ATTITUDE DE LA M1NOKITE AT CONCILE
aussitôt en mouvement la plume empressée de M-1' Dupanloup. Sa lettre elle-même nous apprend l'origine de ces rumeurs. // Il écrit le i3 mars au cardinal de Angelis — copie de cette lettre était envoyée au cardinal Bilio — qu'on a recueilli des signatures pour une supplique au Saint-Père sollicitant qu'avant la discussion de toutes les autres questions, on délibère sur l'infaillibilité (i). L'évèque d'Orléans proteste contre un plan qui, s'il était adopté, bouleverserait l'ordre des affaires. Fidèle à sa méthode de rhéteur, il accumule des raisons multiples mais peu solides, pour prouver la nécessité de discuter avant l'infaillibilité les autres questions déjà soulevées (2). Ce bruit fut également transmis à Paris, et donna lieu à l'envoi par le ministre des cultes, le comte Daru, d'une note à la curie pontificale, comme nous le raconterons plus loin (3).
Le bruit de la prochaine discussion produisit l'effet d'un épouvantail sur les deux archevêques Mgr Kenriek et Mgr Purcell, et sur les évêques Mgl Moriarty et M-1 Fitzgerald. Ces quatre prélats américains adressèrent le io mars une lettre aux présidents de la congrégation générale. Le bruit se répandait, disaient-ils, qu'à la prochaine congrégation la doctrine de l'infaillibilité pontificale serait sans discussion préalable définie par acclamation. Vraiment ils ne pouvaient croire que les légats du pape souffrissent une tentative aussi inouïe : seuls, des insensés (insensati) pouvaient approuver une telle façon d'agir. Mais pour rendre impossible un pareil égarement, ils protestaient contre une tentative de définition par acclamation, et si l'impossible venait à se produire, ils quitteraient aussitôt le concile, en faisant connaître au public la raison de leur conduite (4). A leur réunion du lendemain,
(1) Ces suppliques circulaient alors. — Gfr. C. I ., 968 sqq.
(2) La lettre de M8' Dupanloup se trouve aux archives.
(3) Voir liv. III, dernier chapitre.
(4) La lettre est aux archives.
les présidents s'entretinrent de cette lettre et donnèrent cette courte réponse : Personne ne songe à cela que des insensés (insensati) (i).
Parmi les Pérès de la majorité, deux se signalèrent entre tous, l'archevêque de Westminster, M- Manning, et aP1 Senestréy, évèque de Ratisbonne, par leur zèle infatigable à provoquer la définition de l'infaillibilité. A la suite de la vive résistance que rencontrait ce projet au dedans comme au dehors du concile, un certain découragement se manifesta parfois dans les rangs de la majorité. Comme ces dispositions remettaient en question le succès des travaux déjà accomplis, ces deux prélats ranimèrent leurs collègues et ne s'accordèrent aucun repos jusqu'au jour où le zèle de tous eût repris une nouvelle vie. Plus tard, dans ses récits sur le concile. M- Manning rappelait une de ces circonstances : « Après une longue discussion, nous n'étions plus que deux, un autre évoque et moi, qui fussions décidés à adresser des suppliques en faveur de la définition ou à pousser de toute autre manière cette importante question. On nous conjura de céder à la
(1) Congressus Praesidum, 10 mars. — Dans la célèbre correspondance française de la Civilta Cattolica (février 1809), on lisait que les catholiques de France espéraient voir L'Esprit-Saint définir l'infaillibilité pontificale par la bouche îles Pères, par leurs acclamations unanimes. Les ennemis du concile ont sans cesse depuis lors, dirigé leurs attaques contre cette information, soit qu'ils aient cru que par cette manière d'agir L'Esprit-Saint outrepassait ses droits, soit qu'ils aient seulement blâmé cette témérité avec laquelle les catholiques français s'avisaient d'espérer quelque chose. Friedrich, dans son histoire du concile, ne cesse d'affirmer que les prélats directeurs de l'assemblée se proposaient de trancher par acclamation les questions les plus troublantes et les plus discutées (III, 24, (57, 97, 127, 142, 255. 277, 320, 332. etc.). Il semble croire que les présidents auraient voulu par d'habiles manœuvres provoquer ces acclamations et par là surprendre le concile. Une telle conduite du président aurait été un horrible péché; mais cette conséquence ne parait point du tout embarrasser Friedrich dans ses affirmations, pas plus que la folie d'une entreprise aussi audacieuse et les dangers qu'elle devait entraîner. Nous axons vu que des évèques eux-mêmes croyaient possible une telle conduite : cela montre seulement l'émotion extrême des esprits.
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