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CHAPITRE IX

Reprise des débats sur le schéma de la constitution dogmatique de Doctrixa Catholica.

Dès le 8 janvier, dans la huitième congrégation générale, on reprit les débats sur le premier schéma. Il restait à Etendre cinq des orateurs inscrits et neuf autres vinrent s'y ajouter. Quatre seulement purent parler dans cette Smgrégation.

Le premier orateur, Mgr Valerga, patriarche latin de Jérusalem, fut obligé en raison de sa faible voix de faire iire son discours par Mgr Gandolfi, évêque de Corneto. Ce ni fit l'intérêt de ses paroles, c'est qu'il résumait clairement en les appréciant les discours déjà prononcés (i).

Il apparaissait par dessus tout, dit-il en substance, que sur la doctrine même exposée dans le schéma ou sur les erreurs condamnées aucune divergence d'opinion ne s'était manifestée au cours des débats; quelques-uns avaient trouvé seulement qu'on était trop sévère pour certaines opinions professées dans les écoles catholiques. On n'avait critiqué que l'ordre des matières, la forme, le style et autres détails semblables. La nécessité et l'opportunité de

(l).ldrt, etc., p. 133 sqq.

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définir ces doctrines et de condamner ces erreurs n'avait pas été non plus contestée pour le fond ; on pourrait donc considérer la substance même du schéma, c'est-à-dire son exposition doctrinale et ses censures, comme généralement approuvée ; y telle était en effet la conclusion qui se dégageait des remarques faites par ceux-là mêmes qui l'avaient critiqué ou en avaient demandé le rejet; leurs reproches ne visaient que des défauts de forme ou de langage, ou s'ils portaient sur le fond, ce n'était que pour faire faire des additions ou des suppressions; ils allaient trop loin par conséquent en demandant qu'on rejetât le schéma. Le fond ne pouvait pas d'ailleurs être écarté; il répondait trop bien aux besoins de notre temps ; son point central était l'ordre surnaturel, dont la négation se trouve au point de départ de toutes les erreurs modernes, et dont la confirmation et la proclamation s'imposaient avant toute autre chose au concile.

Certains ont fait valoir pour demander le rejet ou la refoute du schéma qu'il se montre trop dur pour certaines doctrines professées jusqu'ici dans les écoles; celle-ci entre autres, qualifiée d'hérétique au chapitre troisième, qu'une partie des livres de la Sainte-Ecriture mis aux mains des fidèles par le concile de Trente, n'est pas inspirée. Jusqu'ici on avait été libre d'enseigner que certains mots ou certains membres de phrase n'étaient pas inspirés, qu'il suffisait d'admettre à leur égard une simple assistance du Saint-Esprit préservant l'hagiographe de toute erreur. M81" Valerga croit que le mot « partie » dans le schéma ne désigne pas de petits membres de phrases, ou quelque chose de semblable ; en tout cas si l'on y trouve trop maltraitée une opinion libre jusqu'ici, ce ne doit pas être un motif pour le rejeter dans son entier mais seulement pour y proposer un amendement. — L'orateur fait la même réponse au reproche élevé contre le seizième chapitre qui condamnait la doctrine des augustiniens sur l'impossibilité de l'état de nature pure. Il ajoute

DISCOURS DE M"1 VALERGA i io

cependant : « Du reste moi aussi je pense qu'on doit respecter les opinions d'écoles; toutefois le droit à la liberté que je leur reconnais n'est pas si inattaquable et si intangible que l'autorité doive renoncer à trancher, dans un concile œcuménique surtout, les questions d'école, si comme l'a déjà fait remarquer très justement le patriarche arménien de Oilicie, cela est nécessaire pour mieux expliquer la doctrine catholique. » On a cité comme troisième exemple de cet excès de sévérité la condamnation des doctrines d'Hermès. Mais, répond M-'1' Valerga, ces doctrines ont déjà été condamnées; on ne peut donc plus les traiter d'opinions libres. // Encore moins le peut-on pour la doctrine condamnée comme hérétique par le concile de Vienne que 1 âme n'est pas la forme du corps : le mot immédiate qu'on ajoute n'est qu'une explication. On ne devrait cependant pas, fait remarquer le prélat, se laisser entraîner par son ardeur à combattre un schéma jusqu'à critiquer des définitions des conciles antérieurs; c'est pourtant ce qui est arrivé déjà deux fois : d'abord sur cette question de l'âme forme du corps per se et essentialitcr, puis à propos du mot simul dans la phrase sur la création de l'esprit et de la matière.

Mgr Valerga passe alors à l'assertion qu'on a émise « que, dans les circonstances actuelles, il n'y a pas de nouveau dogme nécessaire; les maux de notre société étant de ceux auxquels il faut appliquer l'huile et le vin » — « Qu'est-ce donc à dire, Révérendissimes Pères, demande le patriarche, il n'y a donc plus à prendre la défense des droits de la vérité? Il ne faudra donc plus condamner les erreurs dont on se sert pour empoisonner la foi des fidèles et pour les détourner du droit chemin? S'il est vrai que la condamnation des erreurs ne guérit pas les incrédules, ne devons-nous pas cependant tenir compte aussi de ces millions de croyants que le Christ nous a fait un devoir de protéger contre les attaques de l'incrédulité? Oui, nous devons procéder avec beaucoup de

bonté et de douceur, avec l'affection la plus tendre lorsqu'il s'agit des personnes... Mais ce n'est pas une raison pour nous de renoncer à signaler l'erreur ou à démasquer ses projets pervers. Il ny a rien, Révérendissimes Pères, de plus intolérant que la vérité. »

Mgr Valerga termine enfin en défendant l'ordre adopté par le schéma et sa rédaction contre les attaques dont ces deux points avaient été l'objet.

M81 Landriot, archevêque de Reims (i), qui parla le second, exprima le vœu que la doctrine sur l'origine de l'âme humaine ne fût pas insérée dans le schéma; il insista, en outre, beaucoup sur la nécessité de la douceur dans les expressions.

Après lui, M-1 Deehamps, archevêque de Marines, prit la parole (2). On peut assurément amender le schéma, dit-il, mais il faut le conserver; il ne faut pas l'enterrer, comme on l'a dit (3) ; il vit encore et à mon avis il restera et ne mourra pas, car les erreurs actuelles y sont avec une parfaite exactitude analysées, réfutées et frappées d'anathème. Or, cela est nécessaire, car l'amour du vrai se confond avec la haine du mensonge et n'en saurait être séparé. La douceur envers tout le monde dont a parlé l'archevêque de Reims, lui aussi la veut; mais il ne veut pas de bienveillance pour l'erreur. Avec la plupart de ceux qui l'ont précédé, l'orateur demande ensuite que l'exposition de la vérité précède les anathèmes. Puis, après quelques mots sur la manière de faire cette exposition, il termine par une ou deux propositions sur des points de détail (4).

(i) Acta, etc., p. 142 sqq.

(2) Ibid., p. 149 sqq.

(3) Voir ci-dessus, p. 116.

(4) C'est sans doute le discours de M8' Deehamps que viseavant tout W l'archevêque île Reims dans une lettre du 12 janvier au cardinal Bilio où il proteste contre l'interprétation que tels ou tels orateurs ont donnée de ses paroles. 11 n'a jamais dit qu'on ne dût pas condamner les erreurs : tout ce qu'il a demandé c'est

NEUVIEME CONGREGATION GENERALE 147

Le dernier orateur de cette journée fut Mgl Raess, évêque de Strasbourg (i). Il se déclare absolument favorable au schéma et son discours démontre en détail won excellence, soit pour ce qui concerne les matières traitées et la manière de les ordonner, soit pour les expressions dont on y a fait usage.

Si l'on y remarque une différence de forme d'avec les conciles précédents, cela tient à la différence des matières ; les expressions ont été prises d'ailleurs le plus souvent dans les allocutions pontificales, dans les encycliques et autres lettres apostoliques. Prenant ensuite en détail quelques-unes de ces duretés qui ont été blâmées, il montre par des exemples, que non seulement les conciles précédents, comme celui de Trente, mais aussi le Sauveur lui-même, se sont servis pins d'une fois de termes fort énergiques. Du reste, rien n'empêche de changer certaines expressions.

Mgr Raess termine en émettant deux vœux : l'un, que les remarques qu'on se propose de faire sur les schémas soient à l'avenir transmises à la députation que cela concerne : on pourra ainsi tenir compte de ces observations avant de soumettre les schémas à l'examen du concile, et les discours s'en trouveront diminués ; l'autre, que les présidents du concile puissent, quand un orateur s'écarte de la question discutée, // soit le renvoyer à une autre séance quand viendra le sujet qu'il aborde, soit, s'il n'y a pas lieu, lui retirer présentement la parole (2).

Au début de la neuvième congrégation générale (10 janvier) il restait encore dix orateurs inscrits. Deux d'entre eux,

que dans la défense de la vérité on se fasse une règle d'éviter la dureté des expressions. Ce n'est que rarement et pour des motifs pressants qu'on doit parler fort et prendre le ton du reproche. (La lettre est conservée aux archives.)

(1) Acta, etc., p. 152 sqq.

(2) Le second vœu ayant été dans la suite l'objet de certaines attaques, nous en donnons le texte littéral : « Nequid temporis, quod brève, quod prelioxum, quod

M-1 de Las Cases, évêque de Constantine et d'Hippone, et M- Micaleff, évêque de Città di Castello, renoncèrent à la parole; mais tons les antres se firent entendre.

Mgr Salzano, évêque de Tanis (aujourd'hui Sanmah en Egypte) (i) félicite les auteurs du schéma et repousse énergiquement la proposition faite dans une des congrégations précédentes de s'abstenir de toute condamnation contre les erreurs philosophiques modernes; ces erreurs, en effet, ne sont pas de celles qui se produisent impunément pour la vérité révélée; elles touchent au fondement même de la doctrine catholique. Quant au schéma, il y propose quelques amendements, en particulier, de développer davantage un ou deux passages

M- Spilotros, évêque de Tricarico, qui lui succéda à la tribune (2), voudrait que les chapitres sur la foi et les motifs de crédibilité fissent mention de l'infaillibilité de l'Eglise.

Mgr Meignan, évêque de Châlons (3), ne s'occupe que des chapitres sur les sources de la révélation; après avoir résumé l'évolution des erreurs sur la Sainte Ecriture, il propose une modification au schéma. La Sainte Ecriture, dit-il, est la parole de Dieu tout court (einfachhin), et il n'admet pas qu'on dise qu'elle l'est véritablement et proprement [père et proprie) dans toutes ses parties, idée dont le développement trahit chez lui un manque d'assurance sur le terrain de la théologie. Il croit, par exemple, que l'expression employée par le schéma pourrait servir à prouver l'inspira-

itTevocabile est, minus utiliter absumalur, votum alierum Eminenlitsimis et Reverendissimis Concilii Prsesidïbus exprimere liceal : ut nempe orationes, quse non stricte ail rem prsesentem pertinent, quse ultra limites protrahuntur , quse extra castra vagantur,qnse falcem in rnessem alienam vertunt licet latinissime exaraise , nisi adaliam provint iam aul delegationem dirigiqueant {ail cenia verbo quod invocalum se obtrudil) bonagratia ad kalendas graecas mittantur « — Acta, etc. p. 157,

(1) Actq,ète., p. 159 sqq.

(2) Acta etc. p. 160 sqq.

[bid. p. L68 sqq.

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