‹ Histoire du Concile du Vatican (volume 3)Chapitre 111 sur 152 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Origine des controverses sur V Infaillibilité pontificale.

La situation du concile n'offrait rien qui put motiver la joie. Pendant trois mois environ, sept cents dignitaires les plus élevés de l'Eglise entière avaient travaillé ensemble, sans qu'ils puissent encore montrer aucun résultat de leurs efforts. Ils avaient fait force discours, ils n'avaient encore pris aucune décision. La modification du règlement devait sans doute amener les choses à un meilleur état : elle avait pour but de faire passer des discours à la composition de décrets. Mais ees modifications allaient-elles être observées, et pouvait-on, dès lors, espérer de l'assemblée une activité féconde?

Le plus grand obstacle à la eollaboration fructueuse des Pères se trouvait dans leur division en deux partis, l'un plus nombreux, l'autre plus faible. Cette division datait des premiers jours du concile; les suppliques pour et contre la définition de l'infaillibilité n'avait fait que la mettre en pleine lumière et l'augmenter '/. La majorité voulait la définition, la minorité la rejetait. Cette diversité de tendance dominait et la vie conciliaire et surtout les rapports des Pères entre eux: elle se mêlait à toutes les autres questions, et c'est à

elle qu'il faut rapporter tous les dissentiments. Quant aux troublés extérieurs, presque tous également furent suscites par la résistance au projet de définition de l'infaillibilité du pape.

D'où venait donc cette résistance, et quelle est l'origine de la controverse sur cette doctrine ?

La négation de l'infaillibilité pontificale apparaît pour la première fois à l'époque du grand schisme d'Occident. Ce ne fut ni par malveillance, ni par tendances hérétiques, encore moins par recherche théologique dans l'Ecriture ou la Tradition, mais pour trouver un moyen de tirer l'Eglise de la profonde misère où elle gisait alors.

Deux, voire trois prétendants, revendiquaient le troue et exerçaient le pouvoir de pape. Parmi les peuples chrétiens, les uns tenaient pour un pontife, les autres pour un autre et, à l'époque du schisme, il était difficile de savoir qui possédait le bon droit. Des divers moyens capables de mettre fin à l'incertitude, le meilleur semblait un concile général, forçant les « papes » à abdiquer ou, s'ils ne renonçaient pas de leur plein gré à leurs prétentions, les déposant et donnant à l'Eglise un nouveau chef. L'Université de Paris surtout, patronna ce moyen. Deux savants fort en vue, Pierre d'Ailly et Jean Gerson, successivement chanceliers de l'Université, poussèrent dans cette voie plus que tous les autres. Quant à cette doctrine nouvelle : « le concile général ne manque pa de pouvoir pour cette tâche; le concile est au-dessus du j>ap et peut le déposer et le nommer », on n'en chercha point les preuves aux sources de la révélation; elle fut imposée parla pressante nécessité de l'Eglise. A la rigueur, il aurait suffi de dire que, dans un cas extraordinaire, quand une nécessite extrême l'exige, un concile possède ce pouvoir, ou bien qu'il a autorité sur un pape douteux. Mais la doctrine ne fut pas formulée avec cette précision, et l'on parla simplement

L INFAILLIBILITE AU MOYEN-AGE o'23

de la suprématie du concile sur le Pape, alors qu'on pensait à un concile incomplet (Rumpi'konzil), et à un concile» assemblé sans le pape.

Cet enseignement nouveau, exposé au concile de Constance (i4i4 i41^) (J)' l'enferme la négation de l'infaillibilité pontificale : ses tenants en firent l'aveu exprès (2). En effet, si le pape est subordonné au concile, il n'a point par lui-même et sans la collaboration de cette assemblée, le pouvoir de prendre, en matière de foi, une décision définitive. Tout au moins, cette définition dépend de l'assentiment ultérieur des évèques, et c'est seulement lorsque ce dernier est donné que le jugement pontifical devient irréformable, comme plus tard l'affirmèrent toujours les gallicans.

Le concile de Constance réussit à écarter le schisme. Mais il était néanmoins fort à craindre que les faux principes sur lesquels l'assemblée avait réellement appuyé sa conduite ne prissent racine. Le concile suivant, tenu à Bàle (i43i-i44^)? les confirma; il alla même, une fois tombé tout à fait dans le schisme, jusqu'à les élever formellement au rang d'articles de foi, et il déposa un pape sûrement légitime et universellement reconnu, Eugène IV. Les contemporains étaient fascinés par la doctrine de la suprématie conciliaire. On vit même des hommes tels que le cardinal Césarini, yEneas Silvius Piccolomini, le futur Pie II, et le futur cardinal Nicolas de dise, y souscrire, bien que ce ne fût, il est vrai, qu'un temps. En France, son pays d'origine, cette thèse trouva de nombreux partisans. Pendant le concile de Bàle, le clergé français réuni à Bourges, ébaucha la fameuse Pragmatique Sanction, où il se prononçait pour la suprématie des conciles œcuméniques sur le pape.

Bien qu'accueillie avec défaveur et plusieurs fois réfutée

(1) Schwab, Jean Gerson, p. 507 sqq., 513 sqq., 521, 523, 666. (2)Ibid.,p. 668.

par des théologiens distingués, cette doctrine conserva surtout en France, de nombreux amis. Au concile de Trente, maint évèque français et les représentants du roi la soutien nent. Plus tard encore, elle revient, toujours dans des publi cations françaises, par exemple dans l'ouvrage de Riclier De ecclesiastira et politica potestate (1611), où l'infaillibilité papale est clairement niée. Le livre ayant été condamné pa plusieurs papes et conciles provinciaux, l'auteur se rétracta. Mais ses leçons sur ce point doctrinal furent recueillies avec empressement par les Jansénistes, afin de soustraire leur hérésie aux sentences pontificales. Les adeptes d'Arnauld obtinrent l'appui du roi, des ministres et du Parlement dans leurs intrigues anti-papales. Lorsqu'en i663, un bachelier de Sorbonne défendit en séance publique la doctrine authentique de l'Eglise, le Parlement procéda contre lui et interdit de poser des propositions telles que celles i qui venaient d'être défendues. La Sorbonne résista. Elle se vit contrainte par force à souscrire six articles contenant la doctrine gallicane. Vingt-deux docteurs protestèrent. Mais le roi interdit de professer en Sorbonne toute doctrine | contraire aux six articles. Plusieurs membres dont on craignait l'opposition furent bannis, et d'autres docteurs favorables aux idées gallicanes, reçurent leurs charges.

Un des six articles concernait directement l'infaillibilité du pape. Sans la nier expressément, il se bornait à affirmer qu'elle n'était pas la doctrine de la Sorbonne. Mais les adversaires de l'infaillibilité demandaient plus : son interdiction dans toute la France. On utilisa le différend sur la Régale pour rendre le roi accommodant. En 1682, Louis XIV convoqua l'Assemblée du clergé. Les membres de ces assemblées étaient des députés choisis par les provinces parmi les évèques et le clergé inférieur; leur rôle consistait à .consentir des impôts extraordinaires en faveur du roi qui les convoquait. Convocation, objet des délibérations, tout étai

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