ACCUEIL FAIT AU REGLEMENT
butions quotidiennes, sauf seulement les distributions dites entre présents. »
Tels sont les dix points du règlement tracé par Pie IX pour diriger la vie et les travaux du concile (i). Quelques-unes de ses prescriptions et expressions furent désapprouvées par un certain nombre de Pères et l'on ne tarda pas à demander au pape de les modifier. D'après Friedrich (2), certains auraient même été mécontents de l'initiative prise par le pape d'un règlement pour le concile. Nous ne trouvons pas trace de cela dans les documents que nous avons sous les yeux. Au contraire, les suppliques des Pères au pape pour obtenir quelques modifications du règlement prouvent indirectement qu'ils ne lui contestaient pas le droit de le dresser; ils le lui reconnaissent même en propres termes, nous le verrons. Toutefois, de ce que les Pères n'élevèrent aucune protestation// contre l'établissement d'un règlement par le pape (3), il ne s'ensuit pas que dans leurs conversations particulières, il ne leur échappa point quelques plaintes contre l'initiative prise
(1) Sur les motifs du pape et sur son droit de dresser lui-même un règlement avant d'avoir obtenu l'assentiment du concile, voir t. I, p. 505 sq.
(2) Gesckichte des Vatikan. Konzils, 111,86.
(3) Fessler {op. cit., p. 51) atteste aussi que les Pères n'ont point protesté contre l'initiative prise parle pape de dresser lui-même le règlement du concile. Après l'avoir cité. Friedrich (op. cit. p. 88) ajoute: « C'est l'ancienne tactique : on s'arrange pour rendre toute protestation impossible, et l'on invoque ensuite le l'ait qu'il n'y a pas eu de protestation comme une approbation de ses procédés arbitraires ». — Comment cela 1 En quoi a-t-on rendu toute protestation impossible? « En ce que, répond Friedrich, le pape ne recevait pas directement les communications relatives au concile, mais les renvoyait à une commission particulière nommée par lui, mais non existante encore pour le concile puisque les noms de ses membres n'étaient pas encore connus ». On pourrait répondre : S'il était exact que les plaintes contre le règlement eussent dû s'adresser à la commission dont parle Friedrich, il n'y aurait eu de ce côté-là aucun obstacle puisque les membres de cette commission furent connus dès la première congrégation générale, le 10 décembre. Mais cette commission n'avait pas à s'occuper des protestations de cette nature ; elle avait à recevoir les propositions des Pères pour le concile. Les protestations allaient directement au pape ou aux présidents de la congrégation générale. C'est au pape en fait que parvinrent les objections laites par les Pères contre certains points du règlement Ceux-ci
par lui sans consulter le concile. Plus tard, le 26 janvier 1870, dans une lettre à l'empereur Napoléon, M-1' Darboy, archevêque de Paris, exprime un certain mécontentement à ce sujet, mais il ajoute qu'il n'y attache pas une importance particulière (1).
Cependant plusieurs Pères souhaitaient qu'on modifiât certains points. Dès le 12 décembre, vingt d'entre eux adressaient une lettre au pape pour lui manifester quelquesuns de leurs désirs au sujet du règlement. Le premier des signataires était M8* Strossmayer, évêque de Diakovàr en Croatie: après lui venait Mgr Kenrick, archevêque de Saint- Louis. Les autres étaient presque tousdes évoques français, entre autres M-' Dupanloup, d'Orléans, M83" Place, de Marseille, et Mgr ( Jinoulhiac, de Grenoble. Loin d'exprimer aucun mécontentement de ce que le pape a donne un règlement, ils y voient, au contraire, suivant leur expression, une règle bien propre àassurer le succès du concile. «- Et comme, ajoutentils, la vertu suprême et la puissance invincible de la foi résultent de la parfaite et universelle union des esprits, Votre Sainteté a décidé en particulier que les projets déjà étudiés et préparés mais encore dépourvus de toute sanction de votre part, devraient être tous et dans toutes leurs parties, soumis à l'examen et au jugement des évèques. Le monde entier saura ainsi (pie les Pères jouissent de leur pleine et parfaite liberté pour discuter et définir les dogmes sacres et pour établir les règles des mœurs et de la discipline. » Après
savaient dune lort bien à qui s'adresser pour protester. — Friedrich dit aussi (op. cit. p. 189J que dans la seconde congrégation générale, M" Dupanloup et M * Strossmayer voulurent prendre la parole sur le règlement, mais qu'ils turent écartés : « On en parla beaucoup, alors, à Rome >■. M" Fessier, secrétaire du concile ne l'ait pas allusion à cet incident: le compte-rendu sténographique de la seconde congrégation générale n'en contient pas la trace non plus. Sur ce point, comme sur beaucoup d'autres, Friedrich n'a pas d'autres sources que les cancans de Rome.
(1) « il est difficile de soutenir que le concile ait toutes les apparences de la liberté. Il n'a pas t'ait son règlement, ce ne serait qu'un inconvénient médiocre, si les droits d'une assemblée libre y étaient assez, garantis >• (.'. V. lôôl b.
LETTRE AU PAPE SlTR LE REGLEMENT 59
cela, les Pères insistent sur l'importance de la liberté des délibérations conciliaires à notre époque surtout, ou tant d'esprits, des plus distingués parfois par leur puissance et leur science, sont imbus de préjugés hostiles à l'Eglise. Aussi aiment-ils à espérer que la congrégation chargée d'examiner les propositions des Pères voudra bien, suivant l'intention du Saint-Père, lorsqu'elle rejettera un projet, l'aire connaître aux Pères de qui il émanait, les motifs de ce rejet, et que ceux-ci seront autorises à se présenter en personne devant la congrégation pour y faire valoir leurs raisons. De plus, il serait à souhaiter qu'aux membres de la congrégation nommés par le Saint-Père il en fût adjoint d'autres dont le concile ferait choix.
Les auteurs de la lettre attirent ensuite l'attention du pape sur les quatre députations chargées d'examiner les difficultés qui surgiraient dans les congrégations générales. Il importait, au milieu de cette foule accourue de tous les pays, de connaître les hommes les plus capables et les plus à même de remplir cette charge, afin de ne pas s'exposer a les choisir à l'aveugle; il faudrait donc trouver un moyen de procurer cette connaissance; il serait également nécessaire, eu égard à la gravité de la matière et à la nature des questions qui surgiraient, d'augmenter le nombre des membres de ces députations et de les diviser en plusieurs sections, auprès desquelles les Pères auraient libre accès.// Ils recommandent aussi que toute question soumise à la congrégation générale soit d'abord soigneusement examinée par la dcputation.
En terminant, les suppliants expriment encore le vœu qu'à cause des circonstances présentes la loi du secret soit atténuée. Plus le concile s'envelopperait de silence, plus les méchants s'irriteraient contre l'Eglise. D'ailleurs, l'habitude constante a été, jusqu'ici, de discuter publiquement les questions les plus graves. Finalement et quelles que soient
les précautions prises, les délibérations des Pérès parviendront à la connaissance des ennemis de l'Eglise et seront exposées à leurs attaques ; il serait donc absolument nécessaire de permettre aux pasteurs de l'Eglise d'y répondre.
Le pape donna lui-même sa réponse de vive voix à l'un des signataires, M*-'1' Félix de Las Cases, évêque de Constantine, qu'il chargea de la transmettre à ses collègues. Elle manifeste la volonté du Saint-Père qu'on s'en tienne au règlement dressé et déjà promulgué. Au cas où l'expérience montrerait que telle ou telle mesure faciliterait et favoriserait les délibérations du concile. le pape était toujours prêt à l'adopter de la manière et dans la forme qui paraîtrait la plus convenable (i).
Une deuxième lettre adressée au Saint-Père au sujet du règlement du concile est datée du 2 janvier (2). En tète des 26 signataires se trouve le cardinal Schwarzehberg, de Prague. Les noms de M-'1' Kenrick et de M-1' Strossmayer s'y retrouvent aussi. Parmi les autres, nous citerons M8* Scherr, archevêque de Munich, M8* Deinlein, archevêque de Bamberg, Mgr Haynald, archevêque de Kalocsa, Mgr Forster, évêque de Breslau, Mgr Dinkel, évêque d'Augsbourg, Mgr Eberharâ, évêque de Trêves, M8* Ketteler, évêque de .Mayence, et M-1' Beckmann, évêque d'Osnabrûck.
C'est le second paragraphe, sur le droit d'initiative, qui l'ait l'objet de leur lettre. « Certains, observent-ils, interprètent cet article comme s'il ne reconnaissait pas aux Pères le droit de faire librement au concile les propositions qui leur paraîtraient utiles au bien commun et ne le leur concédait que comme par exception et sous forme de grâce. » La vie et la force de l'Eglise, poursuivent-ils, dépendent avant tout de la vie et de la l'orée du primat; aussi doit-on, avant
(2) Ibid. 1)17 b. sqq.