CHAPITRE III
Les deux partis au concile du Vatican.
Dans la controverse sur l'infaillibilité pontificale, quelques Pères du concile i^euvent, en détendant leur opinion, avoir outrepassé les justes limites//, niais en soi, ni la formation de partis dans le concile, ni les efforts de chaque parti pour faire pencher la victoire de son côté, n'étaient chose défendue ou même seulement insolite.
La majorité (i) avait évidemment le droit de proposer la définition d'un dogme, fondé d'une part sur l'Ecriture et sur la Tradition, et qui d'autre part, était juste, à cette époque, attaqué et combattu avec la dernière violence. La minorité, de son côté, pouvait croire qu'il valait mieux ne pas discuter
(1) Nous appelons majorité les membres du concile qui voulaient la définition, minorité les autres, de beaucoup moins nombreux. Ces noms sont déjà en usage. On a appelé encore le parti le moins nombreux l'opposition; ce terme n'est pas exact, à en juger d'après L'usage parlementaire des États constitutionnels, usage auquel cette expression a été visiblement empruntée. L'opposition, au parlement, symbolise le parti essentiellement opposé au gouvernement du jour, le parti qui veut porter aux affaires un gouvernement conforme à ses tendances et qui pour ce motif affiche plus ou moins dans toutes les questions débattues son opposition. Par contre, l'on appelle d'babitude minorité les parlementaires qui dans quelques questions s'écartent du sentiment de la majorité. Comme au concile du Vatican la question de l'infaillibilité prima aussitôt toutes les autres, on peut appeler tout simplement les adversaires de la définition la minorité du concile.
la question de l'infaillibilité pontificale, parce que la définition n'était pas nécessaire, et que dans l'état actuel des affaires, elle pouvait même être nuisible. Eut-elle été jusqu'à contester non plus seulement l'opportunité d'une définition dogmatique, mais même la vérité de la doctrine, cet acte n'aurait nullement témoigné d'un manque d'unité dans la foi de l'Eglise. L'unité de foi n'exige pas nécessairement que les catholiques se trouvent de prime abord et pour toutes les vérités contenues dans la révélation de même sentiment ; ils doivent seulement tenir pour vrais les dogmes que l'Eglise propose à leur croyance, et être prêts, sur les autres enseignements de la révélation, à se soumettre aux décisions de leur mère. Du reste, l'expérience le prouve, sur bien des points qui ne sont pas encore définis règne un parfait accord entre les fidèles. Ainsi, nous l'avons fait remarquer plus liant avec admiration, les Pères du concile réunis en si grand nombre de tous les points de l'univers furent unanimes dans les diseussions sur les doctrines du schéma De doctrina catholica.
La raison principale pour laquelle la minorité rejetait la définition n'était pas, chez la plupart des membres, opposition à la doctrine elle-même, mais conviction qu'une définition était inopportune. « Il n'y a pas cinq évèques au concile, écrivait Mgr Manning, dont on pourrait dire à bon droit qu'ils révoquent en doute la vérité de cette doctrine. » L'archevêque de "Westminster n'a jamais entendu, durant toute la discussion, nier l'infaillibilité (i). Et, on peut l'ajouter, il n'y avait non plus personne qui la niât. Avant le concile, cela est absolument sur, presque tous les évèques croyaient à la vérité de ce dogme (2). Mais plus d'un parmi
(1) Manning, The true s tory of the Vatican Council, p. 99.
(2) Le périodique The Vatican contient, page 'Jl et dan- les numéros suivants, plusieurs déclarations antérieure- d'évêques français de la minorité, toutes en laveur de l'infaillibilité pontificale.
[364-2ËSJ