LE DISCOURS DE M»'' DARBOY
de choses très dangereux, surtout si l'objet de l'Infaillibilité n'est pas mieux déterminé et si on laisse croire que, dans ses définitions touchant les mœurs, le Pape peut juger les actes civils et politiques des rois et des nations, les lois et le droit public. Il est facile de voir quelles semences de discorde porte en lui notre schéma et à quels dangers il expose même le pouvoir temporel du Pape. Mais développer toutes ces considérations serait trop long et peut-être indiscret; jai soulagé ma conscience : à vous de faire de mes paroles le cas qui vous conviendra (i).
En terminant, l'orateur proposa de remettre la discussion du schéma, ou du moins de le remanier en précisant la nature et les limites de l'Infaillibilité, aiin d'éviter à l'avenir les querelles à ce sujet. Le mieux, selon lui, serait de supprimer du schéma la question de l'Infaillibilité.
Il faut reconnaître que M*^"" Darboy a évité ici ce ton acerbe où éclatait, dans un précédent discours (2), son mécontentement relativement à la marche du concile. Il n'en combat pas moins avec énergie la définition de l'Infaillibilité.
En réalité, on ne pouvait pas, lors du concile, apprécier exactement l'introduction de cette question de l'Infaillibilité; mais il estsûr que le jugement de M^r Darboy témoigne d'un parti-pris très arrêté, et les faits que nous connaissons aujourd'hui ne lui ont pas donné raison. / Ce qu'il dit de la
(1) Dans le texte d'OUivier, p. 298. l'orateur ajoute ces déclarations importantes :
« Je sais bien que tout a ses inconvénients et qu'il ne faut pas toujours s'abstenir par la seule crainte des conséquences fâcheuses Aussi je ne demande pas aux Très Révérends Pères de suivre ex abrupto mon sentiment. Je les prie d'apprécier et de peser mes arguments et ceux de mes adversaires. Je sais encore que s'il ne faut pas céder puérilement à l'opinion publique, il ne faut pas non plus la braver avec obstination... Je sais enfin que l'Eglise peut se passer de l'appui du bras humain, néanmoins elle ne repousse ni l'alliance ni le secours de la Société civile, et je ne suppose pas qu'au temps de Constantin, elle ait soupiré tendrement pour le siècle de Néron. » (N. d.T.)
(2) Voir II" vol.. p. 231 sqq.
difficulté qu'il y a de signifier qu'une définition est faite ex cathedra n'est pas très fondé. Le Pape ne peut-il pas dire, en pojtant un décret, qu'il a l'intention d'obliger toute l'Eglise ? Dans le cas où il ne le dirait pas assez clairement, on serait en présence d'une de ces difficultés que présentent souvent les décrets des conciles. Ce que l'orateur dit des preuves requises est excessif et sa tlièse sur l'unanimité morale est insoutenable (i). Quand il dit que la définition ne saurait guérir tous les maux, perscmnene le contredira, car on n'a jamais attendu d'elle ce miracle : il suffit qu'elle en guérisse beaucoup. Enfin les Pères ne redoutaient pas les suites lâcheuses que l'on prédisait : si la définition était nécessaire, il fallait s'en remettre à Dieu de l'avenir et laisser venir les événements.
(1) Voir plus haut. p. 69 sqq.