L OPPORTUNITE DE LA DEFINITION ET LES ANGLICANS
«concile de Florence sur la Primauté qui contenait déjà la ■doctrine en question et qui devait pour cette raison être ■déclaré authentique par le concile du Vatican. Enfin, il •déplora le silence que le concile de Trente avait gardé sur «ette question et termina en priant instamment de la -définir.
A propos de ce discours si clair, si logique et si convaincant, Manning disait plus tard (i) : « Je l'ai écrit moi-même tout entier, et l'ai lu à l'évêque de Bevorley et au P. Liberatore.Ils n'y firent aucun changement. Je ne me rendais pas compte de sa longueur : il dura i heure et 5o minutes, Avant de monter à la tribune, j'avais quelque inquiétude, mais alors je fus tout à fait rassuré. Je voyais le bon vieux Cardinal de Angelis tourner des regards interrogateurs vers ses voisins, pensant que je n'en finirais jamais./ Mais les évêques ne bougèrent pas avant la fin. Le cardinal Monaco, <jui était très loin de la tribune, m'assura n'avoir pas perdu un mot. Le correspondant du Standard, note que mon latin ne fut pas prononcé à la grande manière d'Oxford, c'est juste : on n'y eût pas compris un seul mot. Le cardinal Bilio me dit plus tard que les deux discours qu'il préférait étaient celui du cardinal Cullen et le mien. C'était peut-être parole d'ami. Il est vrai cependant que le cardinal Cullen et moi avions voulu tous deux dire des choses et non déclamer à vide. »
Larchevêque Kenrick observe, dans sa Concio habenda at non habita : « C'est avec très grand plaisir que j'ai écouté l'archevêque de Westminster ; et je ne sais qu'admirer le plus ûe son éloquence ou de son ardeur à demander, voire à exiger la définition. La clarté de la pensée, le bonheur de l'expression, l'élégance de la composition, la grande autorité et la simplicité géniale qui brillaient en lui me firent presque
<1) Ibid.
m'écrier : ialis ciim sis, iitinam noster esses ! etc. » (i).
M^'^ Clifford, de Clifton, (2) qui parla le même jour (25 mai) ne réussit pas à saisir son auditoire comme Manning l'avait fait. Il tenta de montrer qu'il n'importait pas tant de montrer au peuple anglais quel était dans l'Eglise le docteur infaillible, que de lui montrer que l'Eglise est infaillible. Il avait reçu, disait-il, des lettres de membres du clergé et de laïques très inquiets sur les décisions du concile, et redoutant fort que la définition ne fasse perdre la foi à plusieurs.
Passant aux Grecs scbismatiques, les adversaires de la définition repétèrent ce qu'ils avaient déjà dit à propos des protestants, mais insistèrent particulièrement sur l'obstacle que mettrait cette définition à un retour à l'unité. /
M^"" Simor (3), primat de Hongrie, — région où l'on compte, dit-il, plusieurs millions de scbismatiques, — fit observer que c'est précisément la primauté de juridiction du Pape qui est rejetée des scbismatiques, et qui les empêche de revenir à l'Eglise romaine. La définition de l'infaillibilité, dit-il, rendra plus difficile leur retour. Celui qui ne peut porter une charge légère, reculera devant une charge plus lourde. L'archevêque croit, que la définition est dangereuse, même pour les Orientaux déjà réunis à l'Eglise, et dont quatre-vingt mille vivent sous sa juridiction archiépiscopale. Depuis qu'on traite cette question de l'Infaillibilité une nation voisine avait envoyé parmi les catholiques des émissaires, qui, semblables à des loups furieux, cherchent à les dévorer. L'orateur prie les Pères d'imiter le concile de Trente, et d'avoir égard à cette partie du troupeau. M^'" Bonnaz, de Csanad et Temesvar (4) parle de la même manière, et
(1) Friedrich, Documenta, etc., I, 209. — [Sur tout ceci voir Manning. f^ts/o/r«vraie du Concile du Vaiiran. — On trouvera dans Ollivier, op. cî^, p. 299-3U6, ua. long extrait de ce discours, n. d. t.
(2) Actii, etc.. III. 314.
(3) Ibid ,133sq (55'Congrég. gén. ,20mai).
(4) 60' Congrégation générale (26 mai). Acia, etc., III, 348.