‹ Histoire du Concile du Vatican (volume 3)Chapitre 114 sur 152 · LA THEOLOGIE KN ALLEMAGNE · texte numérisé non relu

LA THEOLOGIE KN ALLEMAGNE

aurait même formé le projet de séparer complètement de Borne l'Eglise autrichienne.

Les révolutions et les guerres qui suivirent arrêtèrent sans doute en Allemagne et en Autriche le travail de destruction sur le terrain théologique. Mais, la paix une fois rétablie, les ruines amoncelées ne se relevèrent pas si vite pour refaire l'ancien bâtiment ; de longues années s'écoulèrent jusqu'à l'achèvement d'un nouvel édifice à peu près convenable. Il ne manquait pas d'hommes pour apporter à l'étude de la théologie le concours de leur talent, de leur application et d'une parfaite bonne volonté ; mais, les traditions du passé une fois perdues, la vieille philosophie chrétienne remplacée par une nouvelle philosophie païenne et déconcertant la raison, ces théologiens réussissaient peu ou s'écartaient eux-mêmes de la vérité. Encore au temps du concile du Vatican, tandis que les sciences dites positives fleurissaient déjà, la science propre de la foi, la dogmatique, n'était point prospère. Par suite, l'Allemagne, qui occupait parmi les peuples un si haut rang dans les sciences profanes, restait en arrière dans les questions conciliaires relatives au dogme.

En particulier, la clarté et la sûreté désirables manquaient à beaucoup dans la question qui passa dès l'abord au premier plan de la discussion : la question de l'infaillibilité. Malgré la vie nouvelle infusée à la théologie, cette thèse n'avait pas encore reconquis dans la science sacrée droit de cité ^incontesté. Liebcrmann, un des savants les plus méritants pour la restauration de la théologie, niait encore l'infaillibilité du pape. Son disciple Klee la défendit. Lors de la convocation du Concile, quelques Universités et écoles de théologie la rejetaient, d'autres la professaient comme plus ou moins vraisemblable, un petit nombre seulement l'exposait comme doctrine certaine. Aussi le clergé lui-même n'avait-il la plupart du temps qu'une connaissance vague et

inexacte <lc la question, ne savait-il pas bien les preuves qui la tondaient, et pouvait-il encore moins réfuter les attaques dirigées contre elle. Dans l'enseignement religieux l'ait aux laïques, on n'y touchait que comme à un sujet de controverse entre théologiens, ou même on la passait entièrement sous silence. Les habitants de Kreuznach, dans une adresse à leur êvêque, pouvaient donc dire avec quelque raison, semble-t-il : la doctrine que l'on veut définir nous est restée jusqu'à ce jour entièrement inconnue (i).

La question de l'infaillibilité pontificale était donc débattue en sens oppose, et considérée comme une opinion libre. qu'on pouvait défendre, mais aussi contester librement. Cette conviction toutefois était fausse. Il existait déjà des explications émanées du magistère ecclésiastique, en vertu desquelles la négation n'était plus libre.

Parmi les erreurs de Pierre d'Osma, Sixte IV axait condamné cette proposition : « L'Eglise Romaine peut errer. » « Ecelesia urbis Romne errare potest (2) ». — A peine publiée, la déclaration du clergé gallican était condamnée par Innocent XI (11 avril 1GS2), et Alexandre VI II réitéra en ces termes la condamnation dans la Constitution Inter multipliées du 2S août 1694 : « Toutes et chacune des choses... faites et accomplies... relativement à la déclaration sur le pouvoir de l'Eglise et aux quatre propositions contenues dans icelle... ont été dès le commencement, sont et seront à perpétuité... nulles de plein droit, de nulle valeur et de nul effet... et personne n'est tenu à leur observation, soit totale, soit partielle. Ainsi le déclarons-nous. » Omnîa et singula, qua?... quoad declarationem de potestate ecclesiastica ac quattuor in eu contentas propositiones... acta et gesta fnerunl ... ipso jure nulla, irrita, invalida... nb iniiio fuisse

(2) Denzikger, Enchiridion. 9° éd., n. 616.

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