‹ Histoire du Concile du Vatican (volume 3)Chapitre 139 sur 152 · L AFFAIRE DES MOINES ARMENIENS 'C · texte numérisé non relu

L AFFAIRE DES MOINES ARMENIENS 'C

refusent d'obéir ; les religieux déclarent qu'on ne 'leur arrachera leurs supérieurs qu'en passant sur leurs cadavres ( i ) ; ils implorent la protection de Rustem-Bey qui s'adresse successivement au cardinal Barnabe, an cardinal Antonelli et au pape.

En considération de l'envoyé ottoman, le pape décide qu'on n'imposera pas aux supérieurs des Antonins la réclusion dans des monastères séparés, et renonce à ordonner des actes de force ; mais il exige que la visite apostolique du couvent se fasse : ce n'est qu'une mesure provisoire qui ne préjuge

data di 2.5 roi renie mese, ha ordinalo che ella si rechi subito nella cus<t di Sanla- Sabina,per ivi atlendere ai nanti spirihiali eserciii.» (Lettre de M" Jacobini à M" Gasangian, le 28 mars 1870.)

(1) Ces actes d'insubordination et d'entêtement, et d'autres qui nous restent à raconter, ainsi que toute cette opposition des moines à la bulle Revers u ru s, justifiaient abondamment les mesures de sévérité adoptées par la curie à l'égard des moines et vis-à-vis de M1' Gasangian ; on doit même s'étonner de la douceur avec laquelle Rome procéda contre eux. Friedrich invente, pour expliquer la conduite tenue envers M6' Gasangian, qu'il appartenait à la minorité, et avait prononcé, le 21 janvier, en congrégation générale, un discours qui avait mis en fureur la curie. {Geschichte, etc . t. 111, pp. 459, (319, 881.! Il n'\ a dans tout son récit que de L'imagination. Le discours de Mtr Gasangian, en particulier, ne contenait pas même un mot qui put lui taire lort. Bien loin d'\ parler contre la bulle Reversurus,il en l'ait, au contraire de son sentiment, un éloge démesuré. L'élection des évèques chez, les Arméniens l'amène à parler de cette bulle :« La bulle Reversants a introduit un nouveau système pour l'élection des évèques. Pour en apprécier la sagesse et l'opportunité dans les circonstances où nous nous trouvons, nous Arméniens, d'autres peuvent n'avoir que leur raison, mais l'expérience et la connaissance des faits m'ont mis à même d'en juger. Depuis le moment où cette constitution a été publiée, je n'ai pas cessé d'y voir le doigt de Dieu, d'\ reconnaître une sauvegarde contre le danger. Que de misères aurions-nous à déplorer si ces sages dispositions du Pape n'étaient pas observées ! Aussi, pour ce qui concerne le schéma actuel, je ne désire rien tant que d'en voir toutes les parties et les dispositions particulières s'inspirer de cette sage ordonnance dont je connais les résultats et dont je n'hésite pas à faire l'éloge. Que l'élection des évèques se fasse donc suivant ce système plein de prévoyance, que l'action du Saint-Père puisse s'y exercer en toute liberté, et qu'aucun intermédiaire n'en paralyse l'effet bienfaisant. A quoi servirait encore, en effet, cette sage ordonnance si l'on y joignait des préliminaires qui trop souvent et dans la plupart des cas, pour ne pas dire toujours, lui feraient perdre son efficacité, ut, tout en en conservant les formes extérieures, en supprimeraient ou en feraient négliger le fond essentiel? -»{Acta, etc., t. I, p. 28ô; voir ci-dessous l'appendice de ce chapitre).— Il y a lieu de s'étonner qu'un adversaire aussi convaincu de la bulle Reversurus en ait parlé dans ces termes ; mais il est bien certain que son langage n'a pas pu l'exposer aux persécutions de la curie. Le reste du discours n'était pas davantage de nature à déplaire.

ni la propriété ni la possession. Les efforts de Rustem-Bey restaient doue à peu près infructueux. Lorsqu'il proposa, comme moyen d'apaiser le nouveau schisme arménien, de revenir sur la bulle Reversants, d'obtenir de Mgr Hassun sa démission et de conclure avec la Porte un concordat, le pape lui répondit : « Me prenez-vous donc pour un homme sans caractère et sans honneur? J'ai posé des actes, je l'ai l'ait sérieusement, et rien ne me fera fléchir (i). »

Voici comment Friedrich raconte l'affaire des moines arméniens : « Les moines ayant refusé de recevoir le visiteur, on chercha le 3i mars à s'emparer de l'archevêque ; on espérait l'attirer en invoquant le prétexte d'une communication à lui faire. Mais sur ces entrefaites. M*-' Casangian tomba malade ; il demanda alors un congé pour raison de santé; on le lui refusa : les chefs de la Progagande lui firent entendre clairement qu'il ne sortirait pas vivant de Rome. 11 réussit cependant à leur échapper; la communauté arménienne quitta Rome les 28 et 29 avril, et lui-même prit la fuite le ier mai. Il échappa ainsi <c aux violences inqualifiables » dont il était victime depuis trois mois. — L'aimable majorité ne manqua pas de rendre les « gallicans », C'est-àdire la minorité, responsables de ces incidents peu honorables; aussi furent-ils pénibles surtout pour les évêques français de la minorité. N'est-ce pas la protection de la France qui les avait rendus possibles? Tandis qu'elle se flattait de remplir le « glorieux devoir » de « garantir dans une de ses plus solennelles manifestations la liberté religieuse, elle se trouvait donc mettre son bras au service d'une tyrannie cléricale (-2). » — On le voit : c'est toujours le même besoin maladif de glorifier les moines -révoltés contre leur supérieur, et de crier contre celui-ci à la cruauté et à la tyrannie.

(1) ÛLLIVIER, lOC. <it., |.. lilO M|.

(2) Friedrich, op. cit., III, p. >^1 sq.

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Friedrich garde le silence sm- la suite de cette résistance des moines. La voiei d'après Ollivier : Pie [X, renonçant aux mesures de rigueur primitivement décidées, n'avait imposé aux moines que la visite apostolique, qui ne pouvait

leur porter le moindre préjudice. M-1" Valenziani tut adjoint comme visiteur au Père Ignace, Passioniste, qui demandait à être relevé de ce^ fonctions, et en cette qualité, il lut chargé par le pape d'administrer et de réformer le couvent, ainsi que d'y établir un supérieur régulier pris dans la maison et dont il déterminerait les pouvoirs. Le 5 avril, il se présente chez les moines; il leur affirme que la visite n'a pas pour but de les supprimer, mais seulement de les ramener à l'obéissance due aux supérieurs ecclésiastiques. Les Anton ins, loin de l'écouter, ne permettent même pas la lecture du bref apostolique : « Ce qu'on leur propose, répondent-ils, c'est de se suicider: ils ne sauraient s'y prêter; qu'on les tue, si l'on veut; forts de leurs droits, confiants dans la bonté et la magnanimité du Saint-Père, même dans le cas où on ne les écouterait pas, ils ne cesseront avec une énergique fermeté de persévérer dans le petite, (juaerite, pulsate. » Le visiteur, repoussé, leur intime trois monitoires; au troisième, il se rend lui-même au monastère : M-' Casangian refuse péremptoirement de l'accueillir. A cet acte de révolte, M-1' Valenziani répond par un décret qui soumet le couvent à l'interdit local et les religieux à l'interdit personnel (28 avril). Alors, de toutes parts, on rapporte aux Antonins que la Propagande parle tout haut de ne pas s'en tenir là et d'en venir aux voies de fait; on les engage à déjouer ces menaces par la fuite; les évèques français de l'opposition se montrent particulièrement ardents à donner ces renseignements et ces conseils : les moines les accueillent et décident de fuir. De Constantinople, on leur avait envoyé de quoi subvenir aux frais du voyage ; M. de Banneville, l'ambassadeur français, leur délivre des passeports. Dans la nuit du 27 au 28 avril, le

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Père Ilanemian et ses moines arméniens quittent Rome; il ne reste que M*-'1' Casangian avec les Pères Ciragian et Ormanian; encore a-t-il l'intention de s'enfuir lui aussi (i).

Xous voilà donc assurés par Ollivier que les évèques français de l'opposition entretenaient l'agitation des moines en les mettant au courant des projets de la Propagande, et les pressaient de prendre la fuite : c'est une preuve bien suffisante de l'étroite union qu'ils avaient avec eux. Or, n'est-ce point là le reproche, qu'au dire de Friedrich lui-même (2), la majorité adressait aux évoques français de la minorité, prétendant que ces évèques encourageaient les Arméniens dans leurs entreprises schismatiques? // Le diplomate que nous avons déjà cité plusieurs fois et qui peut nous renseigner sur les sentiments de la majorité, écrit dans son journal, le 5 février, que les Arméniens et les Gallicans ont fait alliance, et que les premiers, notamment, ont été amenés par les intrigues de Msr Dupanloup, non seulement à nier l'opportunité des mesures prises par le pape au sujet de l'Eglise arménienne, mais aussi à contester, en général, le pouvoir souverain pour lui d'en édicter de semblables ; cela fut pour le pape un motif d'urger l'exécution de ses ordonnances ; il les aurait tempérées, si l'on n'avait mis en question que leur opportunité. La correspondance d'Urquhart avec M-' Dupanloup (3) prouve, du reste, que celui-ci avait, dès avant le concile, étendu son influence jusqu.'en Orient, et que le gouvernement russe, par exemple, s'était appliqué à répandre parmi les Grecs, soit schismatiques, soit unis, la lettre adressée le 11 novembre 1869 par l'évêque d'Orléans à son clergé, tandis qu'il avait interdit toute propagande en faveur des réponses qu'elle provoqua. Bans une lettre du 29 novembre, citée également par Urquhart. un missionnaire d'Orient se plaint que

(1) Oluvier, loc. cit., p. 272 sqq.

(2) Voir page précédente.

(3) Univers, 11 février 1870.

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