‹ Histoire du Concile du Vatican (volume 2)Chapitre 60 sur 108 · REPONSE AUX ARGUMENTS CONTRE L OPPORTUNITE · texte numérisé non relu

REPONSE AUX ARGUMENTS CONTRE L OPPORTUNITE

donné aux chrétiens un chef infaillible, est-ce que les raisons, alléguées par le cardinal E-auscher, pourraient justifier le silence qu'on ferait autour de ce point de doctrine, afin de le cacher aux fidèles?

Le lendemain, le cardinal Cullen (i) répondit aux arguments du cardinal Rauscher./ Le cardinal Rauscher avait dit, que le Pape avait gouverné l'Eglise durant dix-huit siècles sans que l'Infaillibilité ait été définie. A quoi M^"" Cullen réj)ondit qu'on en devrait dire autant de tous les autres dogmes. On ne les a définis que quand ils ont été mis en péril par le fait des doctrines erronées qu'on leur opposait, Et c'est le cas de l'Infaillibilité. L'orateur passa donc en revue les erreurs qui ont surgi contre cette doctrine dans les temps modernes.

Il ne suffit pas d'ailleurs que les fidèles aient la certitude morale que les décrets du Pape sont exempts d'erreur. De plus il importe de faire cesser les discussions entre catholiques sur ce point. /

Dans plusieurs discours (2) on s'éleva contre le cardinal Rauscher qui avait affirmé que la définition inutile durantdix-huit siècles, le serait de même à l'avenir. M°''Trucchi (3) en particulier remarqua que n'ayant jamais été aussi violemment attaquée, jamais non plus il n'avait été aussi urgent de la définir.

M»'" Gastaldi (4) s'appliqua à retracer l'histoire des attaques dirigées contre l'Infaillibilité. Universellement acceptée, selon lui, jusqu'au XV" siècle, elle ne fut mise en doute que par le concile de Constance sous la poussée de Gerson, qui l'avait probablement acceptée auparavant. Mais la déposition de trois papes faite par ce concile fit naître la doctrine

(1) 54* Congrégation générale (19 mai). Acta, etc., III, 109 sq.

(2) 55' Congrégation générale (20 mai). Acta, etc., III, 14o : M'' Mac Haie. 62' Congrégation générale (31 mai). Acta, etc., III, 449 : M^' Connolly. 64' Congrégation générale (3 juin). Acta, etc.. III, 513 ; M=' Domenec.

(8) 56° Congrégation générale (21 mai). Acta, etc., III, 183. (4) 61' Congrégation générale (30 mai). Acta, etc., III, 380 sq.

de la supériorité du Concile sur le Pape. Cette doctrine eti celle de lafaillibilité du Pape, qui lui est étroitement connexe,! fut soutenue par les Hois de France et proposée par eux. A\ Trente, où l'on voulait préciser la nature du pouvoir pontifical, les ambassadeurs du Roi de France et quelques évêquesj français s'y opposèrent. Comme on voulait hâter la fin dul concile, le Pape fit dire aux présidents i^ar saint Charles Bor-j romée, de surseoir à cette discussion si l'unanimité n'était] pas assurée sur ce point; et c'est ce qui eut lieu. Mais, comme] l'avait prédit un évêque, ce fut la source de divisions et de] schismes douloureux dans la Chrétienté. Quand les contro-i verses soulevées par les doctrines de Baïus, de Quesnel, di Jansénisme et du Gallicanisme révolutionnèrent la France, puis l'Italie et l'Allemagne, beaucoup alors mirent en doute l'Infaillibilité. A la condamnation de leurs doctrines les sectaires répondaient : « Nous ne sommes pas tenus d'obéir à ces décrets, nous attendons qu'un concile les confirme ! » Si Trente avait parlé clairement, le scandale de Pistoie eût été égargné à l'Italie et les bibliothèques de nos séminaires ne seraient pas remplies de livres infectés des erreurs jansénistes sur la grâce./ C'est au concile du Vatican qu'incombe le devoir de proclamer la doctrine de l'infaillibilité du Pape. On peut craindre des oppositions, peut-être des schismes, il n'est hélas que trop vrai. Mais M^"" Raess (i) a déjà parfaitement répondu à cette objection des Pères de la Minorité.

A ce propos, M^"" Petagna (2) rappela la conduite de Xotre- Seigneur vis-à-vis des Juifs que scandalisa sa promesse eucharistique; il n'en dit pas moins tout ce qu'il devait dire, mais voyant que beaucoup l'abandonnaient, il ne les retint pas et demanda même aux apôtres : « Et vous, voulez-vous partir aussi? » Nous ne pouvons, dit l'évêque, taire cette doc-

(1) Voyez plus haut, p. 219 sq.

(2) 56* Goagrégation générale (21 mai). Ac/a, etc., III, 187,

trine de l'Infaillibilité ; il nous reste d'abandonner à la grâce divine et à eux-mêmes, ceux qui ne voudront pas obéir au concile.

M"'" Clifford (i) protesta alors sévèrement coutre une répartie qu'il avait entendu faire par quelques évêques au sujet de ceux qui pourraient faire schisme : « Eh bien, s'ils font défection, auraient dit ces évoques, tant pis pour eux, l'Eglise n'y perdra rien !» — Ce langage n'est pas celui d'un pasteur, et M^'' Clifford avait raison de le blâmer. Mais ces paroles ne furent prononcées dans aucun des discours publics, peut-être échaxîpèrent- elles dans la conversation, dans des circonstances qui leur enlèvent leur acrimonie. / En fait les Pères ont toujours témoigné la plus vive douleur au sujet des défections qu'ils prévoyaient. Mais ils crurent que le bien général de l'Eglise l'emportait sur le bien de quelques-uns. — Si le concile se tait,disait M^'' Mac Evilly (a), on niera impunément une vérité que l'Eglise a cru dès les origines touchant un point essentiel de sa constitution. Le silence même du concile équivaudrait j)resque à une négation de cette vérité prête à être définie. « Si les Pères, dira-t-on, avaient tenu cette doctrine pour révélée, ils l'auraient définie! »

Ces conséquences funestes, M'" Gastaldi (3) les exposa avec plus d'instance encore : / Si nous omettons la définition, nous déposons les armes, nous reculons devant l'ennemi, nous lui abandonnons notre camp. Ce sera un triomphe pour lui, et il exultera. En effet, le concile aura par son silence défini indirectement que le Pape est faillible, et cela saute aux yeux : si après avoir étudié la question dans tous ses détails, si après de longs débats, le concile ne veut pas se prononcer, c'est que les preuves de cette doctrine ne lui semblent ni

(1) 59* Congrégation générale (2o mai). Ibid., III, 314.

(2) 59* Congrégation générale (21! mai). Ibid., III, 296 sqq.

(3) 61- Congrégation générale (30 mai). Ibid., III, 384.

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claires ni convaincantes. Et l'on enseignera dans les séminaires, dans les chaires de nos églises, au grand scandale de tous les catholiques, que le Pape peut se tromper en matière de foi ou de mœurs.

Ce silence, ajouta M^"" Salas (i), ressemblerait trop au silence du Pape Honorius dans la controverse monothéliste, que toute la chrétienté a si sévèrement stigmatisé.

Aux catholiques qui veulent essayer d'intimider le concile par la menace d'une défection, on ne manqua pas d'opposer le grand nombre des catholiques désireux de la définition. De fait l'Allemagne paraissait être le seul pays où il fallût craindre des apostasies à la suite de la définition. Le cardinal Cullen (2) affirma que l'Italie et l'Espagne, au dire de leurs évêques, attendaient avec joie la définition. On peut dire que la France, malgré la campagne de presse dont elle fut le théâtre, lui était aussi très favorable : nous avons entendu M^'' Raess affirmer que la foi de ses diocésains de Strasbourg serait mise en i^éril si la définition n'avait pas lieu. Le cardinal Donnet (3) attesta l'attachement du diocèse de Bordeaux à cette doctrine, et assura que la France, qu'il connaissait bien, acceiJterait avec soumission les décrets du concile, que rejetteraient seuls les ennemis de tout l'ordre surnaturel. M»*" Cousseau, d'Angoulème (4), parla dans le même sens. / M^r Schaepman, d'Utrecht (5) se porta garant des catholiques hollandais ; le cardinal Cullen (6), M^^ Leahy (7), M^r Mae Evilly (8), Ms'" Gilooly (9) protestèrent de la foi de l'Irlande, et Manning (10) de celle des catholiques anglais.

(1) 58* Congrégation générale (24 mai. Ibid., III), 249 sq.

(2) kcta, m, 108.

(3) Ibid., 83, 86.

(4) Ibid., 225.

(5) Ibid., 416.

(6) Ibid., m, 114.

(7) Ibid., 171.

(8) Ibid., 292.

(9) Ibid., 502.

(10) Ibid., 288.

M^"" Salas (i), de la Conception au Chili, évoqua les foules américaines qui désiraient la définition. — Mon diocèse compte, dit-il;Un demi-million d'âmes, l'Amérique espagnole en compte trente millions qui tous d'une voix acclament l'Infaillibilité. AJoutez-y les dix millions de catholiques Brésiliens, voici quarante et un millions de fidèles qui, dans une seule des parties de l'univers, demandent la définition. Que ce chiffre console ceux des évêques qui s'apitoj^ent sur les oatholicxues de certains diocèses pour c[ui la définition sera Intolérable : dans de telles dispositions de cœur peut-on d'aillears y voir encore de vrais et loyaux catholiques?

Les évêques même de Suisse, M^i" Greith, de la Minorité, et M^'"" Lâchât, de la Majorité (2), déclarèrent que les catholiques de leur pays accepteraient avec joie les décrets du

concile.

En Allemagne, par contre, il ne manquait pas de catholiques dont le langage faisait concevoir de sérieuses craintes. Si le dogme était proclamé on pouvait redouter cj^u'ils fissent opposition au concile et qu'ils entraînassent dans la résistance de nombreux partisans. L'horizon s'assombrissait de ce côté , et le concile du Vatican, comme ses devanciers, aurait la douleur de voir cj^ue ses actes, nécessités i^ar le bien général de l'Eglise, seraient non pas « la résurrection», mais « la perte de beaucoup en Israël ».

Ce fut l'archevêque de Paris, chef très écouté de la Minorité, qui parla avec le plus de force contre l'opportunité de la définition (3), Bien que son discours du 20 mai déborde le sujet spécial qui nous occupe dans ce chapitre, nous avons tenu à en donner ici même l'analyse complète. — Après quelques mots d'exorde, M^"" Darboy annonça qu'il traiterait :

(1) Ibid., 2.55.

(2) Acta, etc., III, 51, resp. 374.

(3) 55' Congrégation générale, Ac<a, etc., 111,153 sq. — [Ollivier op. tî7.) reproduit ce disconrs en 16 pages ipp. 284-299). Il semble traduire fidèlement le texte latin, mais ici comme ailleurs, ne donne pas ses sources]. (N. p. T.)

I'' de l'origine du schéma ; 2° de sa nature et de sa portée ; 3" de ses conséquences pratiques. •■

1° Seul évidemment le4® chapitre du schéma était en cause, peut-être aussi un peu le 3^, dans la mesure où il y était question de l'Infaillibilité. Car tel était le principal objet, selon quelques-uns l'unique objet du concile : définir le dogme était bien la princij)ale tache des conciles œcuméniques. D'ailleurs les autres questions qui lui étaient soumises ou bien portaient sur des objets d'ordre secondaire, ou bien sur des doctrines précédemment définies qu'il s'agissait seulement de proclamer à nouveau. /

Or, de rinfailllibilité il n'avait été question ni dans la bulle de convocation, ni dans aucun des actes de la convocation. Et c'était à bon droit, car le monde catholique ne désirait pas et n'avait aucune raison de désirer qu'on portât devant le concile cette question demeuréelibre.Le pape avait, dans son zèle des âmes, estimé que d'autres maux appelaient l'attention du concile d'une façon plus pressante. Contrairement à toutes les coutumes traditionnelles de l'Eglise, contrairement aux droits de la hiérarchie et aux convenances, c'étaient des prêtres, voire des laïques, étrangers au concile, qui avaient soulevé le débat. Cette poussée démocratique avait provoqué une telle agitation qu'elle avait troublé la conscience de nombre de Pères : ils craignirent de ne plus pouvoir rentrer dans leurs diocèses ou de ne plus les gouverner qu'à grand'peine s'ils s'opposaient à la définition. Et c'est ainsi que ces évêques, en toute conscience certainement, quoique trop dociles à la pression du dehors, ont proposé de présenter au concile la question de l'Infaillibilité. Il reste que le tumulte déplorable fait aux portes du concile a porté atteinte à notre liberté et à notre dignité.

Or, voici qu'aujourd'hui, au mépris de l'ordre naturel et logique des matières en cause, on pro^jose cette question à nos débats. Nous en étions arrivés à la seconde partie du

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schéma de Fide : la discussion, fort avancée déjà, laissant dans toutes les mémoires un souvenir précis, eût permis de reprendre facilement le travail. De plus, quoi qu'en puissent dire le rapport imprimé, son commentaire oral, et tous les orateurs qui en ont parlé, c'est tout bouleverser que de commencer le schéma sur l'Eglise par la question de la Primauté. Les auteurs du premier schéma l'avaient bien compris, et vit-on jamais un théologien suivre cet ordre dans un cours sur l'Eglise ? Il faut ajouter encore que nos observations écrites suivent l'ordre du premier schéma de Ecclesia, mais non plus l'ordre actuel. Enfin, l'introduction de cette question n'est nullement de nature à ajouter au prestige du Saint- Siège; car les schémas sont présentés à la Députation de la Foi; celle-ci rédige ses observations, qui sont soumise&au Pape, lequel les accepte ou les rejette à son gré. Il devient ainsi juge en sa propre cause, ce qui n'est pas avantageux à la dignité du Saint-Père. /

Ainsi donc si tout ce que je viens de dire est vrai, nous ne pouvons discuter ni définir l'Infaillibilité sans prêter aux attaques méchantes qui déconsidèrent si fort le concile. La définition, loin de rétablir la paix, sèmera dans la chrétienté de nouvelles discordes. Ainsi donc une double conclusion s'impose : on a eu raison de regarder cette question comme inopportune, et l'on fait bien actuellement encore de voter contre l'opportunité de la définition.

II. Sur la nature et la portée du schéma, l'archevêque sera bref. Il ne s'agit pas, remarque l'orateur, de l'infaillibilité de l'épiscopat uni au Pape, mais de l'infaillibilité « personnelle, absolue, particulière ->) de ce dernier pris isolément. Il ne s'agit pas de publier une opinion, mais de proclamer un dogme. Il ne s'agit plus, maintenant que le Pape lui-même a saisi le concile de la question, d'examiner l'opportunité de cette discussion, mais de peser l'opportunité d'une définition. Or, une définition requiert : i° une formule dogmatique

[parfaite]; 2° des j^renves de nature à exclure le moindre doute, 3° enfin l'unanimité morale dans l'acceptation.

Or, 1° c'est un rude labeur qu'exige l'élaboration d'une formule dogmatique. Les auteurs du schéma se servent de termes vagues qui engendrent des discussions sans fin. Que signifie cette formule : « exercer la fonction de docteur suprême » ? A quelles conditions reconnaitra-t-on extérieurement que le Pape parle comme « docteur suprême » ? Comment le reconnaître avec certitude ? Les auteurs du schéma répondent : « Celasereconnaîtcommesereconnaîtl'universàlitéd'un Concile »./ Mais si l'unanimité moraledel'épiscopatprouve seule l'œcuménicité d'un Concile aux fidèles dispersés dans l'univers et si la même méthode doit servir à constater la nature et la portée des décrets du Souverain Pontife, les vénérables auteurs du schéma n'ont rien obtenu, puisque la raison dernière d'admettre l'Infaillibilité sera le consentement général des évêques. 2° les auteurs du schéma éliminent-ils, oui ou non,le consentement des évêques dans les définitions dogmatiques ? S'ils l'éliminent, ils font un acte inouï, intolérable ; s'ils ne l'éliminent pas, ils reproduisent une doctrine universellement admise, et combattent à grand'peine un ennemi chimérique. Dans tous les cas, ils ne peuvent ni ne doivent garder le silence sur la nécessité ou l'inutilité de ce concours ; car en un tel sujet, au milieu de semblables circonstances le silence accroîtrait les perplexités des fidèles et susciterait de nouvelles difficultés.

Enfin, jusqu'où s'étend le domaine de Tinfaillibilité du Pape ? Le schéma répond : il se confond avec celui de l'infaillibilité de l'Eglise. Mais aloi's il faut définir d'abord celuici ! Nouvelle j)reuve qu'on a tort de traiter du schéma sur la Primauté avant d'achever le schéma sur l'Eglise en général. De plus quand nous parlons de l'infaillibilité de l'Eglise, nous savons, que l'Eglise n'excédera jamais son jjouvoir, d'abord parce que les décisions de l'Eglise requièrent l'accord

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des évêques, et puis parce que l'Eglise est sainte et impeccable ; mais ici il s'agit du Pnpe tout seul : a-t-on donc prouvé qu'il soit nécessairement saint et impeccable ?

2'' Puisque la définition doit être fondée sur des preuves absolument décisives, il faut établir : i° que la doctrine de l'infaillibilité du Pape est contenue dans l'Ecriture Sainte telle que l'a toujours comprise la Tradition; qu'elle a toujours été acceptée partons les Pères, docteurs, évêques et théologiens, et non par quelques-uns d'entre eux. [bruits divers dans la salle du Concile] ; 3° qu'elle est en parfait accord avec toutes les décisions (i) et actes authentiques des Conciles œcuméniques ; 4° qu'elle [n'a pas contre elle des faits historiques importants et qu'aucun acte des Souverains Pontifes n'y est contraire] ; 5° qu'elle est de ces doctrines qui peuvent être définies, c'est-à-dire qui ont été toujours acceptées en tous lieux par tous comme vérités révélées. /

Comme il s'agit de définir un dogme, il faudrait ou bien que les preuves que l'on allègue en faveur de cette doctrine

(1) Friedrich a publié {Documenta ad ilhistranduin Conciliuin Vaticanam, II, 415, sqq.) le discours de M'' Darboy. Nous n'examinons pas sïl est d'accord en tous points avec la relation sténographiée. Mais, dans cet endroit, il y a désaccord ; la relation sténographique porte : {Acta, etc., III, 157) : « Hanc (doctrinam] insuper perfecte concordare cam omnibus (Hscussionibus et actis conciliorum oecumenicorum authenticis », tandis que le texte de Friedrich est ainsi conçu : « Hanc [doctrinamj insuper perfecte concordare cum omnibus decisionibus et actis conciliorum oecumenicorum authenticis, vel etiain conslantiensis concilii decretis a sesswne quarta et quinta editis ; quae enim si earum oecumenicitas, quod non admitto, rejicienda foreU tamen sensiim theokmonnn et episcoponim

lOstendunt et communem opinionem » (1 c. Il, 420). La partie ajoutée n'a pas été prononcée au Concile. M'' Darboy l'aura probablement écrite, mais passée en parlant. Le mot decisionibus est, en effet, préférable à discusswnibus. Et l'évêque, ayant écrit decisionibus, aura sans doute dit par mégarde discussionibus.

[Ollivier {loc. cit., p. 292) traduit: «Qu'elle (cette doctrine) concorde parfaitement avec tous les actes et canons authentiques des conciles œcuméniques, et même avec les décrets du Concile de Constance publiés dans les sessions IV et V ; car en supposant même que l'on rejette l'œcuménicité de ces décrets, ce qui n'est pas m07i avis, ils n'en attesteraient pas moins le sentiment des évêques et des théologiens et l'opinion commune. » Si Ollivier ne suit pas le texte de Friedrich, et s'il traduit un document que lui aurait fourni M'' Darboy lui-même, la question

' est résolue.] (N.d. T.)

satisfissent tous les Pères, ou bien qu'on laissât à ceux-ci le temps de les étudier. Or, ni le premier ni le second schéma ne contiennent de preuves suffisant à résoudre toutes les difficultés, et par ailleurs on ne laisse pas aux Pères le loisir de tirer au clair cette question si obscure, de répondre aux difficultés et de prendre un parti en sûreté de conscience. [Sourires.] Aussi il faudrait surseoir à cette définition. Il est très dangereux d'imposer aux fidèles, à la hâte et sans garanties absolues, un dogme qui les oblige en conscience; tandis qu'il nj?^ a aucun inconvénient à remettre la chose.

3*^ Enfin, l'unanimité des Pères est nécessaire, faute de quoi il est à craindre que la définition soit regardée comme une simple décision papale, et non comme un décret conciliaire. [Légers sig-nes de désapprobation.] Le concile de Trente ne définissait qu'à l'unanimité morale des votants, et non pas à la simple majorité, voulant ne poser des actes de cette gravité qu'avec la plus grande prudence. Je ne m'étendrai pas, dit l'évêque, sur ce point, car un autre orateur,je crois,parlera de la nécessité de l'unanimité morale; je fais seulement observer que les fidèles seraient gravement troublés s'ils savaient que, dans une définition dogmatique, ou avait refusé d'entendre une minorité respectable, ce qui ne manquerait pas de faire naître des doutes sur l'autorité du Concile. [Les signes de désapprobation deviennent plus sensibles.]

III. Quant aux conséquences pratiques de la définition, deux remarques suffiront. On veut sans doute par la définition resserrer l'unité et fortifier l'autorité centrale de l'Eglise. Mais prenons garde : il ne faut vouloir consolider l'unité et la centralisation que dans la mesure où le Christ les a voulues, où la tradition nous les a transmises, et non point d'après les rêves que nous en avons conçus. Nous n'avons pas à façonner l'Eglise selon nos goûts. Or, l'unité de foi et de discipline nécessaire à l'Eglise, est et a toujours été réa^

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lisée dans l'Eglise catholique sous la paternelle autorité du pouvoir central, sans quoi il faudrait dire que l'Eglise a été privée durant des siècles d'un élément essentiel de sa constitution. Ainsi donc l'unité nécessaire à l'Eglise existait sans que fût définie rinlaillibilité. Une unité exagérée peut devenir nuisible et pernicieuse parce qu'elle empêche les forces intérieures de se développer et chaque membre d'exercer sa fonction vitale. L'unité que la Loi donne à des hommes libres et énergiques est moins contraignante et plus honorable, que l'unité qu'une volonté tj^'annique impose à des esclaves, dont la vie se traîne avec nonchalance. Conservons donc jalousement cette unité dont le Christ a doté l'Eglise, et ce qui en est la sauvegarde, c'est-à-dire l'autorité centrale du Pape, telle que nos Pères l'ont toujours et partout reconnue, en ne séparant pas plus le Pape des évêques que les évêques du Pape.

Mais voici une seconde remarque. Manifestement insuffisante, inefficace contre les maux actuels, il est à craindre que la définition ne soit nuisible à beaucoup. Voyez le monde. La définition ressuscitera-t-elle de la tombe les Eglises d'Afrique? E-éveillera-t-elle cet Orient jadis si glorieux? Aidera-t-elle nos vicaires apostoliques à convertir les païens, les Mahométans ou les schisraatiques ? Attirera-t-elle à l'Eglise les Protestants ? / Voilà pour ceux qui sont hors de l'Eglise. Que dire de l'Europe? Je vois avec tristesse l'Eglise exclue de partout : bannie des assemblées qui décident de la paix et de la guerre, où jadis son autorité avait tant de poids ; bannie, dans la plupart des pays, des parlements, où l'on trouve étrange de voir un prélat ou un prêtre y siéger par hasard ; bannie des écoles où triomphe l'erreur ; bannie de la législation, marquée au sceau de l'impiété du siècle ; bannie de la famille, où le mariage civil dissout les mœurs. La plupart des gouvernements d'Europe nous fuient ou nous rejettent. Or, dans cette détresse de

l'Eglise, quel remède offre-t-on à ce inonde malade? A ceux qui ont secoué le joug, on impose, de par la volonté des auteurs du schéma, un joug nouveau, et donc plus lourd ! A ceux qui faiblissent dans la foi, on impose un nouveau dogme, inopportun, compromis par la discussion présente, défini par un concile qui, aux yeu^ de beaucoup, manque de la liberté nécessaire. Et l'on croit qu'on va tout guérir ainsi, raffermir la foi, restaurer les mœurs! Quelle illusion ! Le monde est malade et meurt non parce qu'il ignore la vérité, ou parce qu'il ne connaît pas ses docteurs, mais parce qu'il fuit la vérité et ne veut pas qu'on la lui impose. S'il résiste quand c'est toute l'Eglise enseignante, huit cents éveques unis au Pape, qui la lui imposent, il se dérobera bien plus quand la lui présentera un seul docteur infaillible et dont l'infaillibilité est encore toute neuve ! — Non, il ne suffit pas que nous présentions la vérité aux fidèles, il faut qu'ils la reçoivent, sans quoi notre peine est perdue. A quoi bon un anathème contre quelqu'un qui ne se soucie pas de l'excommunication? Le Syllabiis a été publié dans l'Europe entière; eh bien! quel mal a-t-il guéri, là même où on l'a reçu comme une parole infaillible et souveraine ? Il y a encore deux pays ou la religion maintient sa domination : l'Espagne et l'Autriche, Or, dans ces deux Etats le régime catholique se désagrège, bien que recommandé par une autorité infaillible, et peut être bien x^arce que recommandé i par elle ; c'est du moins, à mon avis, le cas de l'Autriche. /

Sachons donc voir les réalités ! L'infaillibilité du Pape ne détruit ni les préjugés ni les objections qui détournent tant d'âmes de notre foi, elle les corrobore au contraire, il y a tout lieu de le craindre. De plus, beaucoup d'esprits, nullement hostiles au catholicisme, veulent séparer l'Eglise de l'Etat ; de ceux-là plusieurs sont au pouvoir ; ils profiteront de cette occasion pour réaliser ce dessein. Et ainsi, qu'ils le veuillent ou non, les auteurs du schéma vont amener un nouvel état

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