‹ Histoire du Concile du Vatican (volume 2)Chapitre 55 sur 108 · ARGUMENTS EX FAVEUR DE L INFAILLIBILITE · texte numérisé non relu

ARGUMENTS EX FAVEUR DE L INFAILLIBILITE

encore dit que les textes scripturaires cités contenaient bien la doctrine de la primauté de Pierre, mais non celle de sa suprême et infaillible autorité doctrinale. Mais, dit l'orateur, ces textes expriment, en termes peu familiers pour nous, il est vrai, tout aussi clairement le pouvoir doctrinal suprême de Pierre sur toute l'Eglise que son suprême pouvoir disciplinaire. Une simple explication de ces termes suffit à l'établir. Dans les paroles de Notre-Seigneur à Pierre : Tu es Pierre, etc., est très certainement promis le pouvoir d'enseigner toute l'Eglise, aussi bien que celui de la gouverner, c'est même surtout le premier pouvoir qui lui est promis. Cela ressort clairement de la connexion avec ce qui précède. En effet, Pierre venait de professer sa foi en la divinité de Jésus-Christ, et maintenant Jésus-Christ dit à Pierre que sur ce roc de la foi il bâtira son p]glise.

Dans les autres paroles : « J'ai prié pour toi, afin quêta foi ne défaille point, et toi, un jour, à ton tour, affermis tes frères » il est expressément parlé de l'enseignement des vérités de la foi.

De même dans le troisième texte : « Pais mes brebis », il est encore parlé de l'autorité doctrinale comme du pouvoir disciplinaire. Ces deux pouvoirs sur toute l'Eglise y sont conférés à S. Pierre, comme les Pères l'expliquent unanimement.

Le cardinal Rauscher objecte que ces textes attribuent, «ans doute, à S. Pierre le suprême pouvoir doctrinal, mais ^u'il ne s'ensuivait pas que ce pouvoir s'exerçait avec infaillibilité. — Cela est inexact, répond l'archevêque. En effet tous les fidèles sont tenus d'admettre de toute leur âme les décrets dogmatiques du pouvoir suprême, donc ceux du Pape. Mais comment cela peut-il être exigé, si le Pape peut ■errer? Dans ce cas aussi il y aurait pour tous les chrétiens obligation d'adhérer à l'erreur. Aucun ne pourrait s'y refuser, aucun ne pourrait contredire. Par conséquent, toute l'Eglise

serait aussi obligée d'admettre l'erreur. C'en serait doncaussi fait de l'infaillibilité de l'Eglise. Donc, ou bien le Papeest infaillible, ou l'Eglise elle-même ne l'est plus. / Qu'on remarque la différence entre le rôle d'un évêque dans son diocèse et celui du Pape dans toute l'Eglise : si l'évêque erre, il y a un remède, mais si le Pape erre, toute l'Eglise tombe dans l'erreur, et il n'3^ a pas de remède contre ce mal.

M^r ]S'atoli(i) avait déjà exposé d'une manière convaincante que Pierre n'a pas le suprême pouvoir doctrinal dans l'Eglise, qu'il ne peut pas être le fondement de l'Eglise infaillible, le centre de son unité, s'il est sujet à l'erreur quand il proclame une doctrine de foi. « Si le Pai3e,dans une sentence ex cathedra, enseigne une erreur, qu'arrivera-t-il? L'Eglise refuset-elle d'admettre l'erreur? Alors nous avons un schisme entre le chef et les membres. Admet-elle l'erreur? Alors elle fait elle-même défection, abandonnant la vérité. Mais c'est une chimère... Si Pierre est sujet à l'erreur, comment est-il alors le centre de l'unité de l'Eglise? Des non-catholiques fort connus (je le sais, parce que beaucoup de leurs nombreux adhérents sous différentes dénominations se réunissent dans ma ville épiscoi)ale et s'y établissent) ne peuvent pas comprendre que des catholiques nient l'infaillibilité du Pape ou la mettent en doute, puisque, disent-ils, cette vérité est inséparablement liée à 1 essence de l'Eglise catholique. »

L'assentiment de l'Eglise, continua M*-''' Leahy, ne peut pas non plus être requis pour qu'un décret de foi émané du Pape acquière force obligatoire. Ce serait l'interversion de l'ordre établi jjar Jésus-Christ. Le Pape n'enseignerait pas l'Eglise^, mais l'Eglise enseignerait le Pape, le fondement n'étalerait pas l'édifice, mais l'édifice étalerait le fondement, le pasteur ne mènerait pas le troupeau, mais le troupeau mènerait le pasteur (2).

(1) Acta, etc., III, 11.

(2) Ibid., m, 166 sq.

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ARGUMENTS EN FAVEUR DE l'iNFAILLIBILITE 201

' Plusieurs orateurs encore parlèrent en ce sens. M^ Rota demande : « Combien de temps ses fidèles seraientils tenus à attendre cet assentiment? Combien d'évêques devraient donner leur assentiment? Combien pourraient, par le refus de leur assentiment, empêcher que la sentence du Pape ne soit infaillible? / Qui notifierait aux fidèles que la définition du Pape est enfin devenue infaillible » (i) ? « L'assentiment de l'Eglise est requis ! » s'écrie M^"" Spalding, de Baltimore. « Quel assentiment? répond M^ Rota. L'assentiment de tous ? L'assentiment de cent? L'assentiment de la majorité? Ici aussi l'unanimité morale est-ellenécessaire?... Combien de temps faut-il l'attendre? Combien d'années? Combien de mois ? C'est là une thèse obscure, absurde. En attendant cet assentiment, l'hérésie se répand, et le bras de l'Eglise devient incapable d'opposer des barrières à l'erreur ■» (2). ■ Dans la suite du discours, M^'' Leahj^ s'adresse à M^"" Mac Haie, qui a affirmé que la doctrine du schéma séparait le chef des membres. — Celte assertion[est inexacte, car, aux termes du schéma, l'Infaillibilité n'est pas un privilège personnel du Pape, mais une prérogative de sa charge publique, dont le Pape remplit les devoirs précisément en tant que chef de l'Eglise (3).

Le même archevêque avait encore dit que Jésus-Christ avait aussi institué les autres onze apôtres comme prêtres, leur avait conféré le pouvoir des clefs, promis le Saint-Esprit et adressé les paroles : « Allez et enseignez, etc. y — Mef Leahy répond : un argument qui prouve trop ne prouve rien. En effet, si cet argument prouve contre l'infaillibilité du Pape, il prouve tout autant contre la primauté, et c'est pourquoi les protestants l'invoquent contre cette

(1) 58* Congrégation générale (24 mai). Acia, etc , 111,272.

(2) 61' Congrégation générale (30 mai). .4c/a, etc ,370.

(3) Acta, etc , lU, 167.

dernière. Que M^' Mac Haie se réponde à lui-même ce qu'il répond aux protestants. La réponse est d'ailleurs très facile. Ce fut à Pierre seul que Notre-Seigneur parla, quand il dit : « Tu es Pierre, etc », « Pais mes brebis, etc. », « J'ai prié pour toi, etc. » De même que le Sauveur conféra à Pierre seul le pouvoir de juridiction spéciale sur le collège apostolique, de même il le lui conféra sur l'Eglise, et de la même manière également il lui conféra la primauté doctrinale infaillible sur les autres apôtres et sur toute l'Eglise (i).

M^' Lealiy, répondait ainsi aux objections que des orateurs précédents avaient soulevées contre les arguments exposés par lui. / Mais, après lui, d'autres orateurs firent valoir des objections nouvelles, et l'on ne peut nier que plusieurs d'entre elles furent exposées avec beaucoup de pénétration d'esprit et d'érudition.

M*'''' Dinkel, évêque d'Augsbourg, attaqua avec subtilité les arguments scripturaires classiques en faveur de l'infaillibilité du Pape (2). A son avis, le texte le plus important en faveur de cette doctrine était la parole de Jésus-Christ : « Ta es Pierre, etc. », et c'est cet argument qu'il critiqua surtout. Il déclara comme solidement établi que, par ces paroles, le Sauveur promit à Pierre la primauté disciplinaire et doctrinale. Mais ce texte ne contenait rien au sujet de l'infaillibilité. Directement il n'en disait mot, et quant à en déduire quelque chose en faveur de la doctrine de l'infaillibilité, c'était une entreprise impossible.

Il est certain, dit-il, que le texte enseigne la solidité du fondement de l'Eglise, et par là sa durée éternelle : il ressort également de ces paroles que la vraie Eglise ne peut reposer que sur ce fondement, et, puisque tout fondement doit supporter l'édifice construit sur lui, il s'ensuit que le

(i) Acta, m, 168.

(2) 64* Congrégation générale (3 juin). Acta, etc., III, SflTsqq.

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