‹ Histoire du Concile du Vatican (volume 3)Chapitre 47 sur 152 · DISCOURS SUE LE SCHEMA · texte numérisé non relu

DISCOURS SUE LE SCHEMA

lieu. Le cardinal Trevisanato, patriarche de Venise (i), l'ouvrit. Son discours fut plein d'éloges pour le schéma (2); il demanda cependant d'ajouter encore d'autres changements à ceux déjà proposés.

Le patriarche arménien de Cilicie, Mer Hassun, qui lui succéda à la tribune (3), s'exprima en un latin remarquable et fit preuve d'un savoir aussi profond qu'étendu. Il émit le vœu que dans la doctrine de l'Incarnation on condamnât aussi le monophysisme qui survivait encore en Orient et qu'on renouvelât pour cela les décrets du concile de Chalcédoine. Il serait bon aussi de confirmer au moins indirectement l'œcuménicité et l'autorité du concile de Florence. Dans une note du chapitre quinzième (4), les auteurs du schéma se demandaient s'il était à propos d'y énoncer la création immédiate par Dieu de l'âme humaine. A la différence des orateurs précédents, Mgr Hassun est ici pour l'affirmative, à cause du mal produit par l'erreur du traducianisme. La question peut bien être encore discutée dans quelques écoles; mais ce n'est pas un motif pour renoncer à une condamnation; les papes et les conciles n'ont-ils pas pour mission de trancher les disputes d'école quand elles fraient la voie à une erreur? Quelle que doive être l'autorité de saint Augustin, il est permis d'y passer outre pour soutenir une doctrine que confirme la tradition constante de l'Eglise.

L'orateur fait encore deux ou trois remarques sur les

(1) Ibid.,p. 84 sqq.

(2) En voici les premiers mots : Consiileranli mihi ac mattc'O examine ad trutihiiiii revocanti proposition nobis schéma Constitulionis dogmaticœ de doclrina ealitolica, ea subiit senlentia, plurima in illo esse ]>rœclara et sunima lande commendanda. Tanla enim schéma exaralnm est sapientia et tanla prœsertirn in notis eniditionis copia, ut nostrorum temporum mulliplicia per illud errorum portenla penilu-i conjodiantur et illorum radiées penitus eradicentur. —D'après Friedrich, (op. cit., p. 353) le cardinal aurait parlé contre le schéma.

(3) Acta, etc., p. 87 sqq.

(4) C. V. 545 a. sqq.

explications jointes au schéma par ses auteurs; puis il propose au concile de faire dresser un sommaire général de tous les dogmes catholiques définis jusqu'ici : suivent les motifs à l'appui de ce projet.

Les débats se continuèrent, le 4 janvier, dans la septième congrégation générale. On y entendit onze orateurs. Mgr Bernadou, archevêque de Sens, qui parla le premier, demanda une exposition claire et digne de la doctrine catholique ; il voulait de la douceur dans les termes et qu'on s'abstînt de définir les opinions pour lesquelles il y avait jusqu'ici liberté de discussion. Il proposa également de donner à tous les Pères accès aux séances des députations (i).

M-'1 Doney, évêque de Montauban, fit lire son discours par Mgr de Dreux-Brézé, évêque de Moulins . Il était favorable au schéma, mais désirait qu'on commençât par exposer la doctrine; la condamnation des erreurs viendrait après. A celles que réprouvait le schéma, il demandait aussi* d'en joindre d'autres, comme le panthéisme idéaliste, le positivisme, la morale indépendante du dogme, le spiritisme en tant qu'il enseigne la transmigration des âmes et nie l'existence des esprits du mal, le criticisme et le rationalisme tempéré. Nous omettons quelques observations de détail (2).

M-1 Jacques Baillés, ancien évêque de Luçon, propose quelques petites améliorations à faire au schéma, puis il insiste sur les mesures à prendre en faveur delà Vulgate et qu'il faudrait renvoyer à un autre schéma (3).

M-1 Gandolfi, évêque de Corneto, considère d'abord rapidement les opinions émises par les Pères au sujet du schéma en question (4). Et d'abord, quelques-uns en veulent aux

(1) icta, etc. , p. 95 sqq.

(2) Ibid., p. 98 sqq.

(3) Ibid., p. 101 sqq.

(4) Ibid., p. 108 sqq.

DISCOURS DE MK!' GANDOLFI 131

schémas en général ; on dirait qu'ils y voient des espèces de traités où ils auraient à apprendre, en écoliers, des doctrines fehéologiques. Cependant, dit-il, les schémas sont nécessaires : sans eux, étant donnée la quantité des matières à traiter, on ne saurait pas même par où commencer. C'est ce qui a t'ait perdre tant de temps au concile de Trente. Mais les schémas n'ont pas pour but d'instruire les docteurs de l'Eglise... Secondement, la nécessité générale des schémas une fois reconnue, il n'y a pas de motif pour rejeter celui qui leur est présenté. On parle de ses défauts, mais ils peuvent disparaître. Un schéma ne saurait être parfait sous tous les rapports, ce Est-il permis, dit-il, de le vouloir si parfait, qu'il réponde aux désirs de 700 Pères ou plus, dont la science et la sagesse éminentes leur fera toujours trouver quelque chose à ajouter, à retrancher ou à rejeter? Qu'on vous propose aujourd'hui un nouveau schéma : nous entendrions aussitôt y faire de nouvelles observations et de nouvelleobjections qui absorberaient notre temps et nous écarteraient du but que nous poursuivons. Souvenez-vous, Révérendissimes Pères, qu'il est plus facile de détruire que d'édifier, et que, suivant le mot d'un orateur, il est plus aisé de réfuter les opinions d'autrui que de prouver les siennes. / C'est pourquoi, me semble-t-il, il est contraire à toute bonne logique de tirer une conclusion générale de prémisses particulières, et parce que l'on a fait sur le schéma certaines observations de détail, de vouloir en tirer, ainsi que le font quelques-uns, cette conséquence par trop générale qu'il est tout entier à refondre, à rejeter, a enterrer. » L'orateur propose de soumettre les observations qui ont été faites à un examen de la commission des théologiens : on ne tarderait pas alors à constater qu'elles n'avaient point la consistance qu'on leur croyait. Il ne veut pas nier toutefois que le schéma n'ait besoin de quelques modifications au sujet de la langue, des opinions d'école et des

erreurs à condamner : çà et là la langue est trop simple, et certaines doctrines un peu dures qui ont été enseignées dans «les écoles catholiques ne devraient pas faire l'objet d'une censure. Quelques-unes des erreurs qu'on y condamne ont vieilli et ontdéjàété frappées d'anathème.

Le discours bref et clair de M81 Martin, évéque de Paderborn, éveilla un intérêt tout particulier (i).- Il se prononce résolument pour le schéma. Mais, dit-il, approuver l'ensemble du schéma n'est pas y tout approuver. Le respect dû au Saint-Père qui l'a fait présenter ne permet pas, croit-il, de le rejeter complètement. Liberté a été donnée par le pape de l'examiner et de l'amender, mais non de le repousser. Du reste, il n'y découvre aucun défaut considérable. Ceux que les orateurs y ont signalés jusqu'ici peuvent se réduire à trois :

On a dit d'abord que le schéma ne contient aucun remède pour les maux de notre temps. Mais, répond Mgr Martin, on ne nous a encore proposé qu'une petite partie des matière^ à traiter par nous; attendons patiemment ce qui suivra. Ce que nous avons déjà reçu donne confiance pour l'avenir; le schéma que nous avons entre les mains répond, en effet, parfaitement à son titre : l'hérésie moderne d'où découlent une multitude d'erreurs, le matérialisme et le rationalisme sous leurs diverses formes, s'y trouvent détruits jusque dans! leurs l'ai -in es.

Le schéma, a-ton dit, en second lieu, fait trop de placé aux besoins de l'école, pas assez aux besoins du peuple; et la langue manque d'onction. Mais ne faut-il pas tenir compte de ce fait (pie l'école a rompu aujourd'hui avec l'Eglise et qu'elle propage les pires erreurs. L'Eglise, cependant, est obligée d'appliquer le remède où est la plaie ; . Comment guérir le peuple tant que les écoles lui inoculeront l'erreur!

i I ' Acta, >■),■., p. 112 sqq.

DISCOURS DE Mgr MARTJN -133

S'attacher aux vices <le l'enseignement, c'est donc pouf l'Eglise pourvoir aux besoins du peuple. Or, la conséquence de cela, c'est qu'il lui faut se servir du langage de l'école; les conciles, d'ailleurs, lui en ont déjà donné l'exemple; pour exprimer les dogmes plus exactement n'ont-ils pas emprunté à l'école les termes de personne, de substance, de consubstantiel, de transsubstantiation, de forme substantielle, de forme et de matière? Ce n'est point par la pompe et l'onction du langage qu'ils ont cru pouvoir déraciner l'erreur.

Troisièmement, on a critiqué la longueur du schéma. Mais, répond l'orateur, les anciens conciles, au lieu d'avoir affaire aux écoles des savants, n'avaient le plus souvent à s'occuper que des inventions de quelques personnes isolées et sans instruction; il ne s'agissait point pour eux de rejeter ou de réfuter des systèmes. En outre, ces chapitres si courts des anciens conciles deviennent souvent l'objet de grandes controverses, ou même n'ont plus aucune utilité, si bien que les conciles qui ont suivi, celui de Trente en particulier, ont dû donner un plus long exposé de la doctrine catholique, afin de rendre leurs canons compréhensibles. En réalité, tout théologien vraiment soucieux de la vérité catholique serait heureux d'avoir entre les mains, pour l'opposer aux erreurs modernes, un sommaire de la doctrine chrétienne et catholique. L'expérience, enfin, n'a-t-elle pas appris à tous les Pères quelles interprétations fausses et méchantes ont été données du Syllabus de 1864? Le concile doit donc éviter le défaut que signale le poète : Brevis esse laboro, obscurus fio ; son exposé de la doctrine catholique doit servir d'explication aux propositions du Syllabus.

Msr Martin ajoute encore quelques mots sur quelques autres petits défauts qui ont été signalés; mais il fait bien remarquer que tout le monde ne les reconnaît pas tous comme tels ; il est facile, du reste, de les corriger. Il propose

donc de renvoyer le schéma à la Députation qui l'amendera, et de l'examiner ensuite de nouveau.

M-1 Ferré, évêque de Casai, propose une liste assez longue de petits changements à faire, qui témoignent du soin et de la conscience qu'il a mis à étudier le schéma (i).

Mgl David, évêque de Saint-Brieuc (2), promet d'être court et de ne pas dépasser un quart d'heure, ce qui lui vaut plusieurs bene, optime. / Il commence par critiquer la forme scolastique et un peu dure du schéma. Ceux qui l'ont composé sont des hommes fort doctes ; cependant, il s'y trouve quelques doctrines qui ne sont pas certaines; plusieurs portent atteinte à la liberté d'opinion ; l'ensemble est contourné, assez obscur et trop librement écrit. Il veut alors donner quelques exemples; mais son choix n'est pas toujours très heureux. C'est ainsi que prenant la phrase : qui [Deus]... simul ab initio temporis utramque de nihilo condidit créât unun angelicam videlicet et mundanam, il traduit le mot simul par en même temps et demande ensuite : Quis affirmare potest, plura annorum millia non fuisse elapsa inter créât ionem angelorum et crcationem mundi? Nemo scit nisi Deus et auctor schematis nostri. Malheureusement, il ne songe pas que la phrase critiquée par lui a été déjà définie par le quatrième concile de Latran, ce que les notes (3) jointes au schéma auraient cependant pu lui rappeler. Il conclut ses observations par ces paroles : Sileo de ceteris, Venerabiles Fratres,et quod dixi de hoc unico capitule», dictum sit de omnibus fere capitulis, et quidem gravius et evidentius. Toutefois, il n'est pas pour le rejet du schéma; la Députation de la foi devra seulement l'amender.

M- Greith, évêque de Saint Gall, (4) parla le dernier ce

(1) Acta, etc. p. 114 sqq.

(2) Ibid., p. 119 sqq

(3) C. V., 520 a. sqq.

i Icta, etc., p. 1-23 sqq.

DISCOURS DE M-' GttElTH i'3'6

Jour -là : voici comment il résume son opinion sur le seliéma : « C'est un aperçu de presque toute la théologie dogmatique que nous ont offert les savants rédacteurs du schéma; leur Oeuvre est excellente et fait preuve d'une science, d'une pénétration et d'une profondeur remarquables si on la prend au point de vue purement théologique ; mais si on veut qu'il serve au concile pour la promulgation de ses décrets de foi, on lui trouve plusieurs défauts. Xous sommes, en effet, me semble-t-il, presque tous convaincus que ses auteurs se sont trop attachés au détail des paroles et des doctrines. » Le schéma condamne des erreurs qui l'ont déjà été; il réprouve des doctrines philosophiques dont, à l'exemple du passé, la réfutation devrait se faire par les livres; de ce nombre sont le panthéisme et le matérialisme. Quelques expressions lui paraissent aussi trop dures. Entrant alors dans le détail, il estime que la détermination positive ajoutée au décret de Trente sur l'interprétation de la Sainte Ecriture sera pour les exégètes un nouveau joug qu'on pourrait leur épargner. / Le chapitre neuvième condamné le doute réel : il y faudrait ajouter un mot sur la licéité du doute méthodique. On pourrait supprimer l'exposé du chapitre treizième sur l'ordre surnaturel : ce qu'en dit le concile suffit bien. En finissant l'orateur rappelle en quels temps troublés nous vivons et demande que dans les décisions à prendre, on tâche de ne pas imposer aux hommes de ce temps un fardeau trop lourd pour leurs épaules. Sa conclusion est qu'il faut renvoyer le schéma à la Députation de la foi qui l'amendera.

Xous ne pouvons pas laisser ce discours sans rectifier une opinion erronée et très répandue dont il a été l'objet.

Lord Acton (i) cite comme tiré textuellement du discours d'un prélat allemand au concile, un passage où la science se trouve exaltée aux dépens de l'autorité doctrinale du magis-

(1) Zur Geschichle dts Vatikan. Konzih, p. 74.

tère de l'Eglise D'autres ouvrages, la Geschichte des Vati kanischen Konzils (i de Friedrich, par exemple, le lui ont

emprunté, et Frieberg lui a donné place dans sa collection de documents 12). La ressemblance de cette citation avec plusieurs passages du discours de Mgr Greith ne permet pas de douter que c'est de là qu'elle a été tirée, et le prélat allemand de lord Aeton n est autre que l'évêque de Saint- Gall (3). Or, le passage tel qu'il est cité, non seulement respire le plus complet libéralisme, mais il a une phrase absolument hérétique.

D'après lord Aeton, le prélat allemand après avoir conseillé de ne pas procéder par formules d'autorité contre les doctrines erronées, ajoute les paroles suivantes : « Pour défendre la religion catholique et la conserver intacte, Dieu, avec la puissance des gémissements et îles prières que nous devons faire monter vers Lui, ne nous a pas donné d'autre ressource ni d'autre armureque la science catholique, qui est en tout d'accord avec la foi. » C'est là ûnehérésie, car c'est dénier à l'Eglise le pouvoir d'enseigner. Mais dans le discours prononcé par Mgr Greith ce passage est tout différent : « Contre les innombrables phalanges des incrédules et des protestants, dit-il, // contre leurs attaques et leurs efforts de tous les jours, pour la défense et la sauvegarde de la religion catholique dans nos régions, avec la puissance des gémissements et des prières que nous devons faire monter vers Lui, Dieu ne nous a pas donné d'autre ressource ni d'autre armure que la science catholique d'accord en tout avec la vraie foi (4) »• Cette

(1) III, :i-29.

(2) Sammlung der Aktenslûcke z,um erslen Valikan. Konùl, p. 102.

(3) Friedrich et Fueilberg s'autorisent de lord Aeton pour attribuer le pasi M Strossmayer. >Mais lord Aeton ne dit pas cela: il le prèle à un

prélat allemand dont le discours aurait nus en pleine lumière les idées de issmaj er el de M" Ginoulhiac.

(4) Ad ver sus innumeras mcredulorum et proies tànlïum phalanges et eôfûni perpetin.s aggressus et conalus, pro tuenda et servanda catholica religion*- in

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