L ORDRE DE SAINT-ANTOINE
leurs exercices du culte ; ils les célébrèrent même avec plus de solennité qu'auparavant. Le gouvernement turc, qui avait d'abord procédé contre les perturbateurs, leur accordait maintenant son appui : il les reconnut comme formant une quasi-communion légitimement séparée et autonome, et leur attribua deux églises, celle de Saint Jean-Chrysostome à Péra et celle de Saint-Grégoire à Ortokioi. C'était là l'œuvre du gouvernement français, qui avait mis au service des révoltés son influence si considérable auprès de la Porte; au dire de l'ambassadeur Bourré, il était de l'intérêt de la France de soutenir le gallicanisme parmi les Orientaux (i).
Dans toutes ces agitations et dans les soulèvements des Arméniens contre leur patriarche et la bulle Reversurus, on avait toujours vu marcher en première ligne les moines arméniens de l'ordre de Saint Antoine. Le patriarche Valerga, qui, en 1868, avait été envoyé à Constantinople pour y faire une enquête sur les troubles arméniens, s'exprimait à leur sujet, dans le compte rendu qu'il fit de sa mission, en termes absolument défavorables; il signalait en particulier l'abbé général, M81 Placide Casangian, // comme le chef reconnu et honoré entre tous, des adversaires de Mer Hassun (2).
Placide Casangian avait fait ses études au Séminaire romain ; après avoir enseigné les humanités dans son ordre, il était devenu professeur de théologie à la Propagande ; plus tard, procureur de son ordre à Rome, il avait fini par être revêtu de charges considérables dans l'Eglise arménienne.
(i) C'est le langage qu'il tenait au délégué apostolique lui-même, d'après une lettre de celui-ci au cardinal Barnabe- le 12 mars 1870. M" Pluym revient souvent dans ses lettres sur cette action du gouvernement français en laveur des révoltés : Lettres du 25 mars, 1" avril, 6 avril 1870. (Archives de la Propagande.)
(2) Sulla insurrez-ione, etc., p. 8. (Archives de la Propagande.) En renvoyant M" Pluym à Constantinople, en 1870, le Pape le nomma Visiteur apostolique de tout cet Ordre et lui donna à ce sujet les pouvoirs les plus étendus : Reliyiosas, 23 t'ebruarii 1870.
Au dire de son confrère Ormanian (i), on s'attendait à Constantinople à le voir élevé au patriarcat. Or, il n'est pas rare, on le sait, de voir ceux qui ont été déçus dans leur ambition d'arriver à une haute dignité, concevoir pour celui qui leur a été préféré une véritable inimitié. Nous ne saurions dire si telle est l'origine de l'animosité de Mgr Casangian contre M81" Hassun ; il semble bien cependant que la jalousie y a joué son rôle. Casangian fut élu en 1864 abbé général de son ordre, et comme celui qui était alors patriarche arménien avait autrefois joint à cette1 dignité abbatiale celle d'archevêque arménien d'Antioclie. Casangian reçut en même temps la consécration épiscopale. Au moment de son élection, le chapitre général de l'ordre avait modifié les constitutions et prescrit que l'abbé serait élu à vie au lieu de l'être, comme précédemment, pour trois ans : seul jusque-là le fondateur de l'ordre avait conservé la dignité abbatiale jusqu'à la mort. Le chapitre avait pensé que les constitutions lui donnaient. le droit d'apporter ce changement à la régie. Mais la Propagande le lui contesta. La décision du i5 janvier 1866 sur le cas de Casangian portait : <i Maneat in officio Abbatis generalis ex indulgentia Sanetissimi ad nutum Sanctse Sedis (2). » Le pape la confirma, et lorsque, quatre ans plus tard, il nomma M8* Piuym visiteur de tout l'Orient, il prononça en même temps la déposition de M8* Casangian (3).
L'ordre de Saint Antoine possédait à Rome le couvent de Saint-Grégoire près delà basilique de Saint-Pierre, à gauche de la colonnade. // C'est là que M81" Casangian avait pris domicile pendant le concile du Vatican où il assistait comme archevêque d'Antioehe. Lue grande partie des moines de ce couvent avait pris parti avec lui pour les révoltés arméniens de < <mstantinople. Or, au moment de son départ pour Constanti-
(1) Le Vatican et les Arméniens (Rome, 1873), p. 8. (2i Sulla insurretione, etc., p. 13.
(3) Apostolici mini»terii, o avril 1870.