‹ Histoire du Concile du Vatican (volume 3)Chapitre 125 sur 152 · ATTITUDE DU PAPE SUR L'INFAILLIBILITÉ · texte numérisé non relu

ATTITUDE DU PAPE SUR L'INFAILLIBILITÉ

C'est parmi les évêques que naquit, et librement, l'initiative de soumettre au concile la question de l'infaillibilité. Le Pape ne fournit pas à cette démarche la moindre occasion. Oui, nous le verrons encore mieux plus loin, les évêques se montrèrent bien plus zélés que la Curie à poursuivre le projet de définition; parfois même, ils eurent à se plaindre des hésitations pontificales qui s'opposaient à la marche de cette affaire. Sans doute, le pape soumit la question au concile, mais àla demande de quatre ou cinq cents évêques. Aux autres prélats qui ne désiraient point cette promulgation, il laissa toute liberté de l'empêcher en usant de leurs droits conciliaires. Le Journal de Mayence raconte (i), qu'au temps où les deux partis recueillaient des signatures pour leurs pétitions, quarante évêques de la minorité eurent une audience du Saint-Père. Ils prièrent Pie IX de « vouloir bien empêcher la promulgation de l'infaillibilité et de faire en sorte qu'aucune suite ne fût donnée par la Commission (la Congrégation des postulats) à la supplique des quatre cents évêques... » Le pape, dit-on, a reçu Nos Seigneurs les évêques avec beaucoup de cordialité et de bienveillance, mais leur a déclaré fort tranquillement que, pour quarante, il ne

naux et aux évêques rassemblés pour téter le centenaire des princes des apôtres, les œuvres annoncées dans la bulle d'indiction comme but du concile, tout cela, d'après Friedrich, n'était pas la fin visée réellement par Pie IX. Quand le pape pria les cardinaux et les évêques de l'Eglise entière d'exposer leurs vues sur les matières à traiter, il ne fit que se moquer d'eux; depuis longtemps il avait déterminé l'objet unique des délibérations. Quand parmi les théologiens et les canonistes de Rome et de toute l'Eglise, il choisit des commissions, l'une dogmatique, l'autre disciplinaire, la troisième pour les affaires ecclésiastiques, la quatrième pour les ordres religieux, une cinquième enfin destinée à s'occuper des missions et des affaires de l'Eglise orientale, lorsqu'il chargea ces commissions d'étudier en particulier les questions à traiter et de rédiger les projets de décrets à soumettre au concile, tout cela n'était que feinte pour cacher le but réel de l'assemblée. Quant à prouver ces injurieuses affirmations, Friedrich s'en dispense. On voit d'ailleurs quelque chose de vraiment maladif dans ses efforts pour trouver partout, même là où il n > a pas l'ombre d'allusion à l'infaillibilité, pression et intrigues en faveur de la définition.

(1) 1870, n° 13, d'après Friedrich, Gescluchte, etc., t.IU, 392.

pouvait pas limiter la liberté de quatre à cinq cents évêques. « Confiez-vous au concile, nies frères, a-t-il aj outé, donnez vos suffrages en votre âme et conscience, exposez vos idées à vos collègues à la congrégation générale, // et laissez le reste à Dieu et à l'Esprit- Saint qui n'abandonnera jamais, au grand jamais, l'Eglise du Fils de Dieu, mais éclairera sûrement l'assemblée. » (i)

Pie IX fit exprimer sa gratitude et envoya ses félicitations aux écrivains dont il recevait les œuvres en faveur de l'infaillibilité, et aux fidèles qui faisaient parvenir des adresses pour la définition. C'était justice. Félicitations et remercîments étaient un devoir pastoral. Le Souverain Pontife doit encourager la défense des vérités de foi. Or sont vérités de foi non seulement les définitions des conciles, mais encore toutes les vérités que le cbef suprême regarde comme faisant partie du trésor de nos croyances, par conséquent, même avant le concile du Vatican, l'infaillibilité du Pape. Cette doctrine n'était pas seulement contenue dans l'Ecriture, mais, de plus, garantie })ar des conciles œcuméniques, témoin la profession de foi signée par les Grecs au deuxième concile de Lyon et le décret d'union au concile de Florence. Lorsque Pie IX louait les défenseurs de l'infaillibilité, il ne faisait que suivre les traces de tous ces Souverains Pontifes qui, nous l'avons vu plus baut, (2) avaient exigé des fidèles la confession de ce dogme et condamné la tbèse opposée. Tel, le Pape Hormisdas, qui, en 5i8, soumettait à la signature des évêques orientaux une profession de foi où l'infaillibilité est nettement exprimée; tel encore

(1) Friedrich, qui croit si volontiers tous les racontars dès qu'il y trouve matière à vilipender le pape et la majorité du concile, regarde ce récit comme une légende inventée dans l'intérêt de la majorité (/oc. cit.). Le motif évident de ses négations est que ce trait projette un beau rayon de lumière sur le Souverain Pontife. Ce récit est d'ailleurs plein de vraisemblance et cadre parfaitement avec la conduite habituelle de Pie IX en face des partis.

(2) Page 330.

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