‹ Histoire du Concile du Vatican (volume 2)Chapitre 57 sur 108 · L ARGUMENT DE TRADITION 20T · texte numérisé non relu

L ARGUMENT DE TRADITION 20T

Pape, peut rédiger un symbole de foi, régler des choses de foi et les autres affaires plus importantes. Lui seul émet des "définitions, comme cela s'est déjà fait, établit des règles, édicté des lois et des canons; ce qui est défini, décidé, décrété et réglé par d'autres est nul et invalide... Cette tradition s'était tellement emparée des esprits avant la tenue de ce saint concile de Constance,qa'un représentant de l'opinion opposée aurait été stigmatisé d'iiérésie ou condamné comme hérétique.,. Tellement ce poison mortel d'antique adulation, semblable à un cancer, avait pénétré profondément. » Gerson -affirme que c'est par flatterie que la doctrine de l'infaillibilité du Pape avait toujours été reconnue. « Est-ce que Gerson, demande l'orateur, fut lui-même un adulateur du Pape lorsque dans un discours antérieur, tenu devant Alexandre V le jour de l'Ascension, il ditque si l'Eglise grecque et non pas l'Eglise latine, était tombée dans l'erreur ., c'était parce que l'Eglise latine possédait saint Pierre, pour la foi duquel Jésus-Christ avait prié (i)? »

M^''.Petagna montra en suite qu'après le concile deConstance, la doctrine de l'infaillibilité du Pape fut également la doctrine commune en France. Les Assemblées du Clergé gallican de 1626 et dei68i l'ont aussi reconnue. Les quatre articles de l'Assemblée de 1682 n'eurent pas la majorité du clergé pour eux, et les évoques présents à cette assemblée avaient été dépouillés de leur liberté par le roi. Bossuet lui-même admit l'infaillibilité du Pape, comme l'orateur le démontre par quelques citations. Comment peut-on les mettre d'accord avec son ouvrage qui défend la déclaration gallicane ? L'orateur ne le voit pas mais il sait que Bossuet ne voulut pas publier cet ouvrage et que cet écrit ne fut publié qu'après sa mort. Tournely, un théologien français de grande autorité, déclare qu'étant donné le grand nombre de témoignages.

(l) Acta, etc., III. 191 sq.

compulsés par Bellarmin, Laiinoy, etc., il est difficile de ne pas admettre l'infaillibilité du Pape, mais qu'il était encore plus difficile de faire accorder cette doctrine avec la déclaration du clergé gallican, dont il ne leur est pas permis de s'écarter ^i).

Tandis que M»' Petagna avait exposé la tradition de l'antique Eglise gallicane, M-"" Senestrey (2) apporta un supplément de documents sur l'historique de cette doctrine en .Allemagne, en prouvant que, dans ce pays, d'où partaient maintenant les attaques les plus violentes, les maîtres les -plus éminents avaient précisément enseigné cette doctrine. Il le prouve pour son illustre devancier sur le siège épiscopal de Ratisbonne, le plus grand théologien d'Allemagne, Albert le Grand, le maître de S. Thomas, qui enseigna aux universités de Cologne, de Hildesheim, d'Augsbourg, de Fribourg et de Ratisbonne. Pour les époques postérieures, il 3ite le Bienheureux Canisius et les célèbres canonistes Schmalzgrueber, S. J., Reiffenstuel, O. M., Schmier,0. S.B. .et Laymann S. J., qui furent les Docteurs les plus autorisés en différentes universités d'Allemagne. Sur ce sujet, il n'exista aucune diversité d'opinion, ni parmi les professeurs d'Allemagne, ni dans le peuple, jusqu à l'époque de l'illuminisme et du libéralisme nationaliste. A cette date seulement l'erreur fut introduite de l'étranger par Fébronius, mais même plus tard la vraie doctrine ne disparut point entièrement. Le peuple croit toujours qu'il doit aux décrets doctrinaux du Pape non seulement une obéissance extérieure, mais encore une soumission intérieure. Dans les quatre diocèses de Bavière oii le prélat a travaillé, cette croyance est tellement enracinée que la doctrine opposée n'aurait pu être exposée sans scandale. / Parmi les savants l'opinion de

(1) Ibid., III, 193 sq.

<2) 60' CoQgrégatioQ générale ('28 mai). Acta, etc., III, 323 sqq.

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l'infaillibilité compte également bcaueoup de partisans ; ou l'expose et dans la traduction allemande de l'Ecriture-Sainte universellement répandue et dans les commentaires ; enfin, dans les plus récents conciles provinciaux de Cologne et de Prag-ne, elle est proclamée explicitement (i).

Quand les Pères de la majorité donnaient la doctrine de l'infaillibilité du Pape comme /ït/e/ ])roxima, voire même comme déjà définie par l'autorité de l'Eglise, ils ne pensaient pas seulement aux nombreuses condamnations de la doctrine opposée émanées du Saint Siège, mais surtout aux sentences de conciles généraux. Nous avons déjà (Mté la profession de foi de Michel Paléologue (2). Le concile de Florence statue « que le Saint-Siège apostolique et le Pape romain possèdent la primauté sur tout l'univers, et que le Pape romain est le chef suprême de toute l'Eglise, le Père et le Docteur de tous les chrétiens, et que le plein pouvoir de paître, de diriger et de gouvei'ner toute l'Eglise lui a été conféré par Notre- Seigneur Jésus-Christ, dans la personne de S. Pierre ))(3).

S'appuyant sur le concile de Florence, M»'' Gastaldi (4) déclara que le Pape était infaillible dans ses décrets en matière de foi et de mœurs, lors même qu'aucun évêque

(1) A la suite des attaques de deux Pères, de M" de Las Cases (61* Congrégation générale [30 maij. .4t7a, etc., IIl, 399) et de W Dinkel (64' Congrégation générale [3 juin]. Acta, etc.. IH, 504), M*' Senestre> se vit plus tard obligé de développer dans une brochure ce qu'il avait dit dans son discours. M" de Las Cases objectait que W Senestrey avait cité, comme texte d'Albert le Grand lui-même, un corollaire ajouté par Rocaberti. M^' Dinkel blâmait M" Senestrey d'avoir donné comme argument de tradition des citations de théologiens peu nombreux et de différents siècles. Hans sa brochure Beati Alberti Magni Ecclesiaeque Germamae doctrina de infallibilitate Romani Pontificis testimoniis ûliquot ûlutlrata (Neopoli, 1870, p. 14). M'' Senestrey s'efforce de démontrer que la doctrine attaquée est réellement celle du Bienheureux Albert, et ajoute aux extraits de théologiens allemands déjà cités d'autres encore, surtout des extraits de conciles provinciaux plus anciens.

(2) Denzinger, Enchiridion, n* 466.

(3) Ibid., n* 694.

<4) 61' Congrégation générale (30 mai). Acta, etc., IlI, 385.

n'aurait coopéré à ces décrets. / « Nous tous nous devonsadmettre cette proposition, parce que tous nous sommes catholiques et croyons ce que le concile de Florence a défini. Le Pape a (d'après ce concile) le plein (plenam) pouvoir auquel il ne manque rien. Le plein pouvoir est celui qui ne dépend de personne. Si un pouvoir dépend de quelqu'un d'autre, ce n'est plus un pouvoir plénier. Le Pape a le pouvoir de paître, c'est-à-dire de présenter à tous les chrétiens la nourriture spirituelle. L'erreur est-elle un aliment de l'esprit? La vérité est nourriture de l'esprit, l'erreur est poison. Nous serait-il permis de croire ce que le Pape nous présente comme vérité, si nous savions qu'il peut nous offrir l'erreur à la place de la vérité ?«

M»^ Valerga (i) lui aussi étudia plus tard plus en détail les arguments fournis par les conciles : Les conciles disent que le Pape possède la plénitude du pouvoir sur l'Eglise universelle, la plénitude du pouvoir d'enseigner, de gouverner, de diriger. Le gallicanisme lui aussi doit donc appeler ce pouvoir un pouvoir plénier ; mais, en réalité, il nie que ce soit un plein pouvoir. En effet, qu'est-ce qu'un pouvoir plénier ? C'est celui auquel rien ne manque dans son genre. Le Pape a le j)Ouvoir de gouverner et d'enseigner. Quand l'un et l'autre pouvoir peuvent-ils être appelés pleins pouvoirs ? Quand ils ont tout ce qui est requis j)Our atteindre le but et produire l'effet pour lesquels ils ont été institués. Le pouvoir du gouvernement est établi dans le but de produire l'obéissance extérieure. Il est donc plénier lorsqu'il a tout ce qui est nécessaire pour astreindre à l'obéissance dans les choses du for extérieur et qu'il n'admet pas l'appel à un autre pouvoir. L'exclusion de la possibilité d'en appeler à un autre pouvoir, exclusion qui est propre à tout tribunal suprême et

(1) tt2° Congrégation générale (31 mai . Acln, etc., 11[, 422 si|q.

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qui prouve la plénitude du pouvoir, constitue, pour ainsi dire, une infaillibilité extrinsèque, en ce sens que le pouvoir disciplinaire, de la sentence duquel on ne peut en appeler, provoque, par rapport aux actes extérieurs, le même effet et amène les mêmes obligations que le pouvoir de magistère infaillible par rapport aux assentiments de foi. Mais, pour la plénitude du pouvoir disciplinaire, nulle infaillibilité intrinsèque n'est requise, car ce pouvoirnevise pas l'assentiment intérieur de l'esprit, mais seulement une obéissance extérieure. Au contraire, le pouvoir du magistère en choses de foi ne tend pas à produire une obéissance extérieure, un silence de soumission, ni même, ainsi qu'il a été déclaré ici, un simple acte de confiance ; il a en vue un assentiment intérieur et sincère de l'esprit, un assentiment de foi, dont l'unique motif est l'autorité du docteur. / Voilà pourquoi ce pouvoir n'est plénier que lorsqu'il peut à bon droit exiger un assentiment intérieur

Qui voudrait affirmer, continue M-"" Valerga, qu'un pouvoir sujet à l'erreur, peut demander pareil assentiment? A un maître je puis témoigner un respect d'autant plus grand, une confiau ce d'autant plus complète, que son autorité est plus haute et plus vénérable. Mais un maître sujet à l'erreur ne peut exiger un assentiment intérieur, exempt de toute appréhension, comme doit l'être un assentiment de foi. Par conséquent une autorité doctrinale ne peut être appelée plénière si, dans l'exposé des doctrines, elle est sujette à l'erreur.

Quiconque nie par conséquent l'infaillibilité du magistère

« pontifical, nie aussi, en contredisant les conciles de Lj^on et

de Florence, l'intégrité et la plénitude de ce pouvoir. En

vertu des définitions de ces conciles, il est de fide que les

papes ont la plénitude du magistère. Or la plénitude de ce

pouvoir prouve l'infaillibilité. Donc il est de fide que les papes

sont infaillibles. Dans ce syllogisme une des prémisses est de

foi, l'antre est certaine en raison. La conclusion est donc aussi de fide. (i)

Soit, dit-on, le pouvoir d'enseigner du vicaire de Jésus- Clirist est bien un pouvoir plénier et cependant il n'a pas la plénitude parfaite ; pour qu'il l'ait, il faut que l'assentiment des évêques s'ajoute à la décision du Pape. Le Pape a donc la plénitude, mais il ne l'a pas tout entière. En d'autres termes, cela signifie : La plénitude n'est pas la i^lénitude. Pour ma part je ne peux pas comprendre une plénitude, qui ne soit pas la plénitude entière, que quelque chose soit plein mais qu'il ne soit pas entièrement plein. (2)

M»'" Strossmaj'er (3) avoua que l'argumentation de M*'''' Valerga avait fait impression sur lui. Néanmoins il n'était pas encore satisfait. / « Parmi nous, dit-il, il ne s'agit pas de termes génériques et indéfinis, sous lesquels chacun peut glisser son propre sens, selon son habileté dialectique plus ou moins grande ; mais il s'agit d'une chose positive, de la constitution divine de l'Eglise, telle qu'elle est sortie des mains de son époux éternel, Xotre-Seigneur Jésus-Christ. A. ■cette fin, les arguments autres que ceux qui sont tirés du trésor de la tradition divine, n'ont pas de valeur ; par ceux-ci seuls nous pouvons être vaincus et nous nous laissons vaincre volontiers. » — Singulière assertion : les conciles généraux ne sont-ils pas les principaux dépositaires de la tradition, et le terme de « plein pouvoir doctrinal » est-il vague et indéfini, en sorte qu'il faille user d'artifices de dialectique j)0ur lui prêter le sens que M^' Valerga lui a donné? Assurément, M*'''" Valerga aurait pu se faciliter la tâche et exposer son ar-

(1) [Il peut être utile de remarquer que ce raisonnement ne serait pas admis aujourd'hui. Une telle conclusion n'est pas de fide, mais elle est dite theologica cerla.] N. d. T.

(!) Au sujet du terme « plena potestas » du décret de Florence de nouvelles discussions out lieu lors du débat spécial coacernant le chapitre troisième du scaéma. Là aussi on dispute beaucoup sur le corollaire quemadmodum etiain. Voir plus loin.

(3) 63* Congrégation générale (2 juin). Acta, etc., HI, 473.

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