‹ Histoire du Concile du Vatican (volume 3)Chapitre 118 sur 152 · LA MINORITE AU CONCILE · texte numérisé non relu

LA MINORITE AU CONCILE

naître cet acte, faisait une impression très forte sur ces prélats et elle les excuse un peu.

Il est très vrai que la promulgation devait entraîner certains périls qu'on ne pouvait dédaigner; et les maux en perspective, comme le dit Mgr Franchi à la Congrégation des postulats, le 9 février (i), n'étaient pas tous d'ordre négligeable . // Dans divers pays, notamment en Allemagne, les adversaires de l'infaillibilité avaient tellement troublé les esprits et prévenu si fort leurs concitoyens contre cette doctrine, qu'un grand schisme semblait imminent parmi les catholiques, si ce dogme leur était imposé sous peine d'anathème. On s'explique, dès lors, qu'un certain nombre d'évêques ait pu croire que, en ces circonstances, il valait mieux renoncer aune définition.

Les ennemis du concile, comme Dôllinger et ses adhérents, comptaient les membres de la minorité comme étant des leurs; ils les comblaient de louanges dans les mômes écrits où ils accablaient de dédaigneuses railleries la majorité et le pape lui-même. C'était dans la minorité qu'ils mettaient leur espoir. Aussi cherchaient-ils à, relever aux yeux du public l'autorité des opposants, en s'efforçant de ruiner, au contraire, le crédit de la majorité. Ils proclamaient sans cesse, qu'au concile l'esprit et la science étaient l'apanage exclusif des adversaires de l'infaillibilité; à ses partisans, l'ignorance et le manque de culture. C'était la minorité, par conséquent, qui devait rendre la décision, car les voix ne devaient pas être comptées, mais pesées. Ce thème fondamental était ressassé avec toutes les variantes possibles. On ajoutait que les prélats opposants représentaient les nations chrétiennes les plus en vue et les plus intelligentes, la France et l'Allemagne.

Pour toute personne au courant de la question, il est clair

(V Voir plus haut, p. 193.

que ces mérites, à supposer qu'ils fussent réellement l'apanage de la minorité, ne pouvaient aucunement donner plus de prix à leurs voix; mais de tels propos servaient à troubler les esprits. Du reste, c'était fort exagéré et même contraire à la vérité. Ce qui est vrai, c'est que la plupart des évêques allemands appartenaient à l'opposition. Parmi les prélats présents au concile et qui appartenaient au territoire actuel de l'empire, treize s'élevèrent contre la définition de l'infaillibilité; quatre seulement, NX. SS. Martin, de Paderborn, Senestréy, de Ratisbonne, Leonrod, d'Eichstatt, et Stahl, de Wùrzbourg, firent partie de la majorité. De même, le plus grand nombre des évoques des pays autrichiens ou hongrois se joignit aux adversaires de la définition. Mais il est faux que parmi ces derniers, l'on comptât la majeure partie de l'épiscopat français. Cette erreur s'est accréditée, grâce aux affirmations persistantes des ennemis du concile et à l'activité empressée de quelques prélats français isolés dans les rangs de la minorité. // Au contraire, les débats montrèrent que le gallicanisme, en France, penchait vers sa ruine. Imposé violemment par le pouvoir au clergé et au peuple, il put se maintenir pendant un ou deux siècles ; mais la France en avait assez et aspirait au moment où l'on arracherait avec toutes ses racines cette plante sans sève. C'était là le sentiment surtout du peuple et du bas clergé; mais la grande majorité de l'épiscopat nourrissait le môme désir, et les deux tiers étaient partisans de la définition. Il vaut vraiment la peine d'exposer avec exactitude le rapport numérique des deux partis parmi les évêques de France. C'est chose facile, d'ailleurs, si nous choisissons pour cela l'époque du scrutin de la quatrième session publique, et si nous cherchons combien d'évêtjues français, parmi ceux qui gouvernaient un diocèse, désiraient alors la .promulgation du dogme, et combien lui étaient opposés.

La France comptait, en 1870, quatre-vingt six archevêchés

l'épiscopat français et l'infaillibilité 339

et évêchés. A l'époque de la quatrième session, cinq étaient vacants : Agen, Grenoble, Nantes, Tarbes et Evreux. S'étaient fait légitimement excuser : les archevêques d'Aix et d'Auch, NN. SS. Clialendon et Delamare, ainsi que les évêques de Clermont et de Saint-Flour, NN. SS. Féron et de Pompignac, et le cardinal Billiet, arclievêque de Cliambéry. Soixante-seize évêques résidentiels de France prirent donc part au concile du Vatican (i). Six d'entre eux s'éloignèrent de Rome au cours de l'été : NN. SS. Guibert, archevêque de Tours; Saint-Marc, archevêque de Rennes; Doney, évêque de Montauban; Plantier, de Nîmes; Bécel, de Vannes, et Hacquard, de Verdun. Des soixante-dix restants, quarantecinq à la quatrième session publique votèrent : placet; vingtcinq ne parurent pas, étant opposés à la définition. A ces vingt-cinq adversaires, il faut ajouter Mgr Hacquard, signataire de la requête contre l'infaillibilité (2). Nos documents ne nous fournissent aucun renseignement sur l'attitude de Msr Bécel. // Mais à la liste des quarante-cinq évêques résidentiels, partisans de la définition, il faut joindre NN. SS. Guibert, Saint-Marc, Doney et Plantier. Le premier, à la séance tenue le 9 mars par la Congrégation des postulats dont il faisait partie, s'était prononcé pour l'affirmative (3). L'archevêque de Rennes, non content d'avoir signé l'adresse en faveur du dogme (4), écrivait, de son lit de douleur, à Pie IX, le 26 juin, une lettre où il exprimait son vif chagrin de ne pouvoir participer à la définition (5). Mêmes regrets de Mgr Doney dans la lettre où il sollicitait du concile un congé (6); il appartenait d'ailleurs à la majorité et avait

(1) Pour le calcul suivant, nous nous sommes servis spécialement de la liste des adhésions. — C. V.,995d. sqq.

(3) Voir plus haut, p. 194.

(5) Ibid.,990a. sq.

(6) Actu Conc. Vatic, p. 342 (aux archives).

signé la même adresse que M.81 Saint-Marc (i). Mgr Plantier, évêque de Nîmes, était connu comme champion déclaré de la définition; dès avant le concile, il l'avait défendue par écrit contre M-1' Maret, (2) et pendant le concile, il avait signé la pétition en faveur de l'infaillibilité (3). Nous avons donc déjà quarante-neuf évêques diocésains français qui prirent fait et cause pour le dogme en question. Des cinq prélats qui ne parurent pas au concile, deux, les archevêques d'Auch(4) et de Chambéry (5), s'étaient déclarés par écrit favorables. Sur les sentiments des trois autres, nous ne pouvons donner aucune indication. Mais notre calcul montre suffisamment que le nombre des évêques résidentiels français, partisans de l'infaillibilité, surpassait du double le nombre de ceux qui voulaient empêcher la promulgation du dogme. Cela fait certainement grand honneur à la France, où, depuis deux siècles, le gouvernement avait tout fait pour exclure cette doctrine des écoles.

Voilà pour les pasteurs de diocèses. Si l'on veut aller plus loin avec la théorie de Dollinger, et considérer comme lui, avant tout au concile la conviction des peuples, n'attachant de prix aux votes des évêques qu'autant que ces suffrages expriment la croyance des fidèles représentés, // la France est encore tout à fait du côté de la majorité. Presque tout le clergé et presque tous les catholiques voulaient la définition. Les prêtres des diocèses dont les évêques se rangeaient au parti de l'opposition furent maintes fois fort désagréables à leurs pasteurs par leurs pétitions en faveur de l'infaillibilité (6), tandis que d'autre part, le gouvernement n'osa rien faire pour la minorité qui lui était sympathique et qui implo-

(3) Ibid-, 925d.

(41 Ibid., 1447 cl.

(5) Ibid., 1451 b. sqq.

(6) Voir plus bas, liv. III, chap. IV et Y.

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