‹ Histoire du Concile du Vatican (volume 2)Chapitre 83 sur 108 · DEBATS SUR LES DEUX PREMIERS CHAPITRES · texte numérisé non relu

DEBATS SUR LES DEUX PREMIERS CHAPITRES

mauté n'a pas été conférée immédiatement et directement à Saint-Pierre, mais d'abord à l'Eglise, et par elle à Pierre, qui ne serait que son mandataire (i).

La discussion ne pouvait plus porter sur la doctrine même de ce cliapitre. Cependant quelques amendements furent proposés.

Le cardinal Schwarzenberg parla le premier (2). Il reprit un ancien grief : Pourquoi traiter la question de la Primauté, avant la question de l'Eglise? Ne pourrait-on pas, du moins, en traitant de la Primauté, s'occuper également du pouvoir des Evêques? Contre le libellé du cliapitre, il n'avait rien à objecter. Il désirait seulement qu'on prévînt dès l'abord les objections qui pouvaient naître des textes où le pouvoir de lier et de délier est accordé également à tous les apôtres. Traiter de l'Eglise avant de traiter de la Primauté, ou du moins remettre la définition et la publication du présent décret jusqu'à l'établissement définitif des schémas sur l'Eglise serait supprimer toute difficulté. Sinon il faudrait chercher à obvier à cet inconvénient par une courte note sur le pouvoir de juridiction et le rôle des autres apôtres dans l'Eglise.

M""" Moreno (3) qui succéda au cardinal revint encore une fois sur le même sujet, si longuement discuté durant le débat général et vraiment épuisé. / — Desoi,il est indifférent, penset-il de commencer par la Primauté, par l'Eglise ou par l'épiscopat; cependant un motif impérieux doit faire passer en premier lieu la Primauté : à savoir les attaques violentes dont elle est objet; ce sont elles qui ont porté beaucoup de Pères à demander qu'on l'on débutât par elle. Les Pères de la Minorité ne sont opposés à la discussion immédiate de cette question que parce qu'ils désirent retarder le plus possible

(1) C. F.,270 a sq.

(2) /lc/a,etc.. IV a, 33 sq.

(3) Ibid. IV a, 41 sqq.

le débat sur l'Infaillibilité et finalement le rendre impossible! Plusieurs de leurs discours semblent avoir visé ce but; et M»"" Moreno le montre longuement.

Il explique abondamment que l'Eglise n'est pas née à l'avènement du Christ, mais dès la chute originelle au moment où fut promise une Rédemption. Il se disposait à expliquer aux Pères les sept figures dans l'ancien Testament, quand, le Cardinal de Luca, président, l'ayant raj^pelé au sujet, il lut un schéma du premier chapitre retravaillé par lui et qui comptait environ trois pages in-folio.

Le développementjdonné à ces deux premiers discours, détermina un membre de laDéputation de la Foi,Ms'"Dechamps(i), à prendre aussitôt la parole. Il établit de nouveau et brièvement qu'il n'était pas nécessaire de traiter de l'Eglise d'abord : les conciles ne rédigent pas un traité théologique, et ne présentent pas dans un ordre systématique les questions relatives à la foi. Leur tâche est d'énoncer clairement et fortement les vérités opposés aux erreurs du moment. Quand les Pères de Nicée définirent la consubstantialité du Verbe, songèrent-ils à écrire un traité analogue à l'œuvre d'Hilaire contre les Ariens? Quand les Pères de Trente condamnèrent les erreurs protestantes sur la justification, songèrent-ils à refaire tout un traité de la grâce? Qu'on ne dise donc point que nous ne pouvons établir la doctrine sur la Primauté sans avoir d'abord parlé des évêques. / Xous ne sommes j)as des débutants en théologie, mais des juges qui n'ont point à se rappeler toute la théologie pour apprendre les rapports des évoques et du Pape. Je veux, moi aussi, de l'ordre dans les débats, mais cet ordre dépend avant tout du besoin des âmes et des dangers qu'elles courent. Aujourd'hui, la foi est mise en péril par des hommes qui, en Allemagne, en France et ailleurs, discutent publiquement ou nient audacieusement une de nos vérités

(1) Ibid. IV a, 48 sqq.

DEBATS SUR LES DEUX PREMIERS CHAPITRES 3il

l'ondamentales. Il est donc urgent de définir cette vérité. D'ailleurs, la suite de nos décrets offre un ordre excellent : la première constitution expose le fondement, les sources, les principes et les règles de la foi, toutes choses confiées à l'autorité vivante de l'Eglise. La deuxième précise quel est le dépositaire de cette suprême autorité doctrinale. L'ordre suivi eiît donc d'abord commandé par les besoins actuels et il répond parfaitement à la logique des choses.

L'orateur suivant M»'' Ferré, évêque de Casale (i), proposa seulement qu'au lieu des mots opiniones damnandae, on mit opiniones damnaiae parce que, professées naguère par Riclier, elles avaient été condamnées plusieurs fois par le Saint-Siège.

M"'" Magnasco (2), parla le dernier sur ce premier chapitre. Pour mieux faire ressortir les privilèges de saint Pierre, il désirait que l'on mît en évidence la x^romesse de la Primauté, qu'on rappelât le changement du nom de Simon en celui de Pierre, et les circonstances dans lesquelles le Christ avait choisi Pierre comme chef des apôtres,

La liste des orateurs inscrits étant éjjuisée, on passa à la discussion du deuxième chapitre.

Le deuxième chapitre (3) rappelle d'abord que, de par la volonté du Christ, la Primauté établie par Lui dans l'Eglise, doit durer jusqu'à la fin des temps. / Saint Pierre, prince des apôtre, colonne de la foi, fondement de l'Eglise, se survit et règne à jamais dans la personne de ses successeurs les évoques de l'Eglise de Rome, fondée par Pierre et sanctifiée par son sang; chacun d'eux détient donc, de par l'institution du Christ, la x^rimatie sur l'Eglise entière.

M^"^ Monzon y Martins (4) parla le premier. Il approuve le

l).4c/a, etc.IV a, bO.

(2)Ibid.

(3)C. K.,270c. sq.

(4) Acta, etc., IV a, 54 sqq.

schéma; il désirerait y voir signaler la Providence spéciale du Christ qui conduisit Pierre à attacher ce privilège àl l'Eglise de Eome. Ce serait répondre aux Jansénistes et aux Fébroniens selon qui la Primauté n'est pas liée de droit divin à l'Eglise de E,ome, mais uniquement de droit humain, en sorte qu'elle en puisse être détachée et transportée à une autre Eglise. Il serait bon de montrer que ce lien est le fruit non pas d'un ordre explicite mais d'une disposition spéciale^j du Christ : « C'est une tradition ininterrompue que Dieu par une Providence toute spéciale, a consacré l'union de la Primauté avec l'Eglise de Rome. » L'orateur invoque plusieurs témoignages pour l'établir (i). Il n'est point nécessaire de nous y arrêter. D'ailleurs, prouverait-on cette Providence spéciale — très vraisemblable — il ne s'ensuivrait pas un droit divin, et comme tel indissoluble. C'est par une Providence divine que l'Eglise prend des mesures disciplinaires, et pose maints actes; cependant, ces lois ne sont point des commandements de Dieu, et l'Eglise i)eut les abroger. /

M^"" Filippi, d'Aquila (2), demanda que l'on consignât quelques témoignages des saints Pères en faveur de la Primauté du Siège Romain, afin que les ennemis de l'Eglise ne puissent dire que cette thèse est une invention récente.

Le troisième et dernier orateur. M"'' Amat (3), proposa de supprimer les mots qui font de Pierre la colonne de la foi : La formule est exacte, mais le schéma semble affirmer à tort que cette idée a été partout et toujours admise. De plus, ne serait-ce qu'à cause de nos adversaires, il faut donner aux paroles de la Sainte-Ecriture leur sens habituel et propre : or l'Ecriture applique ces mots à l'Eglise.

;1) Voyez Granderath, Constit. dogm. sacros. oecum. covc. Vatic, etc.,explU calae, p. 137 sqq.

('2)Acta. etc., IV a, 59 sq.

r3)lbid.,60sqq.

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