‹ Histoire du Concile du Vatican (volume 2)Chapitre 93 sur 108 · L AFFAIRE DU GALLICANISME · texte numérisé non relu

L AFFAIRE DU GALLICANISME

épouvantable Révolution Française et durant les persécutions du siècle dernier, ont exposé leur vie, sacrifié corps et biens, porté le poids de l'exil pour conserver intacte leur fidélité à l'Eglise Romaine, qui n'ont rien ménagé pour relever de ses ruines notre Eglise terrassée; / qui, durant quarante années et plus, ont par leurs libéralités ou leur travail relevé, réorganisé et entretenu leurs Eglises, leurs séminaires et toutes les institutions religieuses détruites; ce sont ces évêques qui, au moment où, sous Xapoléon, une nouvelle Révolution s'en prenait au Saint-Siège, n'ont pas craint les colères de cet homme tout-puissant, se sont plus fidèlement attachés au Pape, dévouement que plusieurs poussèrent jusqu'à souffrir la prison. Et au cours de ces dernières années, la France s'est-elle départie de sa piété envers le Saint-Siège ? Elle a, par le sang de ses fils, délivré Rome des mains des impies ; sans égard pour elle-même et pour les siens, ne considérant que les monuments de la Ville Eternelle, elle a ramené en triomphe le Pape exilé à Gaëte ; par sa présence permanente, elle a été pour lui une sauvegarde, et une fois rentré à Rome, elle l'a sauvé de nouveaux dangers par de nouveaux envois de troupes. Si les soldats de la France ne se trouvaient point autour de nous, qui sait si le Concile même pourrait exister. C'est pourquoi je puis, avec confiance, sans crainte de me tromper, appliquer à notre patrie et à nos évêques ce qu'on a dit des martyrs : « En eux, je reconnais devrais témoins qui versent leur sang pour la Vérité; en eux, je reconnais des fils soumis et fidèles, purs de toute hérésie, qui ont donné pour le Saiut-Siège leurs vies, leurs forces, leurs biens et qui les donneront encore à l'avenir. Mais en voici assez, sans doute : on dira si j'ai manqué à la vérité. »

Telle fut la conclusion du cardinal Mathieu.

Personne, sans doute, ne peut méconnaître les gloires de l'Eglise de France et les services éminents qu'elle a rendus

au Saint-Siège. Mais il n'en restait pas moins au Concile le droit de dénoncer une erreur et de la condamner, quand bien même elle eût trouvé son origine en France.

M^"" Valerga répondit au cardinal Matliieu le 20 juin (i).

« Je garderais le silence, dit-il, sur les accusations qui ont été formulées contre moi à cette tribune, au nom de la charité et de l'Eglise de France, si ma haute estime pour le cardinal de Besançon qui les a répétées à cette tribune, ne me forçait à parler. / Le silence peut passer quelquefois pour du mépris. J'ai établi un parallèle historique et théologique entre deux doctrines que j'ai désignées par leurs noms usuels, sans qu'il y ait eu, de ma part, la moindre arrièrepensée de malveillance. Je l'ai fait uniquement pour que les mesures prises dans un cas montrassent quelle conduite il fallait tenir dans un cas analogue. Très clairement, en termes formels, j'ai marqué qu'il y avait entre les deux doctrines une différence importante : le monothélisme avait depuis longtemps déjà été l'objet d'une condamnation solennelle i^ar un concile œcuménique, tandis que le gallicanisme n'a pas encore été condamné, mais que l'on examine pour le moment la question d'une condamnation indirecte. J'ai dit de plus que les tenants du monothélisme avaient été de mauvaise foi avant leur condamnation et qu'après celle-ci ils demeurèrent obstinés dans leur erreur. Par contre, j'ai eu la joie de montrer, sur preuves, la bonne foi et la pureté d'intention des tenants du gallicanisme. Ce que j'ai dit est et demeure écrit : si je me suis trompé et si dans ce parallèle entre les deux doctrines j'ai outrepassé mes droits ou manqué à mes devoirs; si j'ai été blessant ou injuste à l'égard des x^ersonnes ; si dans l'examen des doctrines je me suis rendu coupable d'erreurs, vous en serez, vénérables Pères, témoins et

(1) 74' congrégation générale. Acta, etc., lY a, 374 sq.

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