LA REVOLTE DES ARMENIENS-UNIS
communauté les fonctions ecclésiastiques du patriarche ; mais les fonctions civiles de cette charge furent confiées par le gouvernement turc à un des cinq prélats que consacrèrent bientôt après ces évêques dissidents.
Pour compléter notre récit, nous rappellerons que le patriarche légitime des Arméniens. M*-'1' Hassun, retourna à Constantinople après la quatrième session publique du concile. Non seulement il y fut accueilli par les Arméniens restés fidèles, niais le gouvernement turc le reconnut également pour leur patriarche. Avant la fin de l'année cependant, après la chute de Napoléon, il fut proscrit et se retira à Rome. L'avènement au trône, en 1876, d'un nouveau sultan qui proclama une amnistie, lui permit de retourner à Constantinople où il fut reconnu de nouveau comme patriarche des Arméniens. // Il gouverna son Eglise dans cette charge jusqu'en 1879, où il revint à Rome pour y être fait cardinal : il y mourut en 1884. Un grand nombre de néo-schismatiques étaient déjà revenus à l'Eglise catholique avant la fin de son patriarcat. Son successeur depuis 1881, Mgr Azarian, se donna beaucoup de peine pour ramener les autres, et il y réussit. Les dernières traces du schisme ne tardèrent pas à disparaître. Mgr Casangian et M61" Bahtiarian avaient fait leur soumission dès 1880 et 1881. Quant aux prescriptions de la bulle Reversiirus, Pie IN en 1877 et 1878, et Léon NUI en 1887, les ont considérablement adoucies.
Appendice au chapitre T e.
Une prétendue falsification du discours de Mv Casangian dans le compte rendu sténograpliique.
Nous avons donné dans le précédent chapitre, d'après le compte rendu sténographique, une partie du discours prononcé le 121 janvier en congrégation générale par M^'1 Casangian (i). Une copie de ce compte rendu sténograpliique ayant été publiée plus tard, Mgr Casangian en nia l'exactitude : ce qui fut mis à profit par les adversaires du concile pour contester en général la fidélité de ses comptes rendus sténographiques. Il vaut donc la peine d'examiner la chose de près.
A peine le nouveau schisme arménien eut-il pris naissance, qu'il surgit entre ses partisans et les Arméniens-unis une controverse où l'ou reprochait, entre autres choses, à M>'r Casangian (2) d'avoir dans son discours au concile fait un grand éloge de la bulle repoussée par les sebismatiques, et d'avoir
(1) Page 427, en (note).
(2) Voir, par exemple, Ja brochure qui a pour titre : Réponse ù la brochure nldulèe : Dernière réponse des Orientaux aux Occidentaux. L'auteur anonyme de
cet écrit se donne pour un Arménien catholique; son travail a été imprimé par l'imprimerie du Courtier d'Orient (1872). La brochure qu'il réfute était l'œuvre de M" Casangian.
LE Dix ni i;s DE M-1 CASANGIAN -139
avoué reconnaître en elle le « ili^ilus Dei ». Ce discours, disait-on, existait encore en sténographie aux archives du Vatican: et l'on ne tarda pas en effet à publier ce texte sténographique (i). //
Pour prendre la défense de Mgr Casangian, un des Antonins néo-sehismatiques, le moine Ormanian (2), fit paraître alors une brochure où il prétendit qu'au lieu d'un éloge absolu de la bulle, le discours du prélat arménien ne contenait qu'une appréciation bienveillante des effets qu'elle avait déjà produits à cette époque.
C'était là. disait-il, le sens manifeste de ses paroles, et pour le prouver, il donnait le texte manuscrit du discours que M-1' Casangian avait conservé après en avoir donné lecture au concile. Ce texte différait sur un grand nombre de points de la version sténographique récemment publiée contre Mgr Casangian, ce qui rendait manifeste que cette dernière version était falsifiée : Mgr Casangian y avait relevé pins de trente mutilations, altérations et amplifications (3).
(1> Souvenirs du Concile du Vatican, rappelés a M:/ Placule Casangian. Constantinople, imprimerie de Sedaï Hakiket, p. 7 sqq.
(2) Ormanian, Le Vatican et les Arméniens. Rome, 1873. —Ormanian faisait- partie du couvent révolté de Saint Grégoire à Rome. Il avait fait avec talent ses études au séminaire romain : il s'y était même distingué et avait eu l'honneur d'une soutenance publique de thèse- sur toute la théologie, en présence de Pie IX. Il avait accompagné M" Casangian dans sa fuite à Constantinople et était entré avec lui dans le nouveau schisme. Plus tard, au lieu de le suivre également dans <-d conversion, il passa à l'ancienne Eglise arménienne schismatique. Après y être devenu évêque, il monta de dignité en dignité et finit par obtenir le siège patriarcal des Arméniens séparés.
(3) Ormanian, loc. cit., p. 22C>. Friedrich s'est empressé naturellement (op. cit., t. III, p. 56, note 2; r[\ p. 459, note i) d'invoquer ce fait contre l'autorité des comptes rendus sténographiques du Concile du Vatican. 11 fut répondu à M" Casangian que le compte rendu sténographique méritait plus de créance que ses propres indications; ce qui est admis pour les comptes rendus des discours parlementaires. Mais Friedrich rejette cet argument sous prétexte que, dans les Chambres, chaque orateur vérifie le stënogramme de son discours, tandis qu'au concile les Pères ne purent jamais obtenir qu'il en fût ainsi. Nos lecteurs connaissent déjà la fausseté de cette allégation (voir page 15). Si M*r Casangian n'a pas revu le texte sténographique de son discours, c'est purement <a faute. Dans le Feslbuche zum funflen Stenographentage îles Gahelsbêrger
Nous avons donc eollationné la copie du discours de Msr Casangian donnée dans la brochure intitulée : Souvenirs du Concile, etc., avec le texte sténographique des archives du Vatican, et nous y avons constaté une foule de variantes et de fautes d'impression qui justifient bien les plaintes de Mgr Casangian : il y a vraiment grande divergence entre cette copie imprimée et le texte primitif de son discours. Mais ces divergences n'ont rien de coupable; ce sont seulement des méprises qui ne laissent à M81" Casangian et à Ormanian aucun droit de crier à la mutilation et à la falsification. Le sens du discours n'en est aucunement changé, et la copie fournit bien la preuve péremptoire, qu'on y cherchait, des grands éloges donnés en plein concile par Mgr Casangian à cette bulle qui servait maintenant de prétexte à son schisme.
Mais laissons là cette première copie. Le texte sténographique conservé au Vatican présente bien plus d'intérêt. Les adversaires du concile du Vatican, nous l'avons dit, ont profité de l'incident Casangian pour essayer de discréditer les comptes rendus sténographiques du concile. Or, la reproduction que fait Ormanian du texte du discours prononcé par MKr Casangian ne justifie en aucune façon leurs insinuations. Pour que chacun puisse s'en rendre compte, nous mettons en regard sur deux colonnes le compte rendu sténographique de ce discours et le texte qu'en a donné Ormanian : nous étudierons ensuite les divergences des deux textes.
Stenographenbundes (Vienne 1895), Kronsbein se livre aussi à des plaisanteries
sur la sténographie du Concile du Vatican, el il renvoie aux plaintes de M* Casangian. Contre la fidélité de cette sténographie, il apporte encore d'autres arguments. 11 cite, en particulier, les passages du Journal de Friedrich, où celui-ci parle des séances agitées du concile et du tumulte qui s"y produisit parfois: dans dételles conditions, il ne croit pas qu'il ait été possible aux sténographes de prendre fidèlement leurs notes. Mais il faut d'abord remarquer que Friedrich exagère le tumulte qui se produisit au concile. De plus, les sténographes ne notaient que ce qu'ils saisissaient. Si le bruit les empêchait parfois d'entendre, il écrivent : tumultus, non inteUigitur orntor ; en sorte que, malgré- le bruit, leur compte rendu esl exact.