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QUESTIONS DE TERMINOLOGIE

Eglise ni des Evêqucs, lors même qu'il use de son pouvoir sans leur concours.

■ Ces explications furent accueillies avec reconnaissance et observées par plusieurs des adversaires de la définition. D'autres, néanmoins, maintinrent les expressions blâmées, parce que, semble-t-il, ils y trouvaient un appui dans leurs attaques contre la doctrine ou contre la définition de l'Infaillibilité pontificale. Le dernier des orateurs entendus sur la question, M-"" Maret (i), persista à appeler l'infaillibilité, qu'on allait définir, une infaillibilité séparée, absolue et per- Boniielle, et il justifia ses expressions. / Cette infaillibilité, dit-il, est séparée, puisque le Pape juge et décide par luimême indépendamment des évêqucs. Elle est de plus absolue. Absolu s'oppose à conditionné. Or, quelle condition restreignait les décisions pontificales en matière de foi et de xùœurs ? Aucune. C'est donc bien, d'après le projet même, une infaillibilité absolue. Ajoutez qu'elle est personnelle, car puisque le Pape dans ses définitions n'a besoin d'aucun concours, il est clair qu'elles dépendent de sa seule volonté.

Mais, dans le cboix d'une expression, il ne suffit pas d'examiner de quels arguments elle s'autorise : il faut s'assurer, on outre, qu'elle prévient les malentendus M^*" Maret semble l'avoir oublié. On ne peut en aucune façon parler d'une infaillibilité indépendante, sous prétexte que le Pape publie -des décrets infaillibles sans le concours de qui que ce soit. «Ma tête, dit à ce propos Gastaldi (2), n'a pas besoin des bras pour y voir... elle n'a que faire des autres membres pour parler ou pour entendre. Cependant c'est pa.rce qu'elle est ainie au corps qu'elle fait tout cela; séparée, elle serait sans srie. )» Mais, par contre, l'infaillibilité pontificale pourrait, -eh un sens, être fort justement appelée personnelle. M^ De-

(1) 64" Gongrégatipn générale (3 juin). Acta, etc., lll, 520,

(2) 61' Congrégation générale (30 mai), Acta, etc., III, 386.

champs recoDiiaissait lui-même qu'on l'avait parfois ainsi désignée, et M»"" Caixal y Estrade (i) ajoutait qu'en appelant l'infaillibilité du Pape personnelle, on raj^pelait que ce privilège avait été promis et conféré par le Christ à la personne de Pierre, et on réfutait en même temps l'opinion erronée qui refusait l'infaillibilité au Pape, pour l'attribuer au Siège de Pierre. Devant cette divergence d'opinions de NN. SS. Caixal et Dechamps, Mf-'r Clifford (2) prétendit que la question n'avait pas été assez nettement proijosée aux Pères du Concile et M^r Purcell se rangea à cet avis (3). — Mais c'était là une affirmation gratuite, car dans le cas présent il ne s'agissait que de l'expression. Quant à l'état de la question, si quelqu'un ne le connaissait pas encore après tant de discussions, il devait manifestement en rejeter la faute sur lui seul.

Dans l'ensemble les discussions furent toujours très digues. Les sessions orageuses que nous avons rencontrées parfois au début du Concile ne se renouvelèrent plus. Rarement le Président se vit contraint d'interrompre un discours. , Les orateurs avaient pleine liberté d'exposer leur» idées contre la doctrine de l'infaillibilité ou contre l'opportunité de sa définition, et les adversaires, nous l'avons vu, en usèrent largement.

Mais, comme il était difficile à des défenseurs d'opinions si diverses d'être toujours maîtres de leurs expressions et de garder la mesure devant les attaques [de leurs adversaires, M^"" Sadoc Alemany, le second orateur de la discussion publique, supplia de nouveau les Pères de ne pas se départir dans leurs discussions de la modération, de la douceur et de la charité les plus sincères. «Cela, dit-il, nous le devons à notre honneur, à nos diocèses, à toutes les nations du monde

(1) 58* Congrégation générale ("24 mai). Acta, etc., III, 246.

(2) 59* » » (25 mai) » » » 818.

(3) 62' » » (31 mai) » » » 433.

QUELQUES ASPECTS DE LA DISCUSSION 28i

et à l'histoire, qui elle, ne meurt pas. Que les preuves soient exposées, les objections présentées, la vérité examinée, mais que tous, défenseurs ou agresseurs, nous n'ayons qu'un cœur et qu'une âme (i) ! »

Cette exhortation toucha tous les cœurs et ce n'est que fort rarement qu'elle fut oubliée. Un jour M^"" Dechamps s'étant permis une parole qui pouvait paraître dure à M^"" Héfelé, celui-ci ne put s'empêcher d'y répondre avec une certaine irritation. Lors même, avait dit l'archevêque, que dans le débat spécial sur le 4^ chapitre, il se trouverait quelques Pères pour soutenir que, même dans ses définitions ex cathedra, un Pape s'était trompé, il en resterait bien d'autres pour leur démontrer « qu'ils avaient travaillé toute la nuit en vain parce qu'ils n'avaient pas jeté le filet à la voix du Maître ». Le jour même, M^-" Héfélé, achevant son discours par une remarque au sujet de sa brochure sur la question du Pape Honorius, poursuivait: «Je puis me tromper et chacun a le droit de juger si, dans mon écrit, j'ai porté un coup en l'air, ou si j'ai fait une pêche heureuse. Mais sur mes intentions intimes, personne. Dieu seul excepté, n'a le droit de porter un jugement. Que ce soit, ou non, au nom de Dieu que j'ai jeté le filet, celui-là seul le sait qui sonde les cœurs et qui, je crois, n'a pas confié cette primauté-là à d'aulres ». / Ce sont là les seules paroles dures que j'ai rencontrées dans les longs et nombreux discours qui furent prononcés, car nous ne pouvons, nous semble-t-il, appeler ainsi la réponse de M^"^ Strossmayer au Patriarche Valerga.

Valerga (2) avait comparé la dispute du monothélisme et la controverse actuelle sur l'infaillibilité pontificale et il mena la comparaison avec autant d'esprit que de savoir. Il montra une série d'analogies entre les deux controverses ::

(1) 51* Congrégation générale (14 mai). Ac^a, etc., III, iO.

(2) 62* » » (31 mai) » » » 417.

dans les deux cas le pouvoir civil s'était montré favorable aux fausses doctrines ; dans les deux cas, le clergé avait d'abord résisté énergiquement, puis était entré dans la voie des concessions; dans les deux cas, on s'opposait à la définition de la vraie doctrine, sous prétexte qu'elle était nouvelle et que la définition en était inopportune. Enfin, de même que la doctrine de la volonté divine et linmaine dans le Christ avait déjà été établie par le concile de Chalcédoine, qui définissait le dogme de la vraie essence divine et de la vraie nature humaine du Christ, de môme aussi l'infaillibilité pontificale avait déjà été affirmée au concile de Florence quand il attribuait au Pape le magistère suprême dans l'Eglise. Valerga développa ce dernier point (i) et conclut que le temps était également venu pour le concile du Vatican de définir explicitement le dogme de l'infaillibilité pontificale. L'orateur traita son sujet avec une délicatesse parfaite, n'employant pas un mot qui fut de nature à éveiller la moindre susceptibilité ; il ne dit que le strict nécessaire sur la doctrine qu'il rejetait, juste ce qu'il fallait pour en exposer l'inexactitude et l'obligation pour le concile de la rejeter.

Malgré cela, son discours, nous le verrons bientôt, avait profondément blessé les évêques français de l'opposition, et, à la congrégation géuérale-qui suivit, M^r Strossmayer (2), leur ami intime, s'exprima en termes assez sévères contre les développements de Valerga. « Je vois, dit-il, que, sous le voile de ces développements et de ces comparaisons, ce sont des offenses que, sans le vouloir sans doute, l'auteur a accumulées, offenses à des confrères animés d'intentions tout aussi saintes que les siennes, et qu'on rapprochait pourtant, sous l'épithète vague et incertaine de Gallicanisme, des anciens hérétiques gallicans; / — offense à la grande et — c'est

(1) Voyez plus haut, p. 210 sq.

,(2) 63* Congrégation générale (2 jum). Ada, etc . , III, 472.

L EPISODE VALERGA-STROSSMAYER 283

mon avis — trè^ glorieuse Eglise de France, qui, dans ces derniers temps, triomphant de la plus cruelle des persécutions par l'aide de Dieu et la force de sa propre vertu, répandit par le monde des mart3'^rs, des confesseurs et des apôtres admirables; — offenses qui atteiguaient des évoques illustres et tout dévoués à l'Eglise, tels que Bossuet et tant d'autres. Si, avant-hier (jour du discours de Valerga), ils avaient pu se lever de leur tombe et pénétrer au sein de cette assemblée, ils auraient exprimé leur étonnement de voir que, malgré les services rendus à l'Eglise, ils étaient, à la face de tout le Concile, mis en ])arallèle avec les anciens hérésiarques, les Sergius, les P,yrrhus, etc. Enfin, <3e déplorable parallèle fait malheureusement le plus grand tort à notre but et à nos saisîtes aspirations qui doivent être <le sauvegarder la paix, le calme et l'union parmi nous. Jamais, que je sache, nous n'obtiendrons ce résultat par de pareilles comparaisons. »

Des remarques blessantes sur les tendances du concile furent exprimées au dehors du concile, tant du côté de la Majorité que de la Minorité. Le cardinal vSchwarzenberg (i) :se plaignit amèrement que certains écrivains hostiles à la Minorité avaient, en ces derniers temps, mis en péril la liberté de parole dans le concile et qu'ils semblaient même vouloir imposer leurs opinions aux Pères du concile, en parlant de certaines doctrines encore soumises à l'examen du concile, comme si elles étaient définies et jugées en dernier ressort, a Dans nombre de feuilles publiques et de journaux, •dit-il, des hommes étrangers à la hiérarchie ecclésiastique, plus généralement des laïques, ont bien osé accuser de libéralisme nombre d'évêques vénérables du concile et les compter parmi les ennemis de l'Eglise; ils ont même poussé leur arro- .gance jusqu'à les mettre en parallèle avec les hérétiques, les

(l) 53° Congrégation générale (18 mai). Acta, etc.. III, 73.

partisans du despotisme gouvernemental et les censeurs du Saint-Siège. »

A la congrégation générale qui suivit, le cardinal Cullen (i) renouvela ces mêmes plaintes. / Il commença par exprimer ses regrets que les écrivains, auteurs de ces articles, eussent à ce point oublié le respect du aux évêques, successeurs des apôtres. Mais venant ensuite à la conduite que les écrivains hostiles à la définition de l'Infaillibilité avaient tenue à l'égard du Saint-Siège, « tout le monde sait, dit-il, que des brochures et que des ouvrages plus importants ont été publiés contre le Pape, écrits si remplis de fantaisies, de calomnies et de mensonges divers, qu'ils ne pouvaient que peiner beaucoup le Saint-Père. A titre d'exemple, je ne mentionnerai qu'un de ces livres très répandu en Allemagne, qui parut sous le nom du dieu païen à double face. Sous ce symbole du dieu à double face, l'auteur, j'imagine, voulait se donner à la fois comme catholique et protestant. Ce livre a eu une vogue énorme en Allemagne, aussi bien qu'en France, en Angleterre et — je le dis avec peine — en Irlande même. Par son prix insignifiant, la traduction anglaise peut être distribuée gratuitement à nos populations croyantes. Or, en présence de tels faits les catholiques peuvent-ils se taire? Dirons nous qu'il n'est pas permis de réfuter les calomnies et les injures dont le Saint-Père et le Siège de Pierre sont assaillis? Xe peut- on les réfuter et faut-il laisser les adversaires acharnés de la religion libres de répandre leurs invectives dans tout l'univers? Je conviens que, à la suite de provocations, dans leurs feuilles, nos catholiques, nos meilleurs catholiques même, dépassent parfois les bornes ; attaqués et calomniés, ils franchissent parfois les limites du droit. Cela est regrettable sans doute, mais à peine pourtant pourrions-nous leur en faire un reproche. Le reproche, gardons-le i^lutôt pour ceux qui ne craignent pa»

(1) Acta, etc. III. 102 sq.

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