‹ Histoire du Concile du Vatican (volume 2)Chapitre 8 sur 108 · LA BROCHURE DE M*»'"" HEFELE 3S · texte numérisé non relu

LA BROCHURE DE M*»'"" HEFELE 3S

de l'Eglise, nous ne devons pas définir s'il y a une ou deux opérations dans le médiateur entre Dieu et nous (i). » — 11 est clair, conclut Héfelé, qu'Honorius voulait prononcer une décision doctrinale, énoncer un dogme, et qu'il a en même temps réprouvé le terme dogmatique orthodoxe (p. lo).

Or, cette conclusion ne ressort en aucune façon des textes. Si le pape défend l'usage des deux expressions, il n'a porté aucun jugement définitif sur la valeur de l'une et de l'autre. / Quand il déclare qu'on ne doit pas définir si dans le Christ il j a une ou deux opérations, il est trop clair qu'Honorius se défendait expressément de vouloir définir la controverse. D'ailleurs, il donne l'ordre de garder le silence sur cette question. Comme nous ne savons pas le sens précis qu'Honorius donnait au mot hip^^zioLi, opérations, on peut voir un sens très orthodoxe à sa formule : en Jésus-Christ il y a des opérations divines, comme le gouvernement du monde, — des opérations humaines, comme manger ou dormir, — et des opérations théandriques, comme faire des miracles.

Ainsi, Honorius n'a pas enseigné d'erreurs. On peut lui reprocher d'avoir été négligent à combattre l'hérésie; qu'il s'est trop conformé à la façon de parler des hérétiques dont il a ainsi favorisé l'erreur. Et c'est pourquoi le concile a joint son nom à ceux des Monothélites.

Ceci nous amène à la seconde question posée par Héfelé, Il y répond par l'affirmative : le concile a jugé le Pape comme hérétique (p. ii).

Un concile acéxDhale ne peut juger un pape encore vivant, parce qu'il est son chef . Mais il peut juger un pape après sa mort.

Or, le VI^ concile a-t-il condamné Honorius comme hérétique, ou comme fauteur d'hérésie ?

(1) a Geterum, quaatum ad dogma ecclesiasticum pertinet.., non unam vel duas operationes in mediatore inter Deum et homines definire... debemus.J» Ibid.

3G niSTOlPvE DU COXCII.K DU VATICAN

Jncoiitestablenieut il le condamne comme les hérésiarques Sergius, Cyrus, etc., car après leur condamnation il ajoute : « Cum his vero simulprojici a sancta Del catholica Ecclesia, simulqiie anathematizari praevidimus (tjvsiooijisv) et Honorium, qui fïierai Papa antiqiiae Romae, eo quod invenimus per scripta, quae ab eo facta siint ad Sergiiim, quia in omnibus ejus mentem se<:utus est, et impia dogmata confirmavit (i). » / — Cependant, comme nous l'avons vu, le concile ne pouvait trouver dans les lettres à Lessius qu'Honorius ait proposé l'hérésie, — mais seulement qu'il l'avait favorisée. Si donc les évèques flétrissent si durement son action et le rangent simplement parmi les hérétiques, c'est sous l'empire de la passion et de la jalousie que les Grecs nourrissaient conti-e Kome. De plus, naguère Monothélites euxmêmes, ils durent condamner à regret leur patriarche et se consolèrent en condamnant aussi Honorius.

Si la sentence et les actes du concile font croire qu'en fait Honorius fut condamné comme hérétique, il reste à voir si cette sentence était valide. Or, elle ne l'est pas ; car, elle ne pouvait avoir de valeur que par la confirmation donnée par le Pape, et il est sûr que Léon II n'a vu en Honorius qu'un fauteur d'hérésie, non un hérésiarque.

Héfelé estime, il est vrai, qu'il en est autrement. Mais la simple comparaison des textes tranche le débat, /

Dans la lettre à l'empereur, par laquelle il confirme le concile, Léon II s'exprime ainsi : « Pariter anathematizamus novi erroris inventores, id est, Theodorum Pharanitanum, Cyrum Alexandrinum, Sergium, etc., Neenon et Honorium, qui hanc apostolicam ecclesiam non apostolicae traditionis doctrina lustravit, sed profana proditione immaculatam fidem subvertere conatus est (2), » — L'expression conatus

(1) Mansi, Op. cit., XI, p. S54. — Voir Kirchenlexikon, art. Honorius, du P. Grisar.

(2) Mansi, Op. a<., XI, 731.

[34-3dJ

QUATRIÈME BROCHURE CONTPE l'iNFAILLIBILITE 37

est n'est pas la traduction exacte du grec 7:aps/.wpT,T£ = siibverti permisit. Ainsi donc : tandis que les autres ont fait naître l'hérésie, Honorius a omis de défendre la foi, comme c'était son devoir.

Léon II écrit encore aux évoques d'Espagne : « aeterna. condemnatione mulctati sunt Theodorus, Cyrus, Sergius, etc., cum Honorio qui flammam haeretici dograatis non, ut decuit apostolicam auctoritatem , incipientem exstinxit, sed negligendo confovit » (i). — Au roi d'Espagne il dit de même : « Condemnati sunt... et una cum eis Honorius romanus, qui immaculatam apostolicae traditionis regulam... maculari consensit » (2)?

C'est donc bien toujours pour avoir négligé d'étouffer l'hérésie qu'Honorius est condamné. /

Nous pouvons omettre la seconde partie de la brochure où l'auteur réfute certaines apologies d'Honorius. Elle ne porte pas contre les explications que nous venons de donner (3),

La quatrième brochure est simplement intitulée Qiiaestio (4). L'auteur veut établir : 1° que l'Eglise est une monarchie tempérée, — non au sens de Bellarmin pour qui le pape a cependant la plénitude du pouvoir, mais en ce sens que le pape ne possède que la part principale du pouvoir donné à l'Eglise, les évoques en ayant une part, eux aussi, moindre sans doute, mais réelle; — 2" que le magistère infaillible n'appartient au pape que s'il juge avec la collaboration et l'approbation des évoques. /

Cette dissertation reproduit en somme les thèses gallicanes de Bossuet et de Launoy, que nous avons déjà retrouvées sous la plume de M^'" Maret (5).

(1) Mansi, 0/).«7.,p. 1052.

(2) lbicl.,p. 1057.

(3) Comme plus tard on prélendit (iirilelelé avait,dans son Histoire des Conciles contredit sa lirochure, il se délendit dans une dissertation intitulée: Z>e/"ensîo episcopi Rotfenburçjensjs .

(4) Petit in-tblio de 66 pages.

(5) Voir l 'volume p 247.

On nous permettra de ne pas insister. L'auteur lui-même et le principal propagateur de cette brochure déclarent, d'ailleurs, ne pas apjDrouver complètement ces idées.

C'est M«'" de Ketteler qui fit distribuer cette brochure, mais il n'en est pas l'auteur. On l'avait quelque temps attribuée au Père de Buck, mais il fut bientôt prouvé qu'elle avait été écrite par un autre jésuite, le Père Quarella, répétiteur de théologie au Collège germanique. C'est le seul jésuite qui se soit déclaré contre l'Infaillibilité. Esprit indépendant, inclinant à la contradiction, il avait recueilli dans Bossuet et Launoy les difficultés opposées à la doctrine de l'Infaillibilité. Il montra son travail à M-"" de Ketteler, qui le consultait souvent sur des matières théologiques. Celui-ci approuva le travail, résolut de le publier, et plusieurs évêques allemands et hongrois s'étant chargés des frais, l'ouvrage fut imprimé à Soleure (i). /

Destiné aux seuls évêques du concile, l'imprimé n'était que la copie du manuscrit; c'est ce que disait la note mise au bas de la première page : ad instar maniiscripti impressiim.

A ce propos eut lieu un incident qui fit quelque bruit. Averti de l'arrivée des brochures x^ar la direction des postes, le maître du Sacré-Palais la fit saisir. M»"" de Ketteler, très ému, croyant le paquet déposé à la secrétairerie d'Etat, se rend chez le cardinal. Celui-ci était absent. L'évêque lui écrivit alors que cette brochure, d'un caractère purement scientifique, n'était destinée qu'aux évêques. La supprimer serait vouloir étouffer toute liberté de discussion; cela pourrait provoquer un scandale inutile et mécontenter bien inutilement les évêques. Sans doute, elle serait mise alors dans le commerce et entrerait ainsi à Home. D'ailleurs, puisqu'on laissait toute liberté d'écrire en faveur de la définition, on devait permettre aussi d'exposer l'opinion contraire. —

(1) Voyez Pfulf, M" de Ketteler, III, 80.

Page 1