‹ Histoire du Concile du Vatican (volume 3)Chapitre 112 sur 152 · LA DECLARATION DE 48C · texte numérisé non relu

LA DECLARATION DE 48C

purement temporel. Par occasion seulement, on discutait des affaires ecclésiastiques. L'assemblée de 1682 cependant devait être l'instrument qui donnerait aux doctrines anti-romaines une forme solide et durable et qui les proclamerait avec une apparence d'autorité ecclésiastique.

La cour intima aux députés l'ordre de se prononcer sur les six articles présentés à la Sorbonue. Une commission de douze membres fut nommée pour discuter la question. De ses travaux sortirent quatre propositions, rédigées par Bossuet, récemment élevé au siège de M eaux. Elles proclamaient la subordination du pape au concile et niait l'infaillibilité pontificale. L'article 4> en effet, s'exprime ainsi : « Dans les questions de foi, le pape a voix prépondérante et ses décrets regardent toutes et chacune des Eglises; / mais son jugement n'est pas indéformable, à moins qu'il n'ait été confirmé par l'assentiment de l'Eglise. » L'assemblée pria le roi de confirmer et de faire exécuter ces décisions. Louis XIV publia sur-le-champ un édit où il les approuvait et ordonnait de les enregistrer au Parlement, dans toutes les universités, seigneuries, etc. Défense était faite à tous les théologiens d'enseigner à l'avenir le- contraire des quatre propositions. Les professeurs, avant leur entrée en charge, devaient jurer la déclaration et, de plus, soumettre chaque année à l'examen du procureur général leurs cahiers de cours. Aucun bachelier, déclarait encore le décret royal, ne pouvait désormais être reçu licencié, s'il n'avait au préalable défendu publiquement dans ses thèses les quatre articles. Les syndics, enfin, répondaient de l'observation de ces ordonnances (1). L'édit rencontra de la résistance en maints endroits, mais surtout à la Sorbonue. Par sa fermeté, la vieille université excita la colère royale. Huit docteurs furent condamnés à l'exil.

(1) R. Bauer, S. J., Histoire de l'opposition à L'autorité du Pape. Slimmen ans Maria-Laach ( 1873) p. 255 sqq.

Ce fut donc l'Etat qui répandit en France ces principes nouveaux. En logS, il est vrai, Louis XIV révoqua son édit de 1682; niais, après sa mort (1710), le Parlement renouvela ce décret et ordonna de professer partout la doctrine gallieane à l'exclusion de toute doctrine opposée. Napoléon Ie1 lit aussi proclamer loi d'Etat la déclaration de 1682 et prescrivit d'enseigner dans tous les séminaires les quatre propositions.

Dès lors, personne n'aurait pu s'étonner que, au milieu du XIXe siècle, la France fut pleine d'adhérents à une théorie que le gouvernement s'était employé, durant des siècles, à répandre. Rien d'étrange non plus, si la majorité des évèques, à l'élévation desquels ce même gouvernement avait une part prépondérante, eût déployé au concile toute son influence pour empêcher la condamnation d'une telle doctrine; si enfin, dans le pays même, une lutte ardente se lût engagée contre cette condamnation. Mais la résistance à la définition de l'infaillibilité ne fut ni si grande, ni si générale qu'on pouvait l'attendre. Au concile, la très grande majorité des évèques français prit, même avec éclat, fait et cause pour la promulgation; parmi les autres, beaucoup, sans nier la doctrine, s'opposèrent uniquement à sa définition. En France, l'esprit public lui était encore plus favorable. Les prêtres la désiraient presque tous, et les évèques opposants furent maintes fois désagréablement affectés par les adresses en faveur de la définition qu'envoyait le clergé de leurs propres diocèses (1). Chez les laïques,

(1) Le «S juin 187(1. on écrit de Pari- à PAllgkmeine Zeitung (p. 2830) : «•• • L'immense majorité du clergé inférieur (le clergé français) est, dans certains diocèses ullramontaine san- exception, dans d'autres à peu de choses près. Dans un très petit nombre, le.- ecclésiastiques gallicans forment une minorité assez considérable, nulle part ils ne sont les plus nombreux... Au point de vue dogmatique, les neuf dixièmes du clergé français croient le pape infaillible. » — A .cette appréciation répondent parfaitement les lignes suivantes du cardinal Doiuiet, afchevèque de Bordeaux, dan- une lettre à ses prêtres. Après avoir confessé sa propre croyance à l'infaillibilité, il continue en ces termes : « Je

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