ATTITUDE DU PAPE SUR L INFAILLIBILITE
Sixte IV qui condamnait en 1479 cette proposition de Pierre d'Osma : « L'Eglise de la ville de Rome peut errer » ; tels les divers Pontifes qui rejetèrent la déclaration gallicane de 1682, Innocent XI, Alexandre VIII et Pie VI ; tel encore ce même Alexandre VIII condamnant trente-neuf propositions, dont la vingt-neuvième disait : « Affirmer la suprématie du Pape sur le concile et l'infaillibilité du Pontife romain en matière de foi est une assertion sans autorité et souvent réfutée. » // Le droit et le devoir du Saint-Père d'encourager la reconnaissance de cette doctrine et de s'opposer à sa négation existaient pour Pie IX autant que pour ses prédécesseurs ; le concile du Vatican ne les suspendait point parce qu'une minorité contredisait l'idée d'une définition proposée par la plupart des évoques . Cette minorité ne prétendait pas du reste rejeter la thèse, elle s'opposait seulement à une définition. Qu'il fût fait selon les vœux de la majorité ou de la minorité, le droit et le devoir du Pape restaient les mêmes : encourager la défense de l'infaillibilité pontificale. Au temps du concile, cette obligation était d'autant plus urgente que des ouvrages et des journaux attaquaient cette vérité avec la dernière violence.
Dans ses entretiens habituels et ses allocutions publiques, Pie IX, dit-on, s'exprima parfois en termes défavorables sur le compte des évêques opposants. Pour les conversations, il est difficile d'en établir le contenu ; nous croyons, toutefois, que certains membres de la minorité donnèrent lieu à de justes reproches et que le pape était assez ouvert pour dire clairement et sans ambages son mécontentement. Si nous apprenions, bien et dûment certifiée, quelque observation défavorable émise par le Souverain Pontife sur des évêques de la minorité, des raisons intrinsèques ne pourraient donc nous faire révoquer en doute la vérité de cette assertion. Mais, dans aucun discours public, nous ne trouvons trace d'attaques ou d'offenses envers la minorité.
Le 17 février s'ouvrit, à Rome, une exposition de l'art chrétien. Pie IX y parut et répondit avec son à-propos ordinaire au discours de bienvenue du cardinal Berardi (1). Il dit qu'il avait provoqué cette exposition pour montrer combien la religion chrétienne encourageait les arts. Puis, après avoir parlé de l'influence de la religion sur l'art, il ajouta : « Non, il n'est pas vrai que cette religion ait besoin de réformes, il n'est pas vrai qu'il importe de l'établir sur les principe de 1789, comme l'a dit le grand démagogue italien ». Par ces mots, pense Friedrich (2), le Saint-Père voulait flétrir publiquement la minorité. Mais Pie IX ne dit pas un mot de la minorité. La chose est fort simple //. A cette époque, FAllgemeine Zeitung venait de publier une lettre écrite, disait-elle, au Père Gratry par l'ancien ministre français, le comte de Falloux. Ces lignes étaient des félicitations à l'ex-Oratorien pour ses pamphlets contre l'infaillibilité. Elles contenaient cette phrase, vrai programme de révolution ecclésiastique : « L'Eglise n'a pas encore fait sa révolution de 89 ; elle a besoin de la faire. » Le propos circula dans les journaux catholiques. Pie IX l'ayant appris déclara qu'il frapperait d'anathème celui qui avait osé écrire : l'Eglise catholique a besoin d'un 89. Le comte de Falloux se hâta de déclarer qu'il n'avait jamais rien pensé, dit ou écrit de semblable, et il pria le nouveau pasteur de son diocèse, M61" Freppel, évêque d'Angers, d'en informer le pape (3).
Les arguments diffus et obscurs de Friedrich se retournent contre sa thèse. Si parmi les prélats de la minorité, dont le pape ne dit pas un mot, il s'en fût trouvé pour proclamer nécessaire une révolution ecclésiastique semblable à celle que la fin du XVIIIe siècle déchaîna sur la France,
(1) C. F., 1541 b. sq.
(2) Loc, cit., 111,640.
(3) Cornut, M'' Freppel, p. 172 sqq. Ces pages contiennent la correspondance échangée entre l'évèque d'Angers et le comte de Falloux.