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LES EGLISES D ORIENT

même part pour quelques affaires au gouvernement temporel; aussi l'Etat le considère-t-il comme fonctionnaire civil.

Pour la désignation de ce patriarche et des évoques qui en dépendent, ces communautés chrétiennes ont depuis longtemps joui d'une liberté considérable. Les évoques sont choisis par les prêtres et les fidèles, le patriarche par les évéques avec le concours des prêtres et des fidèles ; et il est admis que celui-ci, élu de la sorte, exerce aussitôt après son élection tous les droits de patriarche. Toutefois, il doit prier le Pape de ratifier le choix, et lui prêter serment de fidélité et d'obéissance (i). //

Au cours des âges, des abus s'étaient, au grand désavantage de l'Eglise d'Orient, glissés dans ces élections, et les Papes croyaient de leur devoir d'en changer le mode et de restreindre l'indépendance de ces communautés. Lui en contester le droit, c'était nier sa primauté. Toutefois, en considération du caractère de ces nations, de leur fidélité opiniâtre à leurs antiques usages, de leur attachement à leurs anciens droits particuliers et à leur rite, eu égard encore à la vive méfiance, continuellement entretenue par les schismatiques et les hérétiques, que l'intention de Rome était de leur retirer privilèges et rites du passé, et de les assimiler tout à fait aux

(1) Cf. Encyclica Pie IX ad Armcnos, d. d. G Januario 1873, p. 49 sq. : « Quod si de illarum eeclesiarum Pairiarchis agitur, quse recenticre ;>io ad ialholicam uniiatem ejurato schismale reversée s tint, neminem eorum invenielis, qui Romain Pontifiais con/irmationem non petierit; quos omîtes iidem Romani Ponti- /ices datis litteris ita con/irmarunt, ni eus simul Ecclesiis suis instituentes pyaeficerent. Factura quidem est, ut Apostolica Sede tolérante propter regionum lovginquitatem, itinerum pericula et impendenlia saepe saepius damna a schismaticorum ejusdem titus praepotentia , elecli Putriarchae ante summi Pontificis confirmationein potestale ulerentur, quod etiam in ( kcidente propter nécessitâtes ecrlesiarum et utilifates dispensive iis concession est (Conc. Lat. IV, can. 26;, qui essent valde remoti. Ai par est animadvertere, cessare hujusmodi causas, sublatis ilineris dif/icultatilius, et ereptis catholicis benejicio summi Dthomanici Imperatoii* a civili schismaticorum potestale. Xemo autem non videt ila tulius provideri catholicae fidei conservationi, quam perlurhare pro luhitu posset ante receptam Apostolicam con/irmationem,qui tanlo indignus of/icio in patriarchalem sedem insiliret; i el cerfe perturbationum occanUm.es praepediri, quae oriri possent, si quando electus Patriarrha a S. Sede Apostolica rejeclus, e suo loco eedere deberef. »

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Latins, on devait procéder avec grande circonspection. Fort à propos pour Rome, le patriarche de l'Eglise d'Arménie, Antoine Ilassun, jadis élève distingué de la Propagande, dès son élévation à sa nouvelle dignité (1867) (i) se montra disposé à introduire dans son Eglise un changement pour le mode d'élection des patriarches et des évoques.

La première année de son patriarcat, il se rendit à Rome où il discuta avec le Pape le mode d'élection à introduire; le résultat de ces entretiens fut la bulle Reversurus (juillet 1867). Elle établissait dans l'Eglise arménienne un système nouveau de nomination pour le patriarche et pour les évêques : l'élection du patriarche est exclusivement réservée aux évêques, mais l'élu ne pourra pas user de son pouvoir avant d'avoir reçu la confirmation du Siège apostolique et le pallium. Les prêtres et les laïques ne prennent doncpluspart à l'élection du patriarche. Pour pourvoir aux évèehés vacants, celui-ci établira d'accord avec les évêques une liste de trois candidats qu'il enverra au Lape; le Lape choisit alors un des noms de cette liste, mais il peut aussi rejeter la liste tout entière et prendre pour l'instituer évêque quelqu'un qui n'a pas été propose.

Il fallait bien s'attendre à ce (pie l'exécution de la bulle rencontrât des résistances, d'autant plus qu'elle restreignait encore l'indépendance de l'Eglise arménienne sur d'autres points <pti lui étaient fort sensibles. La résistance se produisit donc, et les Arméniens furent d'autant plus soutenus dans ce mouvement par les autres communautés unies que le Pape, dans la même bulle, annonçait un changement dans le mode d'élection des évêques pour les Eglises des autres rites.

La première occasion qui s'offrit au Pape de réaliser ce dernier projet lui fut donnée par l'Eglise chaldéenne. Le patriarche, M>'* Audu, pour remédier à certains abus qui

(1) Depuis 1830, il av.nl été comme archevêque et primai à la lête fie l'Eglise le Constantinople.

REVOLTE i>rs akmkmi;n>-i.ms 413

s'étaient glissés dans son Eglise, s'étant montré disposé à lui tendre la main, le Pape lui envoya la balle Reversurus. M- Auda lit savoir alors par l'intermédiaire d'un évêque séjournant à Rome, M-1 Mellus, et par une lettre qu'il écrivit lui-même à la Propagande, qu'il ne serait pas fâché de voir introduire dans l'Eglise clialdéenne pour l'élection des évéques un système semblable a celui (pie la bulle Reversurus avait imposé à l'Eglise arménienne; et sans attendre que ce système fût établi, il envoya à Rome deux listes de candidats pour les sièges vacants de Diarbékir et de Mardin. Alors, mais seulement alors, Pie IX publia la bulle Cum ecclesiastica disciplina par laquelle il réorganisait sur quelques points la discipline de l'Eglise clialdéenne et, en particulier, prescrivait la méthode à suivre pour l'élection du patriarche et des évéques : c'était à peu près la même que pour les Arméniens. "M-1" Audu se déclara satisfait de ces dispositions nouvelles.

Cependant l'opposition à la bulle Reversurus gagnait parmi les Arméniens. En vain au synode national de Constantinople (1869), Mgr Hassun essaya d'amener les récalcitrants à accepter les prescriptions pontificales ; lorsqu'il laissa son troupeau pour se rendre au concile, la situation était dans son Eglise pleine de périls. Il avait nommé vicaire patriarcal Mgr Gasparian, archevêque de Chypre ; mais ce dernier trompa ses espérances et se montra son adversaire. M-1 Hassun dut donc lui donner un remplaçant (janvier) dans la personne de Mgr Joseph Arachial, évoque d'Ancyre, qu'il fit partir pour cela de Rome. Ce dernier reçut en même temps une lettre pastorale du patriarche qui exigeait la soumission absolue à la bulle Reversurus et condamnait quelques erreurs nouvelles répandues alors parmi les Arméniens, celle-ci entre autres, que les Orientaux ne relèvent du pape que pour les questions de foi et nullement pour la discipline.

La révolte des Arméniens fit alors explosion; ils essayèrent

d'abord d'empêcher avec l'aide du gouvernement la publication de la lettre pastorale ; mais ce projet échoua : // la lettre fut lue le 23 janvier dans l'église de Saint Jean-Chrysostome à Péra ; mais les opposants se trouvant là fort nombreux, cette lecture y déchaîna un tumulte. Il y eut des cris et du tapage. On lacéra les exemplaires de la lettre pastorale affichés à la porte de l'église, on en foula aux pieds les morceaux : h prêtre qui célébrait la messe quitta l'autel après le credo, non point, comme l'établit une enquête ultérieure, à cause du désordre déchaîné dans l'église, mais afin de l'accroître et d'aller lui-même y prendre part. C'était le prêtre Zaghighian, moine de l'ordre de Saint Antoine. Il fut. à la suite d'une enquête faite par le vicaire patriarcal, frappé d'un interdit de trois jours, mais n'en tint aucun compte. Le gouvernement fit aussi arrêter quelques auteurs du désordre, au nombre desquels se trouvaient également des frères convers de l'ordre de Saint Antoine.

Quelques jours après cette scène se forma un comité qui publia une proclamation contre Mgr llassun, et le déclara déposé de sa charge patriarcale (i).

Chez les Chaldéens aussi, apparut bientôt le mécontentement provoqué par les prescriptions du pape. Le patriarche, Mer Audu, s'était bien soumis, nous l'avons vu, à la bulle Cum ecclesiastica disciplina; avant même qu'elle ne lut publiée, il avait soumisaupape deux listes de candidats pour l'épiscopat. Mais ensuite, il se prit à hésiter. Le pape avait nommé deux évoques, sur sa demande : le patriarche commença par exprimer le désir que les deux élus changeassent de diocèse ; Rome le permit; mais il se refusa alors à leur donner la consécration épiscopale ; puis à son arrivée à Rome pour le concile, il déclara ne pouvoir pas accepter la bulle qui modifiait la discipline de son Eglise. Mis en présence de son précédent

(1) Ces détails sont tirés des Archives de la Propagande, en particulier, des lettres du vicaire patriarcal à M" Hassun lui-même.

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