PROTESTATION D EVEQUES FRANÇAIS
la première lettre, pour entendre les plaintes des trente évêques français.
Ils commencent par attirer l'attention sur la nécessité de la liberté d'action dans le Concile. Le décret papal déclare vouloir la sauvegarder, mais l'impression générale que l'on éprouve en lisant le décret, c'est que pour plus d'un point il semble restreindre cette liberté des Pérès, ou même la supprimer complètement. On pourrait peut-être par amour de la paix laisser passer quelques points de moindre importance, comme les articles 6, 10, et plusieurs autres, dans l'espoir que tous useront d'une façon juste et équitable du droit qui leur appartient, Mais pour des points de plus grande importance, particulièrement lorsqu'il s'agit de rendre des décrets concernant la foi, dans laquelle la conscience est si intéressée, aucun des signataires ne voudrait courir le danger auquel le manque de liberté l'expose. — L'article (3 était celui qui prescrivait aux présidents de fixer le jour pour commencer la discussion dans la congrégation générale, et l'article 10 leur recommandait de ramener à son sujet l'orateur qui s'en écarterait. Comment eùt-il été possible de réclamer contre des décisions pareilles? C'eût été montrer qu'on ne voulait aucune direction dans le Concile mais bien le plus complet désordre. Les signataires déclaraient donc ne vouloir point s'arrêter à ces points ni à quelques autres semblables, puis ils expriment leurs réflexions en neuf paragraphes.
i. Le délai dans lequel on devait remettre par écrit les observations que l'on aurait à faire sur les schémas était laissé entièrement au jugement des présidents. Dans les questions faciles et de peu d'importance, disaient les signataires, cela n'a pas d'inconvénient. « Mais il peut venir des questions dogmatiques d'une si grande importance et en même temps d'une si grande difficulté, et dont la solution réclame des études si difficiles et si variées d'Ecriture
Sainte, de patrologie, de l'histoire de l'Eglise, des conciles et des constitutions papales, qu'il serait très dangereux de mesurer le temps aux Pères avec trop de parcimonie. » Ils demandent donc que si de pareils cas se présentent, on veuille bien accéder aux désirs de* Pères lorsqu'ils demanderont plus de temps. Leur demande doit paraître d'autant plus l'ondée que les schémas n'étant pas encore portés à leur connaissance, les Pères n'ont pas pu se préparer à les discuter par des études préliminaires.
— Les réflexions qui sont faites ici sur le nouveau règlement ne semblent pas fondées. Les présidents sont invites a déterminer un temps convenable, congriuim tempus, pour que les Pères puissent présenter leurs remarques. Si le cas imaginé par les signataires de la supplique devait se présenter, et si l'on soulevait une question vraiment difficile et qui exigeât beaucoup de temps, il faut alors entendre naturellement « le temps convenable » d'un délai plus long. Mais au fond on ne devait pas s'attendre à une question offrant des difficultés telles ipie les signataires les dépeignent. Ce n'est pas l'habitude de soumettre à une définition conciliaire des questions encore enveloppées de tant d'obscurité. Toutes les doctrines du premier schéma étaient de celles que tout théologien ordinaire peut posséder suffisamment, et c'était chose facile de compléter ce qui aurait pu manquer. A n\m pas douter, les signataires en rédigeant la supplique n'avaient en vue qu'une seule question qui, à leur avis, pût demander encore des années d'étude, c'était la question de l'infaillibilité pontificale. <>r cette question n'offrait en réalite aucune difficulté particulière, c'était au contraire une question théologique bien facile. On pouvait supposer à l'assemblée des Pères plus de lumière qu'il n'en fallait sur ce point, car bien longtemps avant le commencement du concile la question avait été controversée, et bien des indices faisaient prévoir que les Pères du concile s'en occuperaient. Au reste, ce qui fai-