‹ Histoire du Concile du Vatican (volume 3)Chapitre 117 sur 152 · LA MINORITE AI' CONCILE · texte numérisé non relu

LA MINORITE AI' CONCILE

les membres de la minorité semble être devenu hésitant au cours même des débats. Leurs efforts pour découvrir des motifs contre l'opportunité de la définition les amenaient, inconsciemment sans doute, à accorder aux objections contre la doctrine une importance imméritée. Témoin l'exemple du cardinal Itauscher.

Le 6 novembre 1869, un mois par conséquent avant l'ouverture du concile, le cardinal Rauscher écrivait au cardinal Schwarzenberg, qui l'avait consulté sur un article de la Civilta Cattolk a : « Je n'ai pas changé de manière de voir. Il y a quarante ans, j'enseignais que le Saint- Siège en matière de foi n'a jamais erré et que Dieu ne permettra jamais erreur de sa part. Aujourd'hui, j'en suis encore convaincu (1). » Depuis quarante ans, il croyait donc à l'infaillibilité du Pape et à l'assistance divine préservant le Souverain Pontife de toute erreur; mais une fois rangé au parti de l'opposition, il déclarait, dans une supplique rédigée par lui contre la définition, que cette thèse rencontrait encore des difficultés, tirées des actes et des textes des Pères, des documents historiques et de la doctrine même de l'Eglise; et il ajoutait que, sans leur complète solution, il était impossible de présenter au peuple chrétien cette doctrine comme dogme révélé de Dieu (2). Enfin, à la Congrégation des postulats, le même cardinal se dit hors d'état de résoudre les difficultés historiques opposées à la théorie de l'infaillibilité pontificale (3). //

Mgr Manning dit encore, au sujet des débats conciliaires, que tels prélats, qui d'après leurs déclarations antérieures,

(1) La lettre est aux archive?. — Dans cette même réponse, le cardinal Rauscher tranche fort simplement la difficulté historique née de la conduite du Pape Honorius. Il peut fort bien arriver à un pape, dit-il, de publier un décret insuffisant et qui offre aux adversaires de la vérité des raisons spécieuses : tel fut le cas d'Honorius.

(2) Voir plus haut p. 189.

(3) Plus haut, p. 191.

étaient partisans de l'infaillibilité, apportèrent des arguments dont les conséquences logiques pouvaient difficilement cadrer avec ce dogme. Le fait ne se passa toutefois que pour un ou deux discours (i). Encore, des déclarations comme celle du cardinal Kausclicr peuvent-elles toujours s'accorder avec la foi à 1 infaillibilité : ce n'est pas parce qu'une difficulté contre une doctrine reste insoluble pour quelqu'un, que ce quelqu'un ne puisse cependant être convaincu de la vérité de cette doctrine par d'irréfutables arguments; il peut alors admettre que les objections provisoirement sans réponse peuvent être et seront un jour certainement résolues.

En tout cas, il reste solidement établi que, pour la minorité, inopportunité de la définition et opposition à la vérité de la doctrine n'étaient pas identiques. Il se peut, je l'ai déjà dit, que plusieurs de ceux qui étaient venus au concile avec la foi à l'infaillibilité, aient été un peu ébranlés dans leur croyance; mais s'ils étaient opposés à la définition, ce n'était pas parce qu'ils rejetaient la doctrine; et il faut, pa suite, s'inscrire en faux contre cette affirmation répandue s complaisamment à travers le monde par les adversaires du concile, que les évèques de la minorité, d'adversaires de l'opportunité, devinrent adversaires de la thèse elle-même. Les ennemis du concile poussaient d'ailleurs avec impétuosité dans cette voie (2) ; et l'on ne peut défendre entièrement contre le reproche d'une certaine indécision, en face des attaques toujours plus violentes contre la doctrine de l'infaillibilité, les Pères de la minorité qui croyaient à la vérité de cette doctrine. Car, s'il était admis que c'était là une vérité révélée, le devoir du concile était de défendre cette vérité par une définition, contre les attaques de ses | ennemis. Toutefois, la crainte des dangers qu'allait faire

11) Lo< . iil.

(2) Par exemple : Dullinger dans les Iloihliche B/iefe, [Lettres romaines], lettre vingtième. — Ci'r. Quirinus, p. 198 sqq.

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