils savaient quelle infime minorité d'évêques soutenait cette doctrine, tandis qu'ils mesuraient le coup porté aux gTands docteurs dominicains, à commencer par S. Thomas, si l'on souscrivait à la thèse de l'opposition. Mais M^'' Maret continua :

« On a dit au concile que notre opinion était condamnée. La formule de S. Antonin a été condamnée ! Et quand donc ? Lorsque Sixte IV condamna Pierre d'Osraa pour avoir soutenu que l'Eglise est infaillible ? Lorsque Alexandre VIII condamna la thèse qui refuse au Pape l'infaillibilité en matière de décisions dogmatiques ? Mais notre opinion n'est pas atteinte, puisqu'elle reconnaît l'infaillibilité du Pape dans l'exercice normal de son magistère. Elle sort aussi indemme de la condamnation des quatre articles de 1682, qui réclamaient l'assentiment de l'Eglise pour qu'une sentence du Pape fut irréformable et dont l'énoncé peut laisser croire que le consentement des évêques, antérieur ou simultané à la définition, ne suffit pas à lui conférer l'infaillibilité (2). » /

(1) Acta, I|[, 524 sq.

(2) « Hfec propositio non est satis accurate posita, et supponere videtur non sufticere ad irreforniabilitatem judiciorum summi Pontificis consensus [sic"} antecedens aut concomitans episcoporum, et tamen sic correcta exprimi potest modo magis temperato >> (p. 525).

M^r MARET i9$

M^r Maret s'adressa alors aux Pères qui tenaient pour erronée et proche de l'hérésie l'opinion qu'il persiste à nommer antonine. Aucun Pape ne î'a ainsi censurée, c'est le fait seulement de quelques théologiens, esprits sérieux, il faut le reconnaître. Mais, quelle que soit son estime pour Suarez et Bellarmin, l'orateur leur préférait Bossuet, le premier docteur de l'Eglise, après S. Augustin et S. Thomas. Or, Bossuet ne dit-il pas que ce qui n'a pas été condamné par l'autorité légitime, comme directement ou indirectement contraire à la foi, peut encore être discuté? [sic]

La doctrine antonine est favorable aux évêques, et c'a toujours été la gloire de l'Eglise de France d'unir à l'obéissance et à la foi la plus pure le souci de protéger tous les droits des évêques. Il s'agit présentement de défendre la constitution donnée par Jésus-Christ à l'Eglise et les droits des évêques; il s'agit de savoir si les évêques demeureront ce qu'ils ont toujoursété, vrais jugesdanslafoi, ous'ilsseront ra.baissés au rang de juges en première instance, de simples conseillers du Pape.

M^*" Maret, au lieu de prouver son opinion, se borna à réfuter les arguments de l'opinion adverse. Il attaqua l'argument tiré du Tu es Petriis : Jésus tient la promesse qu'il a faite à Pierre, quand il donne au Pape le moyen de parler infailliblement, c'est-à-dire quand il le met à même de proclamer une vérité avec l'assistance de ses frères les évêques. Par une interprétation analogue, l'orateur prouva que le second concile de Lyon et celui de Florence n'ont pas eu l'intention d'accorder au Pape la plénitude du pouvoir, à l'exclusion des évêques. / M^^ Maret continua au milieu d'un murmure de désapprobation quand il développa l'étrange raisonnement que voici : « Définir la nature, les droits et les limites d'un i)ouvoir ne i)eut émaner que d'un pouvoir supérieur, car le sujet qui définit est supérieur à l'objet

défini. Si doncle concile définit les droits du Pape, s'il lui coufère des droits dans le vrai sens {signes répétés de dénégation), il entreprend un acte de suprématie à l'égard du Pape, uu acte du pouvoir suprême et infaillible. Illustrissimes Pères, admettez-vous cette conclusion ? (Presque tous les Pères : non, non, jamais l) Admettez-vous les con-' séquences de cette conclusion ? {Pas du tout ! jamais !) Je crois que non ; car si vous l'admettiez {non ! non /), vous vous contrediriez vous-mêmes. En définissant l'infaillibilité absolue du Pape, c'en serait fait...»

De violentes protestations interrompirent alors M^ Maret. La sonnette du premier président retentit; le cardinal Bilio fit observer qu'il ne convenait pas de s'adresser continuellement à une partie des Pères comme si l'on avait, dans le concile, à opter entre deux partis, au moment du vote. L'orateur avait l'oreille dure; il ne comprit pas le président et demanda aux Pères qui siégeaient à proximité s'il pouvait continuer ; comme il reprenait la parole, le tumulte grandit au point de couvrir ses paroles. Alors le président lui cria : « Ne parlez pas de la sorte, Révérendissime Père : il est inadmissible de soutenir qu'en votant le schéma proposé le concile exerce une suprématie sur le Pape et lui confère des droits. S'il définit quelque chose, il ne fait que reconnaître en lui un droit reçu de Jésus- Christ. {Applaudissements des Pères.) Dans ce sens seul le concile définit l'infaillibilité du Pape. Il n'est pas permis de faire au concile une injure comme celle que vous lui faites. ))

Mais M^"^ Maret réitéra sa question : « Puis-je continuer mon discours ? « Le cardinal répondit qu'il devait parler non à une partie du concile, mais au concile entier. Il ne pourrait continuer qu'à cette condition. Le concile vote, mais c'est le Saint-Père qui se réserve la décision. /

M^f Maret continua donc, mais comme auparavant, en

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