‹ Histoire du Concile du Vatican (volume 2)Chapitre 67 sur 108 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Les débats sur Vopportunité de la définition de F Infaillibilité,

Conclusion.

Le XIX* siècle était le siècle du rationalisme. Après avoir surgi vers la fin du XYIII^ siècle, il régna, au commencement du XIX", dans toutes les universités i)rotestantes, et de là se répandit partout. Les catholiques euxmêmes ne restèrent pas à l'abri des idées rationalistes, et, jusque dans les cercles bien intentionnés et tout dévoués à la religion, on sentait l'effet de cette atmosphère funeste à la foi: une certaine aversion du surnaturel, un effort excessif d'en restreindre autant que possible le domaine, d'expliquer naturellement les faits surnaturels, et de prouver les vérités surnaturelles par des raisons naturelles.

Cette disposition des esprits n'était pas favorable à l'Infaillibilité pontificale. Qu'un concile soit infaillible, tous les catholiques le croyaient sans la moindre difficulté, non seulement parce qu'ils y étaient obligés par le ■consentement universel de toute l'Eglise, mais aussi, parce qu'ils comprenaient facilement que les éveques de toutes les nations ne pourraient pas, tous ensemble, adhérer à une erreur et surtout parce que l'on croyait, à tort il est vrai, que le consentement de tous était requis pour une définition dogmatique. / Mais qu'une personne, une seule, le Pape, ne puisse se tromper en définissant un dogme, cela semblait moins évident à la raison. Et cependant l'assistance de Dieu

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-est tout aussi nécessaire au Concile pour le garantir de l'erreur qu'elle est iiécessaire au Pape. Malgré cela on admettait plus facilement l'infaillibilité de tous que l'infaillibilité d'un «eul, et c'est pourquoi l'opinion était hostile à la définition dans la mesure où se faisait sentir l'influence du rationalisme.

Aussi quand M"*" llivet (i) affirmait que la majorité des esprits était opposée à la définition, s'il exagérait quelque peu, du moins ne se trompait-il pas entièrement. C'était même la disposition de catholiques par ailleurs très zélés. Cet ■état d'esprit provenait, comme le remarquait M^"" Rivet, de la diffusion des idées « modernes » qui implantaient dans les âmes, dès l'enfance, la croyance opposée. On rejetait la doctrine de l'Infaillibilité, non pas tant en vertu de raisons Men réfléchies, qu'en vertu de préjugés régnants avec qui elle ne cadrait guère. Et c'est pourquoi M^"" Rivet estimait ^u'il fallait surseoir à cette définition par égard pour l'opinion publique, car il fallait compter avec cette « reine du inonde ».

M^'' Raess (2) s'opposa à bon droit à ces vues, comme d'autres déjà l'avaient fait, en particulier l'archevêque de Saragosse. M^*" Clifford (3), il est vrai, volontiers conciliateur, tout en reconnaissant que l'Eglise ne devait pas taire la vérité par peur des hommes, estimait qu'il fallait toujours être prudent, et par conséquent avoir souvent égard à l'opinion publique. Ce qu'il disait était très juste, et M^'" Raess en convenait. / Il est des cas où l'Eglise doit tenir compte de l'opinion, mais peut-elle par « prudence » et pour se conformer à l'opinion taire une vérité révélée, confiée à sa garde, ■et que mettent précisément en péril les tendances de l'opinion régnante? Quand il y a des raisons graves de se conformer à

(1) /4c<(i, etc. 111,18. —Voir plus haut, p. 216 sq.

(2)Ibicl..IIl. 175. —Voir plus haut p. 219.

v(3) Ibid., m, 311. — Voir59* Congrégation générale (25 mai).

l'opinion, et tant qu'il n'est pas nécessaire de crier unevérité, on peut préférer se taire. Mais quelles raisons alléguait donc M»'" Clifford? Les apostasies possibles, les difficultés mises à la conversion des protestants. Mais on avait déjà suffisamment montré que ces raisons ne valaient pas. M^'' Gastaldi (i) protesta lui aussi qu'il ne fallait pas tenir compte de l'opinion publique : « Je m'étonne, dit-il, qu'on' ait dit, du haut de cette tribune, qu'on devait, dans les définitions doginatignes, céder, du moins en une certaine mesure, à l'opinion publique, une « reine )>, a-t on dit. Souvent elle n'est pas une reine, mais un tyran. Parmi les sources théologiques, Je trouve l'Ecriture Sainte, la Sainte Tradition, les décrets des Conciles et des Papes, je n'y ai pas trouvé l'opinion publique. L'opinion publique n'a aucun droit, en matière de définitions dogmatiques, pour faire entendre sa. voix dans cette enceinte. »

Les gouvernants étaient sans aucun doute ceux sur qui les idées en vogue exerçaient le plus d'influence. Nous avons déjà décrit au III*' volume l'attitude que prirent les Puissances à l'égard du Concile. Aucun Gouvernement ne fit, comme tel, obstacle à la définition. Certaines déclarations officielles reconnaissaient même qu'une défini tion étaitaf faire purement ecclésiastique où l'Etat n'avait pas le droit de s'immiscer. Mais les ministres étaient en général défavorables à la définition et sympathisaient avec la Minorité. Ces symj)athies n'étaient nullement déguisées et s'exprimaient de mille manières. / Tous en étaient là, car Ollivier lui-même, qui se glorifiait sans cesse de respecter la liberté du Concile, ne cachait pas ses sj'mpathies à l'égard de la Minorité. Mais ce furent surtout les ambassadeurs accrédités à Rome qui secondèrent les efforts de roi)position,et à leur tête les ambassadeurs de Bavière et de Prusse, Tauffkirchen et Arnim.

(1) 61* Congrégation générale (30 mai). Acta, etc., III, 382.

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