‹ Histoire du Concile du Vatican (volume 3)Chapitre 103 sur 152 · PROTESTATION D EVEQUES FRANÇAIS · texte numérisé non relu

PROTESTATION D EVEQUES FRANÇAIS

lier si la majorité des Pères par assis et levé en ordonne ainsi. C'est laisser par là , disent-ils, an bon plaisir des présidents et de la majorité, même si elle n'est obtenue que par une voix de différence, le pouvoir de terminer la discussion: et la minorité n'aurait à sa disposition aucun moyen de défense. C'est une disposition pleine de péril lorsqu'il s'agit de définitions dogmatiques, et elle est ouvertement contraire aux droits des évéques. Et cela, d'autant plus que l'on vote par assis et levé, ee qui se fait avec beaucoup de précipitation, d'une façon fort peu réfléchie, souvent inconsciente, on pourrait même dire contagieuse: et cependant il ne resterait plus après cela, sans qu'on puisse faire entendre aucune réclamation, qu'à compter les suffrages et à publier le décret définitivement.

Les signataires proposent donc différentes modifications : La discussion ne devrait jamais être considérée comme se prolongeant trop, aussi longtemps qu'il resterait un évèque qui n'ayant pas encore parlé sur la question discutée, voudrait se servir de son droit de témoin et de juge de la foi, et prendre au moins une fois la parole. On rappelle en outre aux présidents qu'ils peuvent demander à la congrégation générale s'il faut terminer la discussion, mais qu'ils n'y sont pas obligés. La série des orateurs devrait être constituée de façon que s'il y a diversité d'opinions, les orateurs favorables au projet alternent avec ceux qui lui sont contraires. Chaque fois que l'on réclamera la clôture de la discussion il faudrait au moins que l'un ou l'autre des Pères fasse un discours pour sa continuation, en exposant les raisons qui semblent la motiver. Dans les questions plus importantes, en particulier dans les décrets concernant la foi, // la discussion ne doit jamais être terminée s'il y a encore cinquante Pères au moins qui s'y opposent.

— Quelle que soit la manière préférée de chacun de mettre un terme à la discussion, il reste bien établi, et l'expérience

du concile du Vatican l'a parfaitement prouvé, qu'il faut dans un concile un moyen quelconque de mettre un terme à une discussion qui se prolonge par trop. Lorsqu'un sujet est épuisé et qu'aucun orateur n'a plus rien de nouveau à apporter, on ne peut obliger six a sept cents prélats à supporter pendant des semaines de nouveaux discours sans «pie pour cela le travail du concile soit plus avancé. Sur la manière de provoquer cette clôture, les règlements peuvent varier: ils peuvent donner des limites plus ou moins étendues à l'éloquence. Mais il nous semble que les mesures prises par le décret du 20 février pour terminer les discussions qui se prolongeaient trop, étaient dignes d'éloge. Ce n'est pas de leur propre autorité que les présidents de la congrégation générale demandent si les Pères désirent terminer la discussion, ils ne doivent le faire que si dix Pères au moins ont exprimé le désir de voir poser la question. Même si ce vœu a été exprimé, les présidents ne sont pas obligés d'y acquiescer, ils peuvent ne pas le prendre en considération; ce qui a pour but évident de donner aux présidents la possibilité de procéder avec douceur et circonspection, de ne pas les obliger à obéir à une impatience inopportune, et de pouvoir tenir compte avec prudence et sagesse de toutes les circonstances. Mais s'ils croient devoir poser la question aux Pères, et que la majorité se déclare pour la clôture de la discussion, il semble raisonnable de l'accorder; il n'y a pas lieu de croire en effet qu'il y ait encore grand profit à attendre de la continuation des débats, si la majorité pense que tous les points de la question ont été suffisamment discutés et qu'il n'y a plus rien de nouveau à entendre. On ne voit pas pourquoi, en effet, lorsque trente orateurs auront parlé d'une question, il faille encore entendre tous ceux qui désirent parler, puisqu'ils ne feront que répéter ce qui a été dit.

Le mot : chacun de ceux qui se présentent comme témoins, ne doit pas induire en erreur. Il ne s'agit pas de rendre témoi-

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gnage d'un fait qui tombe sous les sens, car alors tous les ^émoins oculaires et auriculaires doivent être entendus, parce que chaque nouveau témoin augmente la force du témoignage, // mais il s'agit de rendre témoignage des vérités que Jésus-Christ et ses apôtres ont annoncées. Or les arguments que l'on avance pour confirmer ces vérités sont puisés par tous aux mêmes sources: il doit donc nécessairement arriver que lorsqu'un assez grand nombre de Pères ont parlé sur une vérité de ee genre, les autres ne puissent plus que répéter ce qui a été déjà dit. Le terme déjuge ne porte pas ici à conséquence : ee n'est pas en prononçant des discours que les évêques remplissent leur fonction de juge: c'est en donnant leur vote, et alors tous doivent être librement entendus. Le vœu que la discussion puisse se prolonge]- tant que cinquante Pères désireront la continuer semble irréalisable; car établir une pareille loi serait remettre entre les mains d'une minorité infime de Pères le pouvoir d'entraver la marche du concile et d'empêcher toute décision qui ne leur plairait pas. Sur le vote par assis et levé, nous aurons bientôt occasion de revenir.

7. Les signataires souhaitent qu'on laisse un certain temps entre le vote sur chacune des corrections proposées dans la discussion et le vote sur l'ensemble de la partie discutée du schéma. Ce qui fut accordé.

8. Ils attachent une importance particulière à leurs observations sur le treizième paragraphe. Avant tout, ils blâment le vote par assis et levé. Cette façon de voter qui leur déplaisait déjà lorsqu'elle portait sur la clôture des discussions, leur inspire encore plus d'inquiétude lorsqu'elle concerne les décrets eux-mêmes, surtout les décrets dans les matières de foi. Un pareil système, disent-ils, n'a certainement jamais été employé dans les conciles: et cela se comprend, car dans les conciles on ne se préoccupe pas tant d'expédier promptement les affaires que de procéder avec prudence et en toute sûreté.

— À cette critique, nous ferons d'abord remarquer que dans le treizième paragraphe il ne s'agit pas de résolutions décisives ni de définitions dogmatiques, mais uniquement de fixer chacune des expressions des décrets, d'adopter ou de rejeter chacune des corrections proposées, ou de voter sur les différentes parties d'un schéma. Après avoir déterminé chacune des parties en détail, on procédera au vote définitif par le placet et non placet; chacun peut alors opposer son non placet même pour un seul passage du schéma, s'il estime que le schéma doit être plutôt rejeté en entier qu'approuvé avec ce passage. // S'il fallait voter de cette façon solennelle par placet et non placet sur chaque expression ou sur chaque correction proposée, cela demanderait un temps excessivement long. Si chacun des six cents Pères devait prononcer le placet ou non placet, s'il fallait ensuite réunir et compter les suffrages, même en n'accordant qu'un cinquième de minute à chaque Père, il faudrait chaque fois au moins deux bonnes heures pour chaque vote. Est-il possible d'employer autant de temps chaque fois qu'il s'agit simplement de voter pour des expressions ou des parties séparées d'un décret proposé? Sans doute ce n'est pas la chose principale dans un concile d'expédier aussi vite que possible les affaires, mais encore faut-il au moins arriver à les terminer, et surtout avoir en fin de compte produit quelque chose. Or, cela ne paraît pas possible si l'on adopte pour chaque point la méthode de vote que les signataires de cette supplique réclament ; d'ailleurs il n'est nullement exact que la façon de voter par assis et levé soit moins sûre que la méthode qui consiste à exprimer oralement son suffrage. Elle laisse parfaitement à chacun le moyen d'agir avec réflexion, et elle donne exactement le chiffre de ceux qui votent pour et de ceux qui votent contre.

Le premier vote qui a eu lieu de cette façon a été exactement consigné dans les actes du concile. Nous en reprodui-

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