‹ Histoire du Concile du Vatican (volume 3)Chapitre 55 sur 152 · FRAXZELIN A LA DEPUTATION DE LA FOI · texte numérisé non relu

FRAXZELIN A LA DEPUTATION DE LA FOI

conciles montre que telle a toujours été la règle suivie. Ainsi, au rapport de saint Athanase \Ep. de décret. Nicseri), c'est la nature de l'hérésie à condamner qui obligea les Pères de Nicée à adopter, malgré eux en quelque sorte, ces formules philosophiques laites pour l'école plutôt que pour le peuple : « Filius ex substantia Patris, consubstantialis Patri, non ex aliïi essentiel siue substantia. » N'est-ce point d'après cette règle que la lettre de saint Cyrille, avec ses douze anathèmes connus depuis le concile de Latràn sous Martin I, sous le nom de symbole d'Ephèse, que la lettre de saint Léon à Flavien, les deux lettres du pape Agathon au sixième concile, procédèrent à la condamnation deNestorius, d'Eutychès etdes Honothélites? Dans leur manière d'exposer et d'ordonner leurs preuves, dans toutes leurs formules dogmatiques, il se laissent guider par la nature des hérésies à proscrire. En cas de doute sur le sens d une expression concilaire, pour celles du concile de Trente en particulier, tous les théologiens admettent que l'expression et le sens de l'erreur qui s'y trouve visée doit servir de règle d'interprétation. Tout le monde reconnaît en effet que la doctrine est exposée dans le sens où elle contredit directement l'erreur qu'on veut condamner (i).

Ainsi doit-il en être pour la forme du présent schéma; la forme de l'exposition doctrinale est déterminée par les erreurs qu'on veut proscrire. Or, si l'on considère la nature des erreurs contemporaines, on voit que c'est par leurs attaches avec la spéculation philosophique et théologique — leur côté pratique étant réservé pour d'autres décrets — qu'elles peuvent faire tort aux fidèles. La plupart des doctrines condamnées jadis s'étaient constituées en sectes qui s'étaient séparées de l'Eglise ; c'est ce qui leur avait fait prendre la forme populaire de symboles, pour se mettre à la

(1) C. V. 1611 C. sqq.

portée des plus ignorants; dans le sein de l'Eglise, au contraire, dans les écoles, soumises à sa constante vigilance, et dans les institutions enseignautes relevant de son autorité, ces erreurs n'auraient pas trouvé place. Or, depuis un siècle, il s'est produit un profond changement à ce point de vue //^ L'enseignement de la philosophie s'est soustrait presque entièrement à la direction de l'Eglise, celui de la théologie a échappé également en partie, dans plusieurs pays, à l'Eglise et il est tombé sous la domination de l'Etat, qui nomme les professeurs, détermine les matières à enseigner, prescrit les ouvrages, l'ordre et les méthodes à suivre. Or, sous cette nouvelle direction, les écoles ont été envahies par les principes protestants de l'autonomie de la science et de son indépendance à l'égard de l'Eglise. Il en est résulté des changements considérables non seulement dans la méthode et dans la manière d'enseigner, mais aussi sur un assez grand nombre de questions doctrinales ; la philosophie, qui s trouve en rapports si étroits avec la théologie, s'est trouvé faussée et, par un contrecoup nécessaire, la théologie ellemême s'est ouverte à nombre d'erreurs. Le Saint-Siège, il est vrai, ainsi que d'illustres savants catholiques, se sont efforcés, et non sans succès, de leur barrer le passage; mais il n'en semble pas moins nécessaire que le concile fixe une règle qui serve de guide aux savants catholiques dans leur enseignement et dans leurs écrits, qui les retienne dans les limites de la saine doctrine et les mette autant que possibl à l'abri des erreurs (i).

Tel est donc le but du schéma. Ce n'est pas en présenc d'hérésies constituées en sectes et s'exprimant en symboles, que se trouve le concise du Vatican; c'est à des erreurs, à des hérésies matérielles, enseignées parles savants du jour au nom de la science moderne, qu'il lui faut opx^oser la doctrine

(1) C. V. 1612 c. s,qq.

REPONSE DE FRANZELIX AUX CRITIQUES i 65

catholique. Inutile, par conséquent, dans l'énoncé qu'il en fera, de s'arrêter aux généralités sur les dogmes de la Trinité, de l'Incarnation, de la foi, etc.; mais il doit les exposer sous le jour et avec les concepts qui les mettent en opposition directe avec les erreurs qui se colportent aujourd'hui sous forme scientifique. Et il ne répondrait en rien à ce but, de donner à cette exposition une forme populaire; c'est sous cette forme scientifique qu'apparaissent la condamnation d'erreurs ou l'exposition des doctrines, dans beaucoup d'allocutions et d'encycliques pontificales, dans le Syllabus aussi, particulièrement au paragraphe second ; or, ce sont là les documents dont les théologiens se sont inspirés pour rédiger le schéma (i).

N'y a-t-il pas aussi une grande différence entre le chapitre Firmiter et le chapitre Damnamus du concile de Latran? Le premier ue fait qu'exposer simplement le symbole de la foi, particulièrement sur la Sainte-Trinité, contre les Albigeois; // le second explique le même dogme, mais en visant une doctrine erronée introduite par l'école ; aussi la manière dont il est conçu, convenable pour l'école, est impropre à l'instruction des simple fidèles (2).

Passant alors à la seconde partie de son argumentation, Franzelin montre que l'ordre suivi dans la disposition des matières est tout à fait conforme au but que poursuit le schéma. Il a été facile de passer vite sur le rationalisme absolu et sur les vérités à lui opposer, qui constituent les préambules de la foi chrétienne; on a jugé, en effet, que les détails où l'on aurait pu entrer sur ces divers point étaient inutiles pour les incrédules comme pour les fidèles ; les x>remiers, niant toute révélation, ne seront guère touchés par l'autorité d'un concile, et les derniers ne sauraient, de leur

(1) Ibid. 1613 b.

(2) Ibid. 1613 c. sq.

côté, avoir aucun doute sur ce que ces monstruosités ont de condamnable. La condamnation de l'incrédulité absolue n'est donc, à proprement parler, qu'un prélude et un acheminement à la doctrine, qu'il importe par-dessus tout d'expliquer et de définir.

Après avoir montré la liaison qu'ont entre elles les diverses parties du schéma, Franzelin répond ensuite" à trois critiques faites par les Pères. La première est que, dans les chapitres, la condamnation des fausses doctrines précède l'exposition de la doctrine catholique; ici encore, répond le théologien, c'est la nature de l'erreur à combattre et le but auquel tend le décret qui ont toujours décidé l'ordre à établir entre ces deux parties. S'il s'agit d'erreurs dont la nature est parfaitement connue et qu'il faille en même temps exposer la véritable doctrine, c'est par cette exposition qu'il sera préférable de commencer. Et tel est, en fait, l'ordre observé dans la plupart des chapitres du schéma, c'est-à-dire dans tous ceux où l'on n'avait pas à justifier le choix que l'on faisait de la partie de la doctrine catholique à expliquer, et des notions sous lesquelles on la présentait. Au contraire, quand on a principalement en vue la condamnation de l'erreur et qu'il est à peine besoin de rappeler la doctrine, ou bien encore quand on a affaire à des erreurs compliquées, dont la nature insuffisamment connue a besoin d'être exposée, c'est à cette explication des fausses doctrines qu'il faut donner la première place. Ainsi ont procédé les anciens conciles : Franzelin en donne des exemples. Au reste, pense-t-il, cette question de l'ordre à garder n'a pas grande importance, et un trait de plume suffira à le modifier. — Même réponse, à plus forte raison, pour la seconde critique: dans la condamnation des erreurs, on n'a pas procédé par canons isolés et séparés. Franzelin fait connaître les motifs pour lesquels on a préféré rattacher l'une à l'autre la condamnation des fausses doctrines et l'exposition de la doctrine catholique. — Quant

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