‹ Histoire du Concile du Vatican (volume 3)Chapitre 45 sur 152 · DISCOURS SUE LE SCHEMA H · texte numérisé non relu

DISCOURS SUE LE SCHEMA H

contraires. Quant aux erreurs que lui-même signale, il en voudrait dans le schéma une analyse détaillée et pratique, faisant saisir exactement les points où la lutte s'impose à l'Eglise. On pourrait faire observer ici à réminent orateur qu'il s'agit d'un schéma dogmatique, et que le côté pratique de la question est réservé pour d'autres schémas qui ont un tout autre objet, pour ceux, en particulier, qui traitent des affaires politico-religieuses. Les motifs qu'avaient eus les auteurs du schéma pour envisager principalement les erreurs professées dans les hautes écoles seront développés magistralement un peu plus loin par le théologien Franzelin, parlant devant la Députation de la foi (i). //.

Mgr Kenrick, archevêque de Saint-Louis parla le second. Il fut court : le projet ne lui plaisait point, parce qu'il était trop long et que sa forme s'écartait de la forme des décrets conciliaires. Les Pères pourraient choisir dans ces chapitres ce qui leur paraîtrait plus nécessaire; la Députation rédigerait ensuite cet extrait sous la forme d'une exposition de foi, qui serait soumise à la confirmation du concile (2).

Après lui se leva Mgr Tizz.ani, archevêque titulaire de Xisibe (3). Il était aveugle et dut parler de sa place. Plus de brièveté, dit-il; ce qui distingue les décrets des anciens con-

(i) Rome, raconte Friedrich (op. cit., p. 322), qui avait été fort ennuyée de l'attitude du cardinal Rauscher à l'o casion de la définition de l'Immaculée Conception, le redoutait et s'attendait à lui voir prendre à l'égard du schéma la même attitude qu'à l'égard de la huile de définition. « C'est ce qui arriva en effet, » dit-il. Et il résume en ces termes (d'après le Moniteur universel, dans Y Avenir i II, 28) le discours du cardinal : « 11 précisa les limites de la raison et de la foi, montra qu'il appartient à la raison de combattre les erreurs de la science et de la philosophie, et que le don de l'infaillibilité n'a été accordé à l'Eglise que pour définir les vérités de l'ordre surnaturel et condamner les erreurs qui y contredisent. Il conclut au rejet du schéma». Pas un mot de tout cela dans le discours de Rauscher. Friedrich recueille ainsi avidement tous les renseignements qu'il trouve dans n'importe quel journal sur le concile dès qu'il les croit propres à le faire déprécier : et ce sont des recueils de ce genre, remaniés d'après ses idées à lui, qui constituent « l'histoire » du concile.

(2) Acta, etc., 1,20 sq.

(3) Ibid., p. 21 sqq.

ciles, c'est leur brièveté et leur simplicité. Et, après en avoir donné la preuve, il propose encore quelques légères modifical ions de détail (i).

Mgr A-puzzo, archevêque de Sorrento, qui succède Mgr Tizzani, trouve que, sous maints rapports, le schéma est digne d'éloges : mais il a aussi quelques défauts: et il lui manque, par conséquent, cette perfection que requiert un décret d'un concile général. Le latin, d'abord, n'en est pas uniforme; tantôt flottant, tantôt dur. parfois obscur. De plus, on y sent trop ça et la un ton d'école; on croirait entendre un professeur dans sa chaire, plutôt que l'Eglise parlant en vertu de son autorité. Pourquoi ne pas imiter le style de Pie IX? Ce qu'il lui reproche encore, c'est d'avoir emprunté les titres de plusieurs chapitres aux erreurs mêmes qui y sont réprouvées. La disposition des chapitres ne lui plait pas non plus. On ferait mieux de suivre l'ordre de la Somme de saint Thomas ou des manuels de théologie. Il ajoute encore quelques autres critiques de détail, note en particulier certaines expressions qui semblent donner la préférence à telle ou telle opinion d'école et conclut en disant que ces défauts

(1) Friedricii [op. cit., p. 323) dit qu'après le rejet du schéma par M6' Kenrick et Rauscher on s'attendait à ce que M6' Tizzani, le prévôt militaire du pape, lui tût favorable et infirmât ainsi la critique des adversaires. Quant à lui, l'auteur d'une histoire des conciles « il compare les travaux des anciennes assemblée? de l'Eglise avec ce que venait d'imaginer le Vatican, et trouve que le schéma proposé ne contenait que des mots : verba verba, nil. nisiveiban. Ainsi parle Friedrich. Mais M'' Tizzani, lui, traite le schéma de « travail solide », dont « les auteurs méritent les plus grands éloges », qui « a été conçu avec beaucoup de sagesse». Il regrette seulement, comme l'archevêque de Vienne, d' •< y trouver des mots qui conviendraient mieux à un professeur enseignant dans sa chaire qu'à un concile général ». En sorte qu'il a, en effet, parlé de mots contenus dans le schéma, et dans ce sens là, Friedrich a raison : sa référence à son journal montre qu'il avait, en effet, appris quelque chose de ce qui s'était dit dans la salle du concile. .Mais ce que Tizzani n'a point dit. c'est que le schéma ne contint que des mots vides, ainsi que le prétend Friedrich : le langage, a-t-il dit seulement, nible trop à celui des professeurs en chaire. Et Friedrich avouera bien que ce n'est pas la même chose. — Il nous serait facile de poursuivre cette démonstration des erreurs commises par Friedrich dans ce qu'il rapporte des discours des Pères. Mais nous préférons nous en tenir là: mieux vaut faire connaître le contenu réel des discours et laisser là ces fantaisies.

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concernant les questions particulières seront faciles à corriger.

M-1 Spaceapietra, archevêque de Smyrne, partage l'avis des orateurs précédents, du dernier en particulier. Il ajoute que le style du début a besoin d'être refondu, qu'il Manque de la dignité nécessaire à un décret de concile. C'est par la douceur qu'il faut gagner ceux qui s'égarent, et il faut exposer La doctrine catholique plutôt qu'analyser les erreurs. En tout cas c'est par l'exposition de la vérité qu'il faut commencer et ne parler qu'ensuite des erreurs; dans la condamnation d'une erreur on doit noter exactement si elle est hérétique ou connue à l'hérésie, ou sinon, dans quelle mesure elle est condamnée. Il émet enfin le vœu que tous les schémas relatifs à la foi soient remis simultanément aux Pères : autrement comment jugera-t-on si l'on n'a point laissé de côté quelque point nécessaire à traiter.

L'orateur qui suivit, M81 Cajetan Pace-Forno, archevêque de Rhode et de Malte, commença lui aussi par exprimer sa satisfaction du schéma. L'ordre des matières, dont il fait un court résumé, lui paraît surtout à louer. Mais il critique le commencement du chapitre seizième ; on y accorde que l'état de pure nature est possible; et cependant des auteurs de marque en soutiennent l'impossibilité. Une modification s'impose donc. Deux ou trois autres points lui paraissent encore à reprendre, mais qui sont étrangers au schéma.: ils se trouvent dans les notes dont les auteurs l'ont fait suivre //.

Le dernier orateur qu'on entendit ce jour là fut Mgr Thomas Connolly, archevêque d'Halifax. Xi fond ni forme, rien ne lui plaît dans le schéma. Il ressemble à un traité de théologie bien plus qu'à l'œuvre dogmatique d'un concile œcuménique. On n'y trouve ni la brièveté, ni la clarté, ni la dignité de style qui caractérisent les conciles précédents; c'est le cours d'un professeur parlant pour des élèves plutôt que la parole solennelle du magistère divin s'adressant à tout l'uni-

vers. De plus et à la différence dos anciens conciles, il traite de omni scibili en théologie dogmatique, et il fait de toutes les spéculations dogmatiques au détriment de la liberté dans les écoles, autant de dogmes proprement dits. Le concile de Trente, lui, ne contient rien que ce dont l'hérésie d'alors rendait L'affirmation nécessaire. Le schéma, dit l'orateur, n'est donc ni à retoucher ni à améliorer; il est à enterrer avec honneur.

Ce mot de l'archevêque courut en ville et fut répété avec plaisir dans les cercles qui auraient enterré volontiers non seulement ce schéma, mais aussi tout le concile. Dôllinger se hâta d'en faire part au monde entier dans les « lettres romaines » de I'Allgemeine Zeitung (i); dès le lendemain du discours les esprits informateurs qu'il avait à Rome pour le servir le lui avaient transmis.

Ce discours clôtura la congrégation générale; il était une heure de l'après-midi.

Les débats reprirent le 3o décembre dans la cinquième congrégation générale. Il restait encore à entendre sept des Pères inscrits L'un d'eux, Mgr Moreno, évêque d'Ivrée, renonça à la parole (2). Mais dix autres orateurs la demandèrent (3) et le nombre s'en accrut encore dans la suite. Les six Pères inscrits pour la quatrième congrégation conservèrent leur tour et parlèrent les premiers.

Ce fut Mgr Vancsa, évêque de Transylvanie (4), de rite roumain, qui débuta. Pour le fond du schéma, il trouve seulement qu'on y pourrait retrancher deux ou trois points, mais la forme lui parait à retoucher ; ce pourrait être l'œuvre de la Députation de la foi, qui se ferait aider par les auteurs mêmes

(1) Voir Quirinus , p. 100.

(3) Ibid. 715a.

(4) Acta, etc., I, 33sqq.

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du schéma : ceux-ci ont acquis déjà par leur travail le plus grand mérite //.

MF Strossmayer, évêque de Diakovàr (i), succéda à MF Vancsa. Son premier discours avait déjà attiré sur lui l'attention; les suivants devaient y ajouter encore. Une certaine indépendance d'esprit, niais plus encore une liberté sans réserve à exprimer sans nul ménagement tout ce qu'il pensait et tout ce qu'il avait sur le cœur, formaient les traits caractéristiques de ce personnage. Très habitué au maniement de la langue latine, il avait puisé dans le commerce du grand orateur latin qu'il semble avoir étudié avec soin, non seulement l'élan oratoire mais aussi « l'ampleur cicéronienne ».

Après un court exorde l'évêque annonça qu'il parlerait d'abord de la formule d'introduction du schéma : « Pie, évêque, serviteur des serviteurs de Dieu, avec l'approbation du concile »; et qu'il examinerait ensuite le fond et la forme du schéma lui-même. C'était choisir pour la première partie de son discours une matière qui n'était nullement soumise aux délibérations du concile : cette formule, en effet, avait été adoptée d'avance par la Congrégation préparatoire d'accord avec le pape, par considération pour l'ancienne coutume des conciles que le Souverain Pontife présidait en personne (2).

L'orateur voudrait au contraire faire choisir la suscription dont s'était servi le concile de Trente. La première raison qu'il fait valoir pour cela, c'est que l'union et la communauté des sentiments existant entre le chef suprême de l'Eglise et l'épiscopat, se manifesteraient ainsi dans toutes les parties de leur œuvre commune. Il s'étend longuement sur l'importance pour le concile et l'Eglise de cette union des

(1) Ibid.,36sqq.

(2) Voir 1. 1, p. 492. Cf. ci-dessus, p. 56.

sentiments entre le chef et les membres; tout en protestant contre l'idée de porter atteinte aux droits du Siège Romain, il insiste aussi sur la nécessité de conserver intacts ceux des évêques. A ce propos il rappelle le concile des apôtres à Jérusalem. Saint Pierre y occupe assurément la première place; mais les autres n'en ont pas été exclus, et le décret rendu en commun porte comme titre : Il a plu au Saint- Esprit et à Xous //. D'autre part, ce scia aux évêques qui font maintenant les décrets de les emporter avec eux après le concile dans leurs diocèses et de les y inculquer au cœur de tous les fidèles. Cette tache leur serait rendue bien plus facile si les résolutions prises a la suite du travail commun portaient toutes leur nom à tous.

De plus, ajoute l'orateur, on ne saurait nier que les peuples les plus cultivés sont aujourd'hui irrésistiblement portés à traiter et à régler d'après l'opinion de la communauté les affaires et les droits de la communauté. Je ne saurais pour ma part désapprouver cette aspiration des peuples à la liberté.

La liberté en effet, si certaines lois la limite, développe chez les peuples le sentiment de leur responsabilité; elle accroît leur activité et leur force morale pourvu seulement qu'ils conservent intacte la sainteté de la foi, que la loi chrétienne reste la règle de leur vie et de leurs mœurs, et que les hommes se souviennent que cette loi les oblige dans leur vie publique comme dans leur vie privée. Et cela je crois qu'il appartient à l'Eglise de l'annoncer aux peuples; c'est dans leur liberté qu'elle trouvera elle aussi, à mon avis, cette liberté et cette indépendance dont elle a besoin pour accomplir sa mission. Mais quoi qu'il en soit, l'évidence s'impose que, étant donné cet entraînement vers la liberté, les résolutions du concile que nous aurons à communiquer à nos populations y seront accueillis avec bien plus de joie si au lieu d'un seul nom, quelque grande autorité dont il puisse

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jouir, elles leur sont promulguées au nom de rassemblée dé l'Eglise universelle.

11 faut ajouter que non-; sommes tous depuis notre enfance habitués à la formule usitée au concile de Trente. Elle nous a comme passé dans le sang. Est-il prudent d'abandonner cette antique formule? l'innovation ne risque-telle pas de Choquer? (i) Et l'orateur avoue que pour lui, il était tellement habitué à la formule dé Trente, qu'à la première lecture du schéma il s est senti froissé et s'est demandé pourquoi l'on avait bien pu vouloir changer. Les motifs allégués par les auteurs du schéma n'avaient pas réussi à le convaincre : et cela pour trois motifs, l'un général, les autres particuliers. Et d'abord les formules des anciens conciles si vénérables soient-elles, ne sauraient limiter les décisions de l'Eglise. Secondement ces formules émanaient de conciles que le pape avait présidés lui-même en personne; or, c'est d'une tout autre manière qu'il préside le concile actuel //, il n'assiste pas aux congrégations générales, il n'est présent qu'aux sessions publiques. Après avoir largement développé à sa manière ces deux premiers motifs, l'orateur allait énoncer le troisième : Tertio etiamsi ri ici posse. . lorsque retentit la sonnette du président (2). C'était le premier président, le cardinal de Luca, qui l'interrompait, tandis que l'autre président, le cardinal Capalti se levait aussitôt pour prononcer le discours suivant (3), pendant lequel l'orateur s'assit à la tribune.

(1) Cf. ci-dessus, p. 71 sqq.

(2) Hic ab F."1" primo prœside C<ird. de Luca data campannlœ siyno a«surgit Emus Card. Capalti alter ex prœsidibus et hœcverba profert ora'oremox consid nie in ambotie. — Acta, etc., I, 40 sqq.

(3 »hn primus Prcescs mihi veniam dédit loquendi, ciun necessc si>, aliquid animadvertere de sermone »d 1 os habilo a W"" Pitre Episco/ o Bosniens! et Sirmiensi. In koe augusto Pétri lemplo, cumin ejus tineribus drdecet verba loc/u.i quœ Apostotica- Sedis juribns derogare videanlur, Quàpropler necesse omnino es/, ut Poires, qui locum hic habent, d'beont de iis Inr/ni, quœ iis proposita sunt a Romano Ponlifice, nec

« Son Eminence le premier président m'a permis de prendre la parole parée que le discours que vient de von> adresser Mgr l'évêque de Diakovàr rend quelques observ; tions nécessaires. Dans ce temple auguste de Pierre, en l'ace de ses cendres, il ne convient pas de tenir un langage qui paraisse restreindre les droits du Siège apostolique. C'est pourquoi il est absolument nécessaire que les Pères siégeant ici parlent des questions qui leur sont proposées par le Pontife Romain sans en aborder d'autres toutes différentes. Il s'agit en ce moment du titre de la Constitution : le Révérendissime Père voudrait le changer de manière à avoir au lieu de Constitutions des canons et des décrets rendus

ditagari ad alias quœslionet omnino diversas Hic agilur de titalo Conslitulionis, quem Reverendissimus Pater Episcojius Bosniensis et Sirmien*ii immutare vellet, adeo, ut loco Conslitutionum deberenl fieri cunones et décréta communi nomine totiu» Concilii Duo in lioec animadverto : primum est, quœ sancita jam fuerunt Litterià Aposlolicis SS'"' Domini Nostri, non po>se in quœstionem adduci. Jam vero in iisdem Lilteris Apnstolicis sancitum iam est. omnes Constitutionté, quœ edeiulœ sunt ab /tac sacrosancta Synodo œcumenica, inscribi debere nominc Summi Pont ficis sacro ajiprobante Concilia : in qua forma dum Summus Pontifex demonstrat suit m Primalum in universant Ecclesiam, uno eodemque tempore admiltit, niliil ex se factre, sed sacro approbanle Concilio, adeo ut nomine etiam sacrosnncti Concilii loquutur. Animadvertû secundo : in iis quœ Ecclesia cal/iolica in usu alias habuit, non lictrr nobis re( edere a vestigiis sanctorum Palrum. Jam vero in omnibus œcumenicis Cunciliis, quibus prœfuerunt Romani Pontifices, semper Comlituliones édita- sunt nomine ejusdem PontifJcis,qui prœfuit sacro approbante Concilio. Eopropltr nihil video, cur liic in quœstionem adducatur tttulus Conslitulionis. Placel hic titulus .- est saeer eo, quod a Rumano Poiitificejam statutus sit, saccr to, quod innilalur l'eleri Ecclesia- consuetudint. Quaproptr non video necessitatem liujus quœslionis hoc momento inserendœ, quœ omnino exlranea est a Constitutions, quœ exhibtta Palribus fuit, ut omnts dicere libenteri [sic ! = libe e?J show sententiam postent. Hue liberlas in eo constHuta est, ut quilibet pro sua conscienlia debeat dicere, num aliquid notandum sit in ( onslilutio c. num aliquid omissum forte fuerit. quod ad commune»/ populorum utiilalem posait con ferre, num locutiones ejusmodi sint, ut aliquid inexactum contineant, num siilu< immulari debeat, num errort» exacte fuerint expositi, num doclrina cathoLca aliquo »wdo aliquid habeat quod desidirandum si/, et celé- a huiusmodi. At vero in eo quod ait net ad litulum Conslitulionis nos Prasides (loquor nomine t.mnium) udmitlere omnino non possumus quœstionem a Reverendissimo Paire institutam tti/jtr amolionem Indus tituli. Hœe dixi, quia nobis omnino munus incumbil imposilum est, ne extra quœstiones proposilas omnino vagari liceat. Nunc polest R'"s Pater prosequi sermonem suuin. — Acta, etc., I, 41 son.

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INTERRUPTION DU PRESIDENT -12t

au nom de tout le concile en général. Je fais ici deux remarques : premièrement, ii n'est pas possible de mettre en question ce qui a été réglé par les lettres apostoliques de 8a Sainteté. Or, ces lettres ont déjà décidé que toutes les Constitutions de ce saint concile porteraient comme suscription // : « Au nom du Souverain Pontife avec l'approbation du suint concile », formule qui, tout en affirmant la primauté du Souverain Pontife sur l'Eglise universelle, admet cependant qu'il ne fait rien de lui-même mais bien avec l'approbation du concile, au nom duquel également il prend la parole. Secondement, dans ce qui touche aux anciens usages de l'Eglise catholique, il ne nous est pas permis de nous écarter de la voie des saints Pères. Or, dans tous les conciles œcuméniques présidés par les Pontifes romains, les Constitutions ont toujours été promulguées au nom du Pontife président avec l'approbation du concile. Vraiment je ne vois point pourquoi le titre de la Constitution est mis eu question. Ce titre doit rester : il est sacré à cause du Pontife Romain qui l'a choisi ; il est sacré à cause de l'antique coutume de l'Eglise à laquelle il a été emprunté.

» Je ne vois donc pas la nécessité d'introduire ici cette question; elle est complètement étrangère à la Constitution. Celle-ci a été proposée aux Pères pour que tous en donnent librement leur avis ; liberté qui consiste à faire connaître ce qu'au jugement de sa conscience chacun croit devoir faire remarquer dans la Constitution : y a-t-on omis quelque chose d'important pour le bien commun des peuples; y a-t-il des inexactitudes dans les expressions employées ,'/; faut-il en modifier le style ; l'exposé des erreurs y est-il exact ; y a-t-il dans l'exposé de la doctrine catholique quelque chose qui laisse à désirer; et autres choses semblables. Mais pour ce qui regarde l'en-tête de la Constitution, nous ne pouvons pas, nous Présidents (je parle au nom de tous), admettre la question posée par le Révérendissime Père au sujet de sa

suppression. Si j'ai pris la parole, c'est que notre charge nous impose le devoir de ne pas permettre que l'on s'écarte en quoi que ce soit des questions proposées. Maintenant le Révérendissime Père peut reprendre son discours. » On entendit quelques Pères dire à voix basse Placet.

M81 Strossmayerse leva alors de nouveau : «Je dois ajouter, dit-il (i), aux paroles de Son Eminence le cardinal président, que je n'ai rien dit, / et j'espère, quelle que soit leur opinion et leur avis, qu'aucun des Vénérables Pères ne m'en refusera le témoignage, que je n'ai pas dit le moindre

(1) lis, que K""'s Cardinalis Prœsts diiit, adjungere debco, me nihil dixisse, et spero, quod hoc (eslimonium mihi omîtes Venerandi Patres cujuscumque demum sint opinionis et sententiœ, mihi, inquam, hoc testimonium denegaturi non sint, quod vel [sic !] minimum dixerim, quod cum pietate,^everentia, devotione S. Sedi Aposlolicœ débita non ]>os<it conjungi; et déclara, poste me, quanquam dignus nonsim, in hac Congri gatione Ma magni Bosueli verba proferre, qvœ habet in sermonesuo de unilate Ecclesiœ : Lingua arescat, lingua mihi m faucibus exarescal, si quid unquam intentions quadam sin slra dicturus sim, quod juribus S. Sedis derogare passil ; inanus mihi exai escant ambœ, si quandocumque hac de re i cl cogita te ri m. Utus sum ca libertate. quant ego in discussionibus t oslris absolute necessariam esse duco, et qw.dem adeo net essartant ut ego omni cum humililute dicam hue in re, non lantum ea, quœ forsan posstnt aggeri, non tanlum iltud, quod fundalum sit, sed hac de re dicam quidquid probabil iter fingi hue rtspeclu paie»/, ut ne fingatur, evitetur. Nam sciendum nobisesl. quod ea, quœ hic dicturi sumus, in publicum poslen renient, it excip entur non lantum a piis et obœ iientibus filtis au' a viris amicis nabis, sed etiam inim eis, et hiinde occasionem sumeni ralumniandi et t a, quœ dtximus, in suspicionem inducendi, populos ab obœdientia avocandi, immo vero infidelitatis viras inspirandi enrdibus fidelium. Quœcumque dixi, diai ca inlentione et anima iDtus et Spirilu-s Sanctus, qui nobis ass s'il, testis est*, ut ea, quœ in Sgnodo dclerminantur per nnan ment et mutuam citsensionem, cum exteriori quoque sua forma fièrent tanquam acies Ecclesiœ bene or dîna ta iclibus omnium iwmicorum impervia : ego hoc anima, hac mtentione dixi ul Ecclisia in omnibus nostris dccisionilms et iif omnibus n< slri operis part bus eam unionem et consens oncm ferai, quœ adeo necissaria tsl imprimis mundo in frartiones et h Ifa discisso, cui nus hicprœbere remédiant obligati sumus ; ut Ecclesia appareal tanquam domus in alto postta bene ordinata, bene conjuncta sanctis car tulis et obœdienliœ vtneulis ; ut populi perlœsi earum controversiarum, contenlionum, hellorum, quitus discinduntur in dies unum se sentiaut in hac sancta domo ; ut perlœsi calamitatum et miseriarum, in ea refugmm non tanlum œternœ veritalis et justitiœ, sed etiam pati*. i ru nquill ttatis, frut>rnte cartlatis et evangelicœ liber tatis inventant, et omnium illorum bonorum sericm, quœ Dei mua ère obtinere debent omnes, ut in nublica et pr vnla v la felicess nt. — Acta, etc., 1,42 sqq.

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mot incompatible avec la piété, le respect, le dévouement «lus au Saint-Siège apostolique; je crois pouvoir, sans en être digne, m'approprier dans cette congrégation les paroles célèbres du grand Bossuet dans son sermon sur l'Unité de l'Eglise : « Que ma langue se sèche et demeure immobile dans ma bouche si jamais je parle dans l'intention de déroger aux droits du Saint-Siège ; que mes deux mains se raidissent si jamais il m'en vient la pensée ». Et l'orateur déclare ensuite n'avoir fait qu'user de la liberté qui lui parait nécessaire pour prévenir les attaques dont le concile sera l'objet. Les résolutions du concile seront prises parles Pères en commun : pourquoi ne. pas leur donner aussi une forme attestant qu'elles sont l'œuvre de tous : de la part d'un monde divisés en un si grand nombre de partis, on leur assurerait ainsi un accueil bien plus favorable.

Laissant alors le titre sur lequel il n'est pas autorisé à parler, l'orateur passe au schéma lui-même. Il propose de le transformer et de le refondre complètement. Les auteurs, hommes doctes et pieux, animés des meilleurs sentiments envers l'Eglise, méritent d'être félicités; mais leur vie s'est passée dans l'école, et les difficultés et controverses de l'école leur sont plus connues que celles de l'Eglise. Plusieurs des erreurs qu'ils combattent ont vieilli; les hommes qui les ont soutenues, Erohschammer par exemple,, n'ont aucune importance et c'est leur faire beaucoup trop d'honneur que de les nommer dans un concile. C'est contre la propagation des erreurs qui s'attaquent à toute religion que le concile doit songer à prendre des mesures. Et pour cela il n'est pas besoin de nouvelles définitions. La réforme du schéma doit être confiée à une commission particulière composée d'évèques remplissant un ministère actif dans le monde, particulièrement de ceux qui ont leur siège dans les métropoles, et qui ont pu de leurs yeux voir à l'œuvre les maîtres de l'erreur et déjà se mesurer avec eux; au cas où ce

projet n'agréerait pas, du moins que la Députation de la foi déjà nommée se charge de ce remaniement du schéma //.

Dans la forme, qu'on supprime les expressions trop dures et qu'on témoigne aux égarés cette douceur que le Christ, par son exemple, nous a si instamment recommandée.

Tel est le discours de M6* Strossmayer ; nous l'avons analysé en détail; nous en avons même, pour le passage qui l'ut interrompu, reproduit le texte mot pour mot, tel qu'il fut pris par les sténographes : il le fallait, à cause des diverses erreurs qui ont eu cours à son sujet. Xous n'entreprendrons pas de le réfuter, ayant déjà l'ait connaître les motifs qui justifiaient la formule dont Mgr Strossmayer demandait la modification, ainsi que le droit du pape de faire lui-même le règlement du concile (i). On comprend, dès lors, qu'il n'y ait plus à entamer une discussion à ce sujet. Il n'est point vrai non plus que l'orateur ait été arrêté, ainsi qu'on l'a prétendu, dès qu'il aborda cette question ; il y vint dès le début et en parla assez longuement. Après avoir amplement développé les motifs de préférer l'en-tête adopté par le concile de Trente, il avait exposé pourquoi les raisons alléguées par les auteurs du schéma en faveur d'une autre formule ne le satisfaisaient point ; et c'est alors seulement, comme il abordait le troisième motif de sa desapprobation, que retentit la sonnette du président.

C'était le devoir des cardinaux-présidents d'empêcher la discussion de s'égarer ainsi; on doit même s'étonner qu'ils ne soient pas intervenus plus tôt; c'est par l'indulgence, d'ailleurs bien connue, et par la douceur du premier président, le cardinal de Luca (2), que cela s'explique. Le cardinal

(i) Voir t. I, pp. 492 sqq. et 501 sqq. Ci-dessus, p. 71 sq.

(2) L'auteur de cet ouvrage a entendu peindre le cardinal de Luca par des personnes qui l'ont bien connu, comme un homme très réservé, quelque peu timide, ('"est pour ce motif que le cardinal Capalti aura pris la parole à sa place.

DISCOURS SUR LE SCHEMA 12o

Gapalti, voyant la nécessité d'une intervention énergique, doit lui avoir fait remarquer qu'on devait interrompre l'orateur. C'est lui et non point le premier président, qui prit la parole; aussi est-ce à lui-même qu'on attribua l'interruption, et l'a-t-on accusé dans cette circonstance d'avoir pris une initiative déplacée.

Le compte rendu sténograpliique que nous avons donné de l'incident, suffit à réfuter ces allégations. Il est faux également ipie Mgr Strossmayer ait, comme on l'a dit, quitté la tribune sans continuer son discours. lia, au contraire, parlé encore assez longtemps, aussi longtemps même qu'il l'avait déjà t'ait avant d'être interrompu /.

Le discours de Mgr Ginoulhiac, évêque de Grenoble (i), fut encore plus défavorable au schéma que celui de Mgr Strossmayer. Il ne suffit pas de l'améliorer sur certains points, d'après lui, il faut le remanier tout entier. Il blâme, en premier lieu, que, dans les deux premiers chapitres, on ait commencé par condamner les doctrines au lieu d'exposer la vérité catholique contraire. Le schéma, en second lieu, définit plusieurs doctrines qui, pour être admises généralement par les théologiens, n'ont cependant peut-être pas le degré de certitude nécessaire pour être transformées ainsi en dogmes catholiques s'imposant à la foi de tous. Troisièmement, le schéma n'offre pas un ordre vraiment logique ; enfin, la forme et le style ne conviennent guère pour un décret de concile.

Mgr Caixal y Estrade, évêque d'Urgel, parla le dernier dans la cinquième congrégation générale (2). Son discours fut long et entra dans beaucoup de détails ; lui aussi conclut à un remaniement du schéma.

L'opposition que plusieurs Pères témoignèrent contre le

(1) Acta, etc., p. 47 sqq.

(2) lbid.,p.53sqq.

i-2G HISTOIRE DU CONCILE DU VATICAN

schéma, trouva, d'un certain côté, un chaleureux écho. « On se répandit en louanges, dit lord Acton (i), disciple et ami de Dôllinger et qui se trouvait à Rome pendant le concile, en faveur des évèques qui avaient eu assez de courage, de science et d'usage du latin, pour adresser la parole à l'assemblée des Tères. Le concile gagna en estime et en considération dès le jour où l'on fut assuré qu'il y aurait réellement délibération. » — C'est une allusion aux critiques faites par quelques-uns contre le schéma. — « Le 3o décembre, poursuit-il, Rome s'agita en apprenant le succès de deux orateurs. L'un d'eux était l'évèque de Grenoble, l'autre M?1' Stross mayer, cet évèque des confins de la Turquie, qui s'en était pris au règlement du concile et s'était fait retirer la parole par le cardinal président. La réputation de son talent et d son éloquence commença dès lors à se répandre dans Rome et bientôt après dans l'univers entier. »

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La sixième congrégation générale se tint le 3 janvier 1870 : on y annonça la mort de quatre membres du concile (2). L'un d'eux était le cardinal Charles de Reisach, premier président de l'Assemblée //. La maladie l'en avait tenu éloigné, et il était mort en Suisse, le 23 décembre précédent. Pour lui succéder, un bref du pape du 3o décembre, nomma le cardinal de Angelis, archevêque de Fermo, qui fut proclamé dans cette sixième congrégation le 3 janvier.

11 restait encore à entendre douze des Pères qui s'étaient déjà l'ait inscrire pour prendre la parole; encore Mgr Moreno, évêque d'Ivrée, avait-il, aux applaudissements de l'assemblée, renoncé à son droit (3) afin de ne pas répéter ce que d'autres avaient dit et de ne pas prolonger outre mesure la discussion.

(1) Zttr Geschichte des Vattkan. Kon&ils,p.l3.

(3) Acta, etc.,p, 67. Cf., ibicl., p. 15.

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