‹ Histoire du Concile du Vatican (volume 3)Chapitre 59 sur 152 · RÉUNION EN FAVEUR DE L'INFAILLIBILITE · texte numérisé non relu

RÉUNION EN FAVEUR DE L'INFAILLIBILITE

cher, // les évêques qui désiraient la définition crurent devoir faire une démarche d'ensemble en vue de l'obtenir. Cela leur paraissait nécessaire pour affermir les timides. La très grande majorité des Pères, en effet, désirait nettement la définition, mais la crainte empêchait beaucoup d'entre eux de parler de cette question brûlante. Les uns se préoccupaient des conséquences funestes que prédisaient les adversaires de la définition ; les autres étaient effrayés par l'hostilité de leur gouvernement à l'égard de la religion catholique; certains, au contraire se laissaient faire illusion par des promesses ou des menaces, ou bien ne saisissaient point la portée de la question. Toutefois, il s'en trouvait beaucoup, parmi les évêques, qui avaient la ferme et inébranlable résolution d'aboutir à la définition.

Comme il fallait d'abord délibérer sur le moyen de parvenir à ce but, une réunion se tint chez Mgr Senestréy. évêque de Ratisbonne, à laquelle assistèrent Mgr Martin, évêque de Paderborn, Mgr Gasser, évêque de Brixen, Mgr Riccabona, évêque de Trente, Mgr Zwerger, évêque de Seckau, Mgr Heiss, évêque de la Crosse aux Etats-Unis ; d'autres encore, parmi lesquels il faut certainement compter Mgr Manning, archevêque de Westminster, car, dit notre informateur comme s'il eût été appelé par Dieu à être le postulateur et le promoteur de la cause, l'archevêque de Westminster « travailla nuit et jour avec une volonté que rien n'ébranlait et une ardeur que rien ne pouvait ralentir, à procurer l'heureuse issue de l'affaire si grave qui agitait le monde entier » (i).

(t) « Quse de Dejinitione Injalbbililatm Romani Pontificix ex cathedra loquentis in CunciUu œcumernco Vaticano l atca nunt ». Os notes irès précises sur tous les événements du concile qui amenèrent la définition S'-nt de la main d'un Père qu'il ue m'est pas encore permis de nommer, mais qui fut au n<>mr>re de ses principaux partisans (cf. tome I, p. 7 sq). Leur vérité et leur exactitude sont attesiées par l'annntaton suivante du cardinal Manning : « lia exse testor et fidem facio. Henriciift Edwanius Carvlinalis Archiepi*copus Westmonastertensis . Romse 31 die Marhi 1875 ». C'est sur ces notes que se base notre ré it.

Mais <•(- n'était là qu'une réunion préliminaire où il ne semble pas qu'on ait encore arrêté aucune résolution. Les évêques présents se bornèrent à échanger leurs idées sur le dogme en général et sur sa définibilité ; l'évoque de Ratisbonne, entre autres, déclarait à ce propos, que l'infaillibilité du pape était pour lui une vérité aussi certainement révélée que la divinité du Christ; Mgr Gasser, évèque de Brixen, exprima la même conviction, et tous confessèrent leur foi inébranlable à cette doctrine.

Le 23 décembre, les partisans de la définition se réunirent de nouveau à la villa Caserta. Mgr Manning et ilsr Dechamps y assistèrent, ainsi que XX. SS. Stahl, Senestréy* Leonrod, Martin, Heiss, Adames, de Preux, Marilley et Meurin. La crainte avait gagné le prinee-évêque de Brixen et lui avait fait refuser l'invitation; ni lui, ni les princes-évêques de Seckau et de Trente, qui avaient fait de même, ne furent plus appelés à ces réunions. Pour le moment, on discuta deux projets de postulats sur la définition de l'infaillibilité, que des théologiens avaient dressés depuis la dernière réunion. Il fut décidé qu'on les ferait imprimer, en y joignant quelques conciles provinciaux ainsi qu'une brève réfutation des objections contre l'opportunité de la définition, objections qui étaient familières même aux hommes les mieux intentionnés; quant à la doctrine elle-même dont on désirait la définition, elle n'était énoncée que dans une proposition générale. Lorsque les deux formulaires seraient imprimés et transmis pour être examinés aux membres de la réunion, on se réunirait de nouveau le 28 décembre chez l'évêque de Ratisbonne: on y arrêterait le choix définitif du formulaire. Tout le monde fut exact, sauf l'archevêque de Malines, qui se trouvant malade, dut envoyer son avis par écrit. On discuta longtemps sur le projet à adopter, puis, le choix décidé, ou examina de quelle façon il faudrait inviter les autres Pères à donner leur approbation par signature. Il fut

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LE PROJET DE POSTULAT POUR L INFAILLIBILITE l7o

décidé qu'au projet adopté gérait jointe une lettre signée de quelques noms et invitant à signer le projet, ainsi qu'à lui recruter d'autres signataires. On lit imprimer cette lettre (1), les assistants la signèrent et l'on y ajouta aussi les noms de quelques évèques dont le concours paraissait assuré. On écarta cependant les noms des membres de la Congrégation chargée d'examiner les propositions émanant des Pères du concile et à laquelle le projet devait être adressé. L'évêque de Seckau et M.3* Krementz, évoque d'Ermeland, dont on avait mis la signature au bas de la lettre, se firent effacer; //' bien que partisan résolu de la définition, le premier ne voulait cependant pas en inviter d'autres à signer; le second était passé du côté des adversaires. L'évêque de Brixen émit l'avis d'envoyer la lettre et le projet à tous les Pères, sans distinction d'adversaires et de partisans de la définition, mais on lui répondit que c'était l'affaire des invités ; ils inviteraient eux-mêmes à leur tour ceux qu'ils voudraient. Finalement, certains de ceux qu'on avait choisis, soit par crainte, soit que la définition leur parût inopportune, ne tinrent pas compte de l'invitation qui leur était adressée. La lettre contenait primitivement la recommandation de garder le silence sur la pétition, mais ce point fut supprimé, car ce secret n'avait aucune raison d'être (2).

C'est ainsi que, vers le début de l'année 1870 (3), le projet à soumettre au concile commença à circuler parmi les Pères. Le texte en était fort court. « Les Pères soussignés, portaitil, supplient humblement et instamment le saint concile œcuménique du Vatican d'affirmer en termes clairs et excluant tous les doutes, que l'autorité du Pape de Rome étant l'autorité suprême, est exempte de toute erreur quand,

(2) Quœ de de/inUione, etc., p. 2 sqq.

(3) La lettre d'envoi aux Pères est datée du 30 décembre 1809.

dans les choses de foi et de mœurs, il détermine et prescrit ce que tous les fidèles du Christ ont à croire et à tenir, ou a rejeter et à condamner (i). »

Le projet était suivi d'un bref énoncé des motifs qui le rendaient opportun et nécessaire; c'étaient les suivants:

La Sainte Ecriture enseigne clairement la primauté suprême de juridiction et le magistère du Pape dans l'Eglise.

La tradition universelle et constante de l'Eglise, telle qu'elle se manifeste dans les faits et dans les affirmations des Pères, dans la manière d'agir et de parler de plusieurs conciles, même œcuméniques, atteste que les décisions du pontife romain en matière de foi et de mœurs sont indéformables.

La profession de foi adoptée simultanément par les Grecs et les Latins au second concile de Lyon, ainsi que la définition du concile de Florence, le confirment.

Il existe cependant des catholiques qui, abusant de leur titre de catholique pour perdre les faibles dans la foi, // enseignent qu'à l'égard du pape il suffit de cette soumission qui fait accueillir ses décisions sur les questions de foi et de mœurs avec un silence respectueux, mais n'entraîne pas d'adhésion intérieure, ou bien seulement par manière provisoire jusqu'à approbation ou désapprobation de la part de l'Eglise.

C'est là anéantir l'autorité du pape, ruiner l'unité de la foi et ouvrir libre champ aux erreurs.

C'est aussi la raison pour laquelle les évêques, gardiens et tuteurs de la vérité catholique, se sont préoccupés, de nos jours surtout, dans des décrets synodaux ou par des attestations d'ensemble, de faire respecter le suprême pouvoir doctrinal du siège apostolique.

Mais plus la clarté s'est faite sur la vérité catholique, plus

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