‹ Histoire du Concile du Vatican (volume 2)Chapitre 56 sur 108 · OBJECTIONS CONTRE LES ARGUMENTS SGRIPTURAIRES · texte numérisé non relu

OBJECTIONS CONTRE LES ARGUMENTS SGRIPTURAIRES

roc sur lequel est établie l'Eglise maintieut l'Eglise et la foi. Il est donc clair que Pierre a reçu le pouvoir de conserver l'Eglise dans la vraie foi et de définir les doctrines que l'Eglise doit croire. Mais, par là, il n'est pas dit que le pouvoir dedéfinir des vérités de foi soit propre à Pierre, considéré isolément. La «oliditéde l'édifice dépend, en première ligne, il est vrai, de la solidité du fondement, mais aussi en même temps du lien du fondement avec les colonnes de l'édifice et de la solidité de <;elles-ci. Voilà pourquoi le pouvoir qu'a Pierre, en tant que fondement, de conserver l'Eglise dans la vraie foi ne peut •aucunement être appelé absolu et indépendant. Assurément Pierre a la part principale dans la conservation, la définition et la proclamation des vérités de foi, en sorte que rien ne peut être regardé comme défini ou rejeté, qui n'ait été défini ou rejeté par Pierre ; cela découle nécessairement du texte ; mais que, par ordre de Jésus-Christ,- Pierre, pris isolément, possède le pouvoir absolu, voilà qui ne ressort pas du texte. /

A coup sûr, M*'' Dinkel a bien poursuivi la métaphore de l'édifice et de son fondement, mais il est peut-être allé trop loin et a un peu trop laissé de côté les paroles de Jésus- ■Christ à Pierre. Jésus-Christ dit à Pierre : « Tu es la pierre sur laquelle Je bâtis mon Eglise... et les portes de l'enfer ne prévaudront pas contre elle. » La connexion est évidemment celle-ci : Tu seras un fondement tellement solide que, bâtie sur toi, l'Eglise surmontera tous les assauts de l'enfer. Il ne parle pas des colonnes, c'est-à-dire qu'il ne parle pas des évêques, mais de Pierre ou du Pape seul.

Jésus-Christ ne dit pas que l'Eglise est un édifice qui ne «accombera pas à l'assaut de l'enfer, en ajoutant après coup que Pierre en est le fondement. Mais il dit que l'édifice de l'Eglise, à cause de la solidité de son fondement, qui est Pierre, ne pourra pas être ébranlé. C'est dire que Pierre -conservera l'Eglise dans la vraie foi jusqu'à la fin des temps.

Avant tout, par conséquent, il lui promet que lui, le Dbcteur des vérités de la foi, ne s'écartera pas de la vérité en transmettant ces doctrines. Cela n'est pas déduit des paroles de- Jésus-Christ, mais cela est formellement dit par Jésus Christ^ bien que sous forme de comparaison, qui doit être bien mise en lumière. Il est promis à Pierre une prérogative qui le met à même de conserver et de promulguer la doctrine de foi dans l'Eglise, de telle sorte que, malgré les assauts de l'enfer, elle demeure inébranlable. De quelle autre prérogative peutil être question, sinon de cette assistance divine qui protégera Pierre lui-même contre l'erreur dans l'accomplissement de son magistère, donc l'infaillibilité? Sans celle-ci, il ne pourrait exiger la croyance à une doctrine ; bien plus, si, dansl'exercice de son magistère, il tombait dans des erreurs, il y induirait aussi l'Eglise même et, provoquerait, par là, des schismes. /

A cela M^"" Maret (i) répondra plus tard que l'infaillibilité- « personnelle » n'est pas promise au Paj)e par ces paroles.. Car Dieu a donné au Pape le moyen d'enseigner avec infaillibilité en se faisant assister par les évèqnes, qui ont aussi le droit d'enseigner. Mais, dans ce passage, le Sauveur ne dit rien des évêques, il parle à Pierre seul et lui promet la solidité du roc Si en d'autres circonstances il promet au collège des évêques une solidité égale, il s'ensuit seulement, qu'outre le Pape, le collège des évêques est aussi infaillible,

M^"" Connolly (2), archevêque d'Halifax, rappela que les anciens écrivains ecclésiastiques, en traitant de ces paroles : « Sur cette pierre je bâtirai mon Eglise, » ont interprété le mot <c pierre » de différentes façons. lien concluait qu'il n'y avait aucune obligation de foi d'expliquer ce mot uniquement par rapport à Pierre. — Cela est tout à fait exact. Mais il nous.

(1) Acta, etc., III, 527.

(2) 62* Congrégation générale (.31 mai). Acta, et.-., III, 439.

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est eucore bien moins interdit d'expliquer le mot dans ce sens, et, d'après le sens obvie du mot, nous devons expliquer 3e passage de cette façon. Si les Pères l'expliquent parfois dans un autre sens, ils n'excluent pas pour cela, comme -M^'' Leahy (i) l'avait déjà fait remarquer, l'explication obvie, ■ commandée par les mots, et ils donnent une interprétation .qui peut être mise d'accord avec celle-ci.

NN. SS. de Las Cases (2), Connolly (3) et Dinkel (4) •n'étaient pas satisfaits des deux arguments tirés des Evangiles de saint Jean et de saint Luc. Mais seul M=' Dinkel fit une objection contre l'argument tiré de l'évangile de saint Luc. Il était d'avis que l'ordre donné à Pierre d'affermir les frères se rapporte principalement au temps de la Passion de •Jésus-Christ, moins à l'avenir et aux successeurs de Pierre dans la Papauté. Il ne voulait cependant pas exclure cela non plus, mais, à son avis, il n'était pas question de l'infaillibilité 'des Papes, il leur était promis plutôt qu'ils n'apostasieraient pas eux-mêmes. / Le mot èxXstrcw a ce sens. — Néanmoins, les mots ajoutés : « Et toi alors, à ton tour, affermis tes frères » ramènent à l'infaillibilité du Pape dans le sens du schéma.

Après avoir exposé et défendu les arguments scripturaires, M^r Leahy en vint à la preuve de tradition. Il montra seule- "ment, en général, que la tradition témoignerait non contre, ^ mais pour la doctrine de l'infaillibilité.

M^' Spalding (5) développa plus tard dans toute sa force l'argument de tradition. Il remonta jusqu'aux temps apostoliques et montra par de nombreux faits et textes que la -croyance à l'infaillibilité du Pape fut toujours la croyance de

(1) Acta, etc., Ill, 169.

(2) Ibid.,111, 393.

(3) Ibid., III, 446.

(4) Ibid , III. 509 sqq.

(5) 61* Congrégation générale (30 mai). Acta, etc., III, 36E sqq.

l'Eglise ; en même temps, il réfuta diverses objections hisi riques.

Contre les Gallicans il tire de leur propre doctrine et de bulle Vineam Domini une preuve qu'on doit aux constiti tions pimtificales une adhésion inébranlable et intérieure. Clément XI dit, en effet, dans cette bulle que l'obéissance due aux constitutions apostoliques ne consiste pas à garder seulement le silence par rapport aux doctrines qu'elles condamnent, mais à adhérer aussi de cœur et d'âme aux propositions prescrites par elles. Par contre, le quatrième article de la Déclaration gallicane dit que les décisions du siège romain en matière de foi deviennent infaillibles, lorsque l'assentiment des Eglises s'y ajoute. Or, pour la bulle Vineant Domini cet assentiment existe déjà depuis soixante ans (i).. Donc, d'après la doctrine même des Gallicans, c'est un devoir d'accepter les décisions dogmatiques du pape avec assentiment intérieur, de cœur et d'esprit. Or cela n'est possible que si elles sont infaillibles.

Un autre orateur déjà, M»' Petagna, avait montré (2) aux Gallicans qu'ils ne pouvaient absolument pas s'appuyer sur la tradition de l'Eglise de France pour nier l'infaillibilité du Pape. Cette Eglise devait, au contraire, être regardée comme un excellent témoin de cette doctrine. /Il citait, dans tous les siècles, des faits et des témoignages des plus célèbres docteurs, des concîiles et des assemblées du clergé de France, que nous ne pouvons reproduire ici.

Arrivé au XV* siècle, l'orateur cita un texte du chancelier Gerson, qui le premier enseigna la doctrine opposée, d'où il ressort clairement que l'infaillibilité, combattue par le chancelier, avait été jusque-là l'opinion absolument commune. Voici les paroles de Gerson : « Celui-ci seul, c'est-à-dire le

(1) Elle fut émise le 16 juillet 1705.

(2) 56* Congrégation générale (21 mai). Acta, etc., III, 187 sqq.

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