LA PROFESSION DE FOI DES PERES
La seconde session fut semblable à la première mais sans entrée solennelle ni prédication. Après la grand'messe solennelle à laquelle il assistait, le pape entonna lui-même le Veni Creator. Quand l'hymne et les oraisons furent achevées, les deux promoteurs du concile s'avancèrent devant le trône du pape et prirent la parole : « Parce que, dirent-ils, suivant la vieille coutume des Pères, les saints conciles de l'Eglise ont soin de se couvrir avant leurs travaux de la profession de la foi comme d'un bouclier contre toutes les hérésies, nous, promoteurs de ce concile du Vatican, nous demandons instamment à Votre Sainteté que la profession de foi catholique suivant la formule de votre prédécesseur Pie IV, soit émise par tous les Pères dans cette session publique. » — Le pape répondit : « Nous le voulons et l'ordonnons ainsi. »> Puis il se leva, déposa sa mitre et devant tous les Pères devant l'immense, foule assemblée dans Saint-Pierre, il prononça la profession de foi. Alors se présentèrent devant le trône pontifical, Mgr Fessier, secrétaire du concile, et M-1' Valenziani, évêque de Fabriani; celui-ci reçut des mains du pape la feuille qui portait la profession de foi, et, monté à la tribune, il prononça la formule au nom de tous les Pères ; ceux-ci défilèrent alors suivant l'ordre de dignité et d'ancienneté devant le trône papal, et à genoux, la main sur l'évangile, ils adhéraient en ces termes à la formule de foi : « Moi, X. X., évêque de ST., je promets, je m'engage et je jure conformément à la formule qu'on vient de lire. Qu'ainsi me
fixer à la seconde session la cérémonie de la profession de foi. 11 est au contraire tort douteux et même tout à fait invraisemblable que lorsqu'on fixait auGjanvier la deuxième session, on ait cru pouvoir joindre à la profession de loi'la promulgation de la première constitution. Celle-ci embrassait en ses dix-huit chapitres une grande partie de la dogmatique, et sept cents prélats venus de toutes les nations avec les idées les plus différentes devaient délibérer sur ce texte. Aussi fallait-il s'attendre au 1 grand nombre de vœux relatifs au fond et à la forme de ce projet, et n'y avait-il aucun espoir de voir le débat s'achever en quatre séances environ et de pouvoir déjà offrir à l'univers catholique cette constitution comme un fruit des travaux conciliaires parvenu à maturité.
\-'iï HISTOIRE DU CONCILE DU VATICAN
soient en aide Dieu et ce Saint Evangile de Dieu. » Puis il baisaient le livre saint (i). Chacun prononçait ces parole dans la langue de son rite.
« Cette cérémonie, raconte un des Pères (2), dura près de deux heures, et l'on put entendre la profession d'une même foi, en latin, en grée, en syriaque, eu chaldéen, en arabe, en arménien et en bulgare. C'était un spectacle grandiose, sublime. On voyait près de 700 princes, établis par le Saint Esprit sur l'Eglise chrétienne, dans l'univers entier, dont la plupart commandaient à des milliers ou à des centaines de milliers, quelques-uns à un million de fidèles, rassemblés devant leur chef commun, le Vicaire de Jésus- Christ, témoigner solennellement de leur unité dans la foi et la charité en présence du Dieu qui sait tout, et l'on voyait en eux s'accomplir la parole du Seigneur retournant à son Père : « Je ne vous prie pas seulement pour ceux-ci, les apôtres, mais pour tous ceux qui par leur parole croiront en moi : qu'ils soient tous un, ô mon Père, comme vous en moi et moi en vous, et qu'ils soient aussi un en nous, afin que le monde croie que vous m'avez envoyé.» (Joan XVII, | 20 sq.)
■» Une telle unité dans cette longue suite de doctrines importantes que contient la profession de foi du concile de Trente, n'est pas une œuvre simplement humaine; une œuvre | d'homme serait depuis longtemps divisée en sectes et en partis, et anéantie par les efforts des adversaires (3). »
Le Te Deum termina la cérémonie.
(1) C. V., 50 b. sqq.
(2) Fessler, loi. 'cil., p. 63 sq.
(3) Cet acte solennel ne taisait naturellement pas la même impression sur tous les assistants. Friedrich, lui aussi, était là, et après la séance il notait sur son journal (p. 65) : « Rien de plus ennuyeux que ce cérémonial, que de voir cette longue et interminable suite d'évéques accomplir devant le pape ce nouvel acte d'hommage. » Combien est vraie sur tous les domaines cette proposition d'Aristote si souvent répétée en philosophie scolastique : « Quidquid ret ipitur, recipitur ad modum'recipientis. »