‹ Histoire du Concile du Vatican (volume 2)Chapitre 7 sur 108 · LIS · texte numérisé non relu

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l'est au corps. « Quelque nombreux que soient les évoques réunis, ils ne x^euvent juger définitivement des matières de foi ni publier des lois qui obligent toute l'Eglise, si leurs décrets ne sont pas approuvés et confirmés par le pape » (p. i3). Mais alors, peut-on dire à l'éminent auteur, que manque-t-il donc au concile pour définir par lui-même un dogme, s'il suffit d'en constater l'apostolicité?

Vers la fin du même chapitre, l'auteur prouve que l'unanimité des voix est requise : i° parce qu'aucun décret, non confirmé par le pape, ne suffit à décider une question de foi, ou à établir une loi disciplinaire universelle ; 2° parce que une définition n'est possible, que si le consentement de toutes les- Eglises est manifeste; or il ne l'est que par l'unanimité, au moins morale, des Pères (p. 14).

Mais cette argumentation ne vaut pas, et nous aurons l'occasion d'y revenir. /

Le 4*^ chapitre traite du critérium de la vérité révélée durant l'époque patristique. Sans le Pape, une définition dogmatique ne peut être considérée comme valide, mais par contre, selon l'opinion des Pères de l'Eglise, une définition pontificale n'a pas force obligatoire, sans l'assentiment certain des Eglises. L'auteur croit devoir attribuer cette opinion à saint Augustin. Car, lorsque les Pélagiens persistaient opiniâtrement dans leur erreur, sous prétexte qu'elle n'avait pas. encore été condamnée par un concile œcuménique, Augustin leur répondit que cela n'était nullement nécessaire ; et que souvent des erreurs avaient été condamnées là-même où elles avaient surgi, et, de là, la nouvelle de cette condamnation s'était réi^andue dans d'autres contrées (p. i5). Le cardinal Rauscher en conclut que le consentement des Eglises sur une doctrine est le seul critérium pour savoir si elle appartient à la révélation. Mais saint Augustin établit seulement contre les pélagiens. condamnés par des conciles particuliers et ne voulant se soumettre qu'à un concile œcuménique, que plu-

sieurs autres erreurs ont été condamnées par des conciles particuliers, sans qu'on ait jugé nécessaire de convoquer un concile œcuménique. Y a-t-il d'autres façons de condamner les erreurs? Saint Augustin n'en parle pas. S'agit il d'hérésies aussi évidentes que le pélagianisme, qui niait le péché originel, et, par conséquent, devait rejeter la doctrine fondamentale du christianisme sur la rédemption, un concile particulier pouvait suffire aies rejeter. Le pélagianisme fut ainsi condamné par les synodes de Milève et de Carthage ; mais de plus, les décrets de ces conciles furent envoyés à Rome et confirmés par le pape Innocent ; et c'est à cette occasion que saint Augustin dit ces paroles célèbres : (c Au sujet de ces affaires, les décrets des deux conciles furent envoyés au Siège Apostolique. Les rescrits nous en sont revenus : la cause est finie, puisse aussi finir l'erreur. )> Le cardinal Rauscher cite cette parole de saint Augustin (p. i6), mais il évite de démontrer qu'elle met en lumière la pensée de ce docteur sur le pouvoir spécial du Pape, de trancher définitivement les controverses dogmatiques. /

Le cardinal ne s'est pas proposé de fournir des documents pour prouver que les Pères ont reconnu au pape le pouvoir de docteur suprême et de juge de la foi, mais bien de signaler les difficultés que le concile devra résoudre avant de définir l'infaillibilité pontificale.il soutient que pour saint Augustin le jugement du Saint-Siège n'était pas définitif. Il s'efforce de le prouver par ce que dit saint Augustin sur la conduite de saint Cyprien dans la question du baptême des hérétiques. Ni saint Cyprien, ni saint Augustin n'ont admis l'infaillibilité du souverain pontife. Saint Cyprien, en effet, ne s'est pas soumis à la sentence du pape Etienne, et saint Augustin l'a excusé, en alléguant que, du temps de saint Cyprien, cette question n'avait pas encore été définie x^ar un concile œcuménique (p. 17).

En ne se soumettant pas, saint Cyprien, qui du reste ne

voyait là qu'une cxuestion disciplinaire a commis une faute, et saint Augustin ne peut l'excuser ainsi. La faute de saint Cyprien est sans doute atténuée par les circonstances. Ce n'est pas lui qui a introduit l'erreur de la nullité du baptême des hérétiques. Il Ta trouvée dans sa patrie. 11 l'a vue répandue au loin, et api^rouvée par plusieurs conciles particuliers. Tout en reconnaissant l'autorité du pape, il devait trouver très pénible de renoncer à cette pratique. Un concile oecuménique qui lui eût donné cet ordre n'eut pas manqué de produire une impression sur lui. C'est par là que saint Augustin essaie d'atténuer la faute de saint Cyprien. Il fait remarquer à ses contemporains qu'ils ne doivent pas juger saint Cyprien avec les idées de leur temps, maintenant que sa doctrine et sa conduite ont été condamnées par un concile œcuménique. Cette condamnation solennelle, Tévêque de Cartbage n'a pas vécu assez longtemps pour la connaître. S'il l'avait connue il s'y serait soumis. Mais saint Augustin pouvait regarder comme une faute cette résistance de saint Cyprien à l'autorité pontificale. Cependant, dirons-nous à la décliarge de saint Cj'prién, bieu qu'une sentence pontificale ait la même valeur intrinsèque que celle d'un concile, plus l'apparat d'un concile est solennel, plus coupable est aussi la résistance qu'on lui oppose. /

Ce n'est pas ici qu'il convient de discuter toutes les preuves du cardinal Eausclier, notre but principal est de résumer sa brochure. Disons seulement qu'il invoque un texte emprunté à la lettre de saint Léon le Grand à Théodoret de Cyr (i) de laquelle d'autres ont tiré des conclusions entièrement opposées. Il finit sur le texte de saint Vincent de Lérius : Qiiod

(1) P. 19 sqq.Le passage dont il s'agit traite de la lettre de Saint Léon à Flavien et de la confirmation qu'en fit le concile de Ghalcédoine. En voici la teneur:^ «Quae (Deus nostro prius ministerio definierat, fraternitatis universae irretractabili firmavit assensu.ut vere a se prodiisse ostenderet, quod prius a prima omnium sede lormatum totius christiani orbis judicium recepisset : ut in hoc (|uo(iue capiti membra concordent. » (Ep. 120, cap. 1, Migne, P. L., LIV, 1047.)

semper, qiiod iibique, qiiod ab omnibus, etc. (p. 21, sq.).

Au 5e chapitre, l'aiiteiir s'efforce d'affaiblir la preuve tirée de la formule du pape Hormisdas (p. 24, sqq.) souscrite par deux mille cinq cents évêques grecs. Il cherche ensuite à exploiter pour les besoins de sa cause l'affaire des Trois- Chapitres (p. 28 sqq.) où le pape n'a pourtant pas exposé de doctrines se contredisant au point de vue dogmaticj[ue, mais a simplement réglé de façon diverse des questions disciplinaires qui se posaient en des circonstances différentes. Au 7e et 8« chapitres, il aborde la célèbre question d'Honorius (p. 33-45.). jSTous la passons sous silence, parce que la brochure de M°r Héfelé lui est entièrement consacrée.

Le cardinal remarque au 9^ chapitre que plusieurs papes ont prononcé l'invalidité des ordinations faites par des évêques hérétiques ou schismatiques. Abstraction faite de la mesure d'Etienne III relative à l'ordination faite par l'intrus Constantin, il est clair que les autres papes n'ont pas déclaré invalides les ordinations des hérétiques et des schismatiques, mais qu'ils n'ont fait qu'interdire l'exercice de leur pouvoir à ceux qui avaient été ainsi ordonnés, déclarant invalides et de nul effet leurs actes antérieurs de juridiction. Mais si Etienne III a voulu réordonner ceux qui avaient été promus par l'intrus Constantin, il en faut conclure qu'il avait ses raisons pour douter de la validité de pareilles ordinations. Même à supposer qu'il les ait tenues comme invalides, parce que conférées par un intrus, il n'a nullement défini cette opinion erronée. /

Le cardinal Rauscher objecte enfin (eh. 10-12) l'opinion reçue au moyen âge, touchant la supériorité de l'Eglise sur l'Etat et le Pouvoir du Pape sur les Rois. Il fait remarquer combien il serait odieux de canoniser pour ainsi dire ces opinions par la définition de l'Infaillibilité. Mais, on le voit facilement, ceci ne ferait difficulté qu'à la condition de prouver qu'un pape a, par la définition d'une

fausse doctrine, clierché à justifier ses empiétements sur la puissance séculière. Or l'histoire ne fournit aucun exemple de pareille entreprise . / La définition de Boniface VIII à laquelle l'auteur fait allusion n'offre aucune difficulté. Elle est ainsi conçue: «Porro subesse RomanoPontif ici omnem liumanam creaturam, declaramus, diciraus, definimus et pronuntiamus omnino esse de necessitate salutis. » Mais ce passage, déclarât-il les princes sujets du pape, jusque dans leur puissauce temporelle quand leur iime y est en cause, ne fait aucune difficulté. Le cardinal ne disait-il pas lui-même (p. 65): « Neque christianus, quod caput diademate cinctum habeat, in lis quae ad fidem moresque pertinent, ab Ecclesiae judicio eximitur : Sacrorum antistitibus procul dubio fas est in imj)eratorem quoque vel regem poenis ecclesiasticis animadvertere; IV° jam saeculo AmbrosiusTbeodosium abEcclesiae ingressu proliibuit. »

Le chapitre i3'' a pour titre : « Saint Thomas d'Aqiiin et les docteurs réguliers. -t^ L'auteur estime que saint Thomas a été engagé par des textes patristiques falsifiés, à accepter la doctrine de l'infaillibilité, mais non cependant jusqu'à soutenir qu'il appartient au pape seul d'établir des articles de foi; le pape doit convoquer les synodes, auxquels incombe ce rôle. Un des disciples les plus fidèles de saint Thomas, saint Antonin, avait posé en thèse que le paj^e est infaillible, lorsqu'il s'entoure des conseils et du concours de l'Eglise universelle. Ce n'est que dans la seconde moitié du XV'^P siècle que les Thomistes avaient enseigné la doctrine moderne, qui avait alors pénétré dans presque tous les ordres religieux. Cependant, ni les évêques ni le pape n'ont été déterminés à lui reconnaître une certitude de foi. Bossuet, dans son Expositio doctrinae Ecclesiae catholicae, avait affirmé que la doctrine de l'Infaillibilité n'était pas une vérité de foi, et cet ouvrage avait été reçu avec enthousiasme, loué et recommandé par le Saint-Siège. Ces assertions furent réfu-

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tées dans une brochure dont nous parlerons plus loin.

La décision du deuxième concile de Lyon : « Et sicut [Tîomanns Pontifex] prae ceteris tenetui' fidci veritatem defendere, sic et, si quae de fide subortaefuerintquaestiones, suo debent judicio definiri », ne dit pas selon le cardinal Rauscher (ch. XIV) que les définitions du pape soient infaillibles. Si cela avait été défini, Eugène IV en aurait dit quelque chose aux Grecs lors du concile de Florence. Or, au contraire, le concile restreint le pouvoir du pape par ces mots : Qiiemadmodiim etiam, etc. (p. 77, sqq.), où le cardinal voit une restriction de l'assertion précédente, alors qu'en réalité elle en est une véritable confirmation (i).

Les deux derniers chapitres ne soulèvent plus aucune difficulté ni contre la doctrine de l'Infaillibilité, ni contre ses preuves, mais uniquement contre l'opportunité de la définition. Au chapitre i5'' il fait remarquer la soumission que de nos jours on a généralement à l'endroit du pape. Que le pape parle, et l'on peut dire avec assurance : ce II ne s'est pas trompé »; que le concile œcuménique parle, et l'on doit dire : (c Une erreur est impossible. »

Au chapitre i6% l'auteur montre comment, dans l'état actuel du dogme, une hérésie ne peut surgir sans qu'aussitôt éclate son opposition avec la foi de l'Eglise universelle. Une condamnation par l'autorité est à peine nécessaire. Il suffit que l'évêque étouffe les erreurs c[ui apparaîtraient dans son diocèse. Les conciles ^provinciaux seraient de grande utilité pour cela. Dans les cas plus difficiles on devrait recourir au Saint-Siège, dont les fidèles acceptent toujours les définitions. Cependant, si une définition solennelle paraissait nécessaire, le pape pourrait convoquer un concile œcuménique, ou bien, si ce n'était pas possible, consulter par lettre les évoques de toute l'Eglise. /

(1) Comparez II* vol., p. 302, sqq.

Ainsi on demeurerait fidèle à la vieille doctrine qui voit dans le consentement de l'Eglise universelle la loi souveraine de la foi .

Comme on le voit l'auteur exi)ose la doctrine gallicane . Nous n'avons pas à examiner s'il la prend à son compte. Il semble cependant s'être laissé ébranler dans ses anciennes positions sur l'Infaillibilité.

L'erreur fondamentale consiste à voir dans le consentement de l'Eglise la seule règle de la foi.

La seconde brochure intitulée : De Siimmi Pontificis infallibilitate personali (i) est très différente. Parue à peu près en même temps et au même endroit, elle provient de l'entourage du cardinal Schwarzenberg, qui l'a distribuée et probablement aussi l'a fait imprimer. Son auteur avoué est François Mayer (2), Prémontré, professeur de théologie à l'Université de Prague, auquel le cardinal Schwarzenberg,peu versé dans les questions théologiques, avait recours ordinairement./ Le Père Mayer émet cette opinion singulière, qui trouvait de l'écho parmi les évêques de la Minorité : ce n'est pas le pape, mais le siège de Rome que Dieu a investi du privilège de l'Infaillibilité. Par là il se rapproche, il est vrai, de la Majorité, mais laisse voir plus clairement que son opinion, là où elle s'en écarte, repose sur une erreur.

Car la prééminence de l'Eglise romaine sur les autres con siste uniquement en ce que son évêque est en même temps le Pontife Suprême et le Docteur de toutes les Eglises. Elle ne peut s'appeler la gardienne infaillible de la vérité que parce que son évêque en est le Docteur infaillible.

Cette brochure est plus claire que la précédente. L'auteur s'efforce en parliculier de bien poser la question.

Aucun catholique ne met en doute la primauté du Pape en

(1) Naples,1870(32p.in-8°).

(2) Cf. Katholische Stimmenaus den Waldstatten, 1870, n* 5.

LA BROCHURE Dl PERE MAYER 31

matière de foi et de discix^line. Aussi n'est il pas permis d'en appeler du pape an concile. Le concile n'est pas au-dessus du pape. Les définitions du pape en matière de foi et de mœurs réclament plus qu'une obéissance extérieure, elles exigent une soumission intérieure, et, quand il s'agit de définitions dogmatiques, une adhésion de foi. Enfin, il est bien prouvé que l'Eglise de Eome, c'est-à-dire tous ses fidèles en union avec le pape, ne peut tomber dans l'erreur. Elle est éternelle, etiamsi loco romano cedere cogeretiir (i), elle est le fondement impérissable et la tête de l'Eglise universelle. C'est X^ourquoi la proposition de Pierre d'Osma, que l'Eglise romaine peut errer dans la foi, doit être rejetée. /

Puis, le P. Mayer arrive au point central du litige : à l'infaillibilité personnelle du pape. Il s'agit de savoir, dit-il, si (c tout successeur de Saint Pierre, par le fait qu'il prononce et promulgue solennellement dans l'Eglise, en tant que X30ntife, une définition touchant la foi ou les mœurs, donne à son enseignement le caractère de vérité infaillible qui requière de nous une adhésion de foi inébranlable [irrefragabilis] ? » — Et telle est bien la doctrine que veut définir la Majorité. On voit à ce ï)rox30S pourquoi l'auteur parle d'infaillibilité personnelle : il a en vue la personne du pape, abstraction faite de l'Eglise de E,ome. C'est dans un tout autre sens que Manning protesta contre la doctrine de l'infaillibilité personnelle qu'on lui attribuait (2). On en faisait alors une qualité

(1) L'affirmation que 1 Eglise de Rome est encore l'Eglise romaine, même lorsqu'elle n'est plus à Rome (etiamsi loco romano eedere\ cogeretur) n'est pas claire, he Pape peut élire domicile ailleurs, à Avignon, à Naples, etc., et cependant demeure l'Evêque de Rome; même si l'Eglise romaine retombait dans le paganisme, il pourrait encore être évêque de Rome in partibus infi.delium. Mais comment l'Eglise romaine, même loin de Rome, est-elle encore l'Eglise romaine ? Le peuple romain aurait-il été établi par Dieu docteur des nations, de manière à emporter avec lui ce privilège dans toutes ses pérégrinations? En tout cas, c'est à tort que l'auteur donne sa théorie comme absolument certaine.

(2) Voir I" volume, p. 359,

inhérente à la personne du pape, en vertu de quoi il ne se tromperait jamais, de cxuoi qu'il s'agît et quoi qu'il fît. Ce qui est évidemment faux. / Le pape n'est préservé d'erreur que quand il parle ex cathedra.

L'auteur précise ensuite sa doctrine. Il prétend qu'elle reproduit la doctrine ancienne et la fait remonter à Turrecremata, tandis que la Majorité adopterait un système nouveau inventé par Bellarmin (i). Puis il clierclie à réfuter les preuves qu'on lui oppose et enfin le système lui-même (2). La réfutation des preuves est très faible ; elle est trop longue pour être reproduite ici, en voici le début : « Lorsque dans Saint Matthieu (16^^), il est dit que l'Eglise est bâtie sur le fondement de Pierre, et lorsque les clefs du royaume lui sont confiées, avec le pouvoir de paître brebis et agneaux (Jean, 21 '-'''"), Pierre reçoit incontestablement une primauté avec tous les privilèges nécessaires à sa mission. Mais l'infaillibilité personnelle ne peut être déduite de ces faits que par des déductions fragiles. Le Pape est très suffisamment en I)Ossession de la primauté comme docteur, s'il est infaillible en union avec les autres apôtres, mais non point pris isolément. Xe pourrait-on pas d'ailleurs conclure des textes qui affirment que l'Eglise est bâtie sur le fondement des apôtres, que ceux-ci sont envoyés dans le monde entier pour enseigner tous les jjeuples (Matt., 28), qu'ils sont constitués évèques par le Saint Esprit pour régir l'Eglise de Dieu ou pour paître leurs ouailles dans la vérité? — n'en pourrait-on pas conclure, dis-je,que les évêques eux aussi sont nécessairement infaillibles, afin qu'ils n'induisent pas leurs peuples en erreur ? — Et cexaendant personne ne le soutient; c'est que l'Eglise est bâtie particulièrement sur Pierre, a/i/i que par la constitution d'un chef, le schisme soit évité (3). » — Telle est la première

(1) P. 6sq.

(2) P. 14sq(i.;24 sqq.

(3) P. 15 sqq.

LA HROCHURE DI-: M-' HEFELE :{3

réfutation de l'auteur, il doit reconnaître à Pierre une assistance particulière. L'Eglise, comme sur le roc, est bâtie sur Pierre.

Ceci n'est dit d'aucun des autres apôtres. Si les textes cités prouvent l'infaillibilité des apôtres, c'est du collège qu'il s'agit et non des individus. Or, l'infaillibilité personnelle du pape ne nie nullement celle du concile en union avec lui.

Passons les objections faites à la doctrine elle-même. Elles sont très faibles. Quant aux raisons alléguées pour établir l'inopportunité de la définition (p. 29), ce sont celles que nous avons déjà entendues mille fois. Inutile d'insister. /

La troisième brocliure : Causa Ilonorii papae. — Scripsit C. I. de Hefele, Episcopus Rottenburgensis (Xaples, 1870, 28 p.), ne traite que ce cas précis d'Honorius. La partie historique est d'un maître, mais les conclusions théologiques, ■en raison de méprises étonnantes, sont moins heureuses.

L'auteur pose trois questions : i'J Honorius a-t-il excathedra défini une doctrine hérétique? — 2'' un concile œcuménique s'est-il arrogé le droit de juger et de condamner le pape comme hérétique? — 3" qu'est-ce que les contemporains et les papes ont vu dans cette condamnation? (p. 5.)

Nous avons déjà (i) exposé l'objet de cette controverse. Sergius, ayant tenté d'amener Honorius à se prononcer en faveur du Monothélisme, le pape lui répondit par la lettre fameuse dont nous avons déjà parlé. Voici le passage où Hefele veut voir une définition du Monothélisme : /

(c Unde et unam voluntatem — sv e£XTiiji.a — fatemur Domini N. J. C. quia profecto a divinitate assumpta est nostra natura, non culpa ; illa profecto, quae ante i)eccatum creata est, non quae post praevaricationem vitiata. . . Non est itaque assumpta a Salvatore vitiata natura, quae repugnaret legi mentis ejus (2). »

(1) Voir nie vol., p. 192 sqq.

(2) Mansi, Collée. Concil., XI, 539.

Sur quoi l'auteur ajoute : « Voici doue le raisonnemeut d'Honorius : le Christ a j)ris uue vraie liumanité, la nature liaïuaine entière ; non pas il est vrai la nature viciée par le péché, mais telle qu'elle était avant la chute. Il n'y avait donc pas en Lui cette loi de la chair qui résiste à la loi de l'esprit. — C'est fort bien jusqu'ici, mais il eût dû continuer ainsi : Donc, dans le Christ, il n'y avait pas de volonté pécheresse, charnelle, mais seulement une volonté humaine droite et conforme à la volonté divine, ainsi donc deux volontés, une divine, une humaine, droite elle aussi. — Malheureusement, Honorius confond ces deux volontés; ou plutôt il laisse cette volonté humaine droite, se muer en la volonté divine à qui elle est absolument conforme en tout; c'est pourquoi il eu vient à dire : unde unam voluntatem fatemur Domini nostri. »/

Mais c'est mal comprendre les paroles d'Honorius. Où donc Honorius dit-il que la volonté humaine du Christ, parce que conforme à la volonté divine, s'est transformée en celle-ci? La volonté humaine, en raison de cette conformité, est dite ne faire qu'une avec la volonté divine, dans le sens où nous disons que deux amis pleinement d'accord ne font qu'un cœur et qu'une âme. Ce n'est pas unité physique, mais unité morale.

Dans la seconde lettre écrite peu après par Honorius à Lessius, et dont nous ne possédons que deux fragments, Héfelé trouve encore une erreur. Honorius y aurait rejeté l'expression orthodoxe ouo ivÉpys'.ai en déclarant que ces termes nouvellement introduits de une ou deux opérations ne devaient pas être employés dans l'exposition de la foi (i).

Dans le second fragment emprunté à la conclusion de la lettre, on peut lire : « D'ailleurs, en ce qui concerne le dogme

(1) « Protecto, unius vel genuinae operationis vocabulum noviter introductum ex praedicatione fidei eximatur. » Mansi, Op. cit., XI, 379.

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