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L INFAILLIBILITE D APRES LA THEOLOGIE ALLEMANDE

la croyance à l'infaillibilité était si répandue que le président du conseil, M. Emile Ollivier, l'appelle : la foi do l'immense majorité des catholiques français; au point que devant cette adhésion universelle, le ministre redoutait de prendre une attitude hostile à cette idée. (i).

Toutefois la France comptait encore plus d'un évèque qui se croyait tenu à combattre de toutes ses forces le projet de définition. Beaucoup de catholiques, sans être évoques, étaient prêts à lutter sur ce point contre le concile. C'était souvent, il est vrai, moins prédilection pour une doctrine encouragée par le gouvernement national qu'aspiration vers une liberté excessive. Tel était le cas du comte de Montalembert, jadis champion de l'Eglise contre le gallicanisme.

En Allemagne et en Suisse, la lutte devait éclater plus générale et plus violente.

Les doctrines de 1682 furent importées en Allemagne par Nicolas Hontheim. Il avait étudié le droit canon à Louvain, sous le professeur gallican Van Espen. De retour dans sa patrie, il publia, sous le pseudonyme de Justin Febronius, un livre intitulé : De Statu Ecclesiae et de Légitima Potestate Summi Pontificis (1763). Cet ouvrage, gallican d'un bout à l'autre, subordonne le pape au concile et à l'Eglise, et nie expressément l'infaillibilité pontificale. Malgré la prompte condamnation du livre à Rome et la soumission de l'auteur, ces théories, grâce au triste état des études théologiques et aux idées régnantes, s'étendirent largement en Allemagne et en Autriche; de là, elles pénétrèrent même dans la Haute- Italie, soumise alors à la domination impériale.

Crois, et il nv'est infiniment agréable d'ajouter, que les vénérables curés de Bordeaux, mon clergé, sans aucune exception, et mon diocèse, croienl comme moi». C. I'. 1420c. - De son côté, M" Régnier, archeTêqiie de Cambrai, parle de la parfaite tranquillité qui règne dans son diocèse, comparé à d'autres contrées

ijue la question de l'infaillibilité a mises eue i. C. V» 1416 b.

(1) E. Ollivier, L'Eyîiseel l'Etat au concile du Vatican, II, p. 29.

La théologie allemande était à cette époque profondément déchue. Le déisme et le rationalisme, nés en Angleterre, avaient pénétré dans l'Empire. Ils régnaient en maître vers la lin du XVIIIe siècle dans presque toutes les universités protestantes et ne laissaient pas intacte la théologie catholique elle-même. A peu d'exceptions près, en effet, les écoles et facultés de théologie dans les universités furent atteintes par ce fléau. L'effort général tendait à limiter le plus possible les doctrines surnaturelles de l'Eglise, à transformer et à dénaturer par des explications les enseignements qu'une foi chancelante a plus de peine à recevoir, à effacer la différence des confessions par l'abandon des points de dissidence, et surtout, à atténuer le dogme de la primauté pontificale. L'infaillibilité du pape n'entrait pas du tout dans le cadre de cette théologie; l'infaillibilité de l'Eglise fut elle-même plus d'une fois niée. Par contre, le fébronianisme s'adaptait parfaitement à cette conception nouvelle de la science sacrée Ses leçons sur les rapports des évèques et du pape pénétrèrent profondément les esprits : on peut en juger par les tentatives des princes, ecclésiastiques pour réduire ces théories en pratique. Au Congrès d'Ems (1786), les représentants des Electeurs de Cologne, de Trêves et de Mayenee et de l'archevêque de Salzbourg, déclarèrent que les évèques ne voulaient plus solliciter à Rome les quinquennalia, c'està-dire les pleins pouvoirs que, tous les cinq ans, ils avaient coutume de demander au pape ; car, en vertu de leur autorité épiscopale, ils possédaient déjà ces pleins pouvoirs. Ils s'attribuèrent le droit de dispense pour tous les empêchements matrimoniaux, ainsi que pour les vœux de religion, et dénièrent au Pape dans leurs diocèses tout pouvoir législatif; les décrets du Pontife n'auraient de force qu'en vertu de l'acceptation épiscopale.

Quant à l'Autriche joséphiste, tout le monde sait combien elle se souciait peu du Saint-Père. L'empereur Joseph 1 1

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