‹ Histoire du Concile du Vatican (volume 3)Chapitre 67 sur 152 · DECISION DE LA CONGREGATION DES POSTULATS I <J · texte numérisé non relu

DECISION DE LA CONGREGATION DES POSTULATS I <J

de Turin, et de Mgr Spalding, archevêque de Baltimore (i). Tous, sauf le cardinal Rausclier de Vienne, furent d'avis qu'il fallait demander au pape d'accueillir les pétitions pour la définition.

Quand ce fut le tour du cardinal Rausclier d'émettre son vote, il déclara que la conséquence énoncée dans quelquesunes des suppliques en faveur de la définition (2) « ideo infallipilis, quia supremus » ne lui paraissait pas justifiée ; il ajouta qu'il n'était pas en état de résoudre les difficultés que rencontrait la doctrine de l'infaillibilité du pape dans les faits de l'histoire et dans les textes des Pères; or, tant «pie ces difficultés n'étaient pas résolues, il ne croyait pas qu'on pût rien Imposer sur ce point à la foi des catholiques.

Tous ceux qui l'avaient précédé ou le suivirent, nous l'avons déjà dit, s'exprimèrent en faveur des adresses demandant l'introduction de la doctrine de l'infaillibilité. Cette doctrine leur paraissait tout à fait certaine en elle-même: elle était la doctrine antique, universellement admise autrefois; elle n'avait été mise en doute que dans les derniers temps. C'était une doctrina definitioni proxima. La définition, «lisaient-ils, était non seulement opportune mais nécessaire; les attaques violentes dont elle venait d'être l'objet constituaient le motif principal d'y procéder.

("est Mgr Celesia, évoque de Patti, qui donna le premier son suffrage (3); il se prononça en faveur de la discussion par le concile de l'infaillibilité du pape, // et la raison principale qu'il fit valoir, fut que les écrits récemment publiés contre elle ayant troublé les esprits des fidèles, le concile avait le devoir de raffermir leur foi, en définissant cette doctrine.

(1) Il y a aux archives une relation détaillée de cette séance à laquelle nous empruntons ce qui suit.

| (2) C'est dans le projet même de définition qu'elle est énoncée. Voir page 181.

(3) Les membres de la Congrégation prenaient place par ordre de dignité ; pour recueillir les suffrages on commençait par le dernier, en remontant progressivement jusqu'au président

HISTOIRE DU CONCILE Dl VATICAN

M- Martin, évêque de Paderborn, parla dans le même sén M- Decliamps, archevêque de Malines, qui vint eu troi sième lieu, lit remarquer que dès que l'infaillibilité du pape avait été attaquée, la question de l'opportunité s'était trouvée ipso facto résolue. Quand on nie la vérité, il ne nous esl pas possible de nous taire. Les négations ont toujours amené des définitions, et si le concile, conclut-il, garde le silence, ce silence aura comme signification la victoire des adversaires de l'infaillibilité.

M81" Manuing. archevêque de "Westminster, émit absolument le même avis. Pour lui, les motifs de définir l'infaillibilité sont: i" Que telle est la doctrine vraie et catholique, celle que les docteurs de l'Eglise ont toujours considérée comme révélée; 2° Que cette doctrine est en ce moment mise en doute par quelques-uns; 3° Que si on laissecettequestion dans l'état actuel, elle troublera les fidèles et divisera le clergé; \ "Qu'elle assurera l'impunité à l'erreur; 5" Que la définition en sera sans doute acceptée de tous les catholiques: 6" Quemalgréqué le concile de Florence ait enseigne implicitement l'infaillibilité, son décret subit aujourd'hui des interprétations bien di lièrent es; -" Que tout concile a le droit d'expliquer les décrets des conciles précédents.

Pour M-1 (riannelli, archevêque titulaire de Sarde-, la définition est non seulement opportune, mais nécessaire. Sur la manière d'y procéder, il croit qu'il vaut mieux partir de la définition du concile de Florence: un décret spécial sur l'infaillibilité du pape ne lui paraît pas à propos, à cause des cent quarante évêques qui se sont inscrits comme opposés. Au contraire, si l'on se borne à bien expliquer la définition de Florence, beaucoup d'évêques qui sont maintenant opposants, se rangeront à l'avis de la majorité. Si toutefois il était impossible d'aboutir de cette manière, il faudrait en prendre une autre, mais l'infaillibilité doit, de toute façon, être définie.

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Mgr Franchi, archevêque de Tbessalonique, opine qu'on peut accueillir le postulat pour la définition de l'infaillibilité // puisqu'il n'a rien de contraire aux conditions mises parle bref Multipliées inter au dépôt des projets particuliers. Etant donnés, ajouta-t-il, les écrits qui se publient actuellement et la majorité imposante des prélats qui demandent la discussion de cette question, le silence que garderait le concile pourrait être considéré, non seulement comme un argument négatif qui laisse la thèse de l'infaillibilité au point où elle en était, mais il aurait encore toute la valeur d'un argument positif en faveur de l'opinion contraire, ce qui entraîncrait de redoutables conséquences pour la doctrine catholique. Les motifs allégués en faveur delà définition ont tous de la valeur ; de plus, ils s'appuient sur la révélation: enfin la doctrine que les signataires des adresses cherchent à faire accepter n'est pas une doctrine nouvelle ; celle qu'ils proposent de définir est si ancienne, si vraie, si catholique, que la doctrine contraire a mérité la qualification d'erronée et de confinant à l'hérésie. Passant alors aux postulats qui lui jfeont opposés, il fait remarquer qu'ils manquent de fondement. Voilà longtemps que les difficultés historiques auxquelles ils font allusion ont été résolues; quant aux craintes qu'ils expriment de voir la définition exciter la haine contre l'Eglise et servir de prétexte aux gouvernements pour porter atteinte à ses droits, l'archevêque observe que plusieurs conciles provinciaux, comme ceux de Prague, de Baltimore, de Cologne, de Kalocsa, de Westminster, etc., ont récemment enseigné l'infaillibilité sans que se soient produites nulle part les conséquences que l'on redoute. A supposer (railleurs qu'il y eut réellement à les redouter, il ne conviendrait pas de se laisser arrêter par ces dangers qui sont incertains et de second ordre, alors que le silence du concile constituerait pour les âmes un danger certain et d'une nature bien supérieure.

M- A])ii//o. archevêque de Sorrento, donna également un vote favorable ; à propos des objections soulevées, il fit observer que la définition de l'infaillibilité ne devait inspirer aucune crainte pour la foi de la France, puisque la majorité des évèques de ce pays s'était déjà prononcée en sa faveur.

M81' Yaldivieso. archevêque de Santiago du Chili, parla ensuite. Entre autres choses, il dit que le concile ayant été convoqué pour porter remède aux maux actuels, il était impossible dans le cas présent d'approuver un silence qui affaiblirait le principe d'autorité. L'autorité du pape représente un pouvoir doctrinal. Il doit, quand c'est nécessaire, enseigner, et dès (pie le mal paraît ou prend de l'extension, l'arrêter aussi rapidement que possible . ("est pourquoi il faut fortifier son autorité et lui en rendre l'exercice possible et facile.

Mgr Guibert, archevêque de Tours, commença par affirme! sa foi à l'infaillibilité du pape; puis il fit observer que, si en France une partie de la population s'était écartée de la croyance universelle de l'Eglise, ce n'avait été là cependant qu'une déviation temporaire; en ce moment on revenait, en général, à reconnaître l'infaillibilité du pape. Lui ne pouvait que donner sa voix en faveur de la définition, mais il exprimait le désir qu'on fit choix d'une foi-mule modérée afin de reunir un plus grand nombre d'adhésions en sa faveur.

Le patriarche de Jérusalem. M-1 Valerga. exprima son extrême satisfaction des raisons apportées jusque-là en faveur de la définition; elles prouvaient à l'évidence qu'on devait soutenir la définition de l'infaillibilité et que le silence serait gravement funeste à l'Eglise. La doctrine de l'infaillibilité, ajoutait-il, ne serait pas la seule à en souffrir: celle de la primauté en général serait, elle aussi, atteinte, car l'une et l'autre se trouvent en connexion étroite. Prenant ensuite à partie les motifs allégués en sens contraire, il déclara dénuée de tout fondement la crainte des prétendus inconvénients

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que la définition aurait pour les Orientaux. Après trentedeux ans passés au milieu d'eux, il pouvait assurer que cette doctrine ne faisait pas parmi eux l'objet du moindre doute : puis après avoir énuméré les peuples qu'il avait visités il ajouta que non seulement le clergé la considérait universellement comme vraie, mais que les laïques eux-mêmes en prenaient la défense contre les seliismatiques. Il en appela enfin au patriarche d'Antioclie et à ses évèques qui avaient tous ensemble supplié le Saint-Père de définir cette doctrine.

Le patriarche d'Antioclie, du rite grec-melchitè, MBr Jussef, affirma d'abord sa foi à l'infaillibilité du pape, et reconnut qu'elle était contenue dans le concile de Florence. Mais il ajouta que les arguments en sens contraire appuyés sur la crainte que la définition n'éloignât les seliismatiques, lui avaient fait d'abord la plus grande impression. Les Orientaux seliismatiques trouvant déjà dans la primauté du pape un obstacle à leur réunion avec l'Occident, il concluait qu'ilsseraient encore plus arrêtés par le dogme de son infaillibilité . Et il raconta qu'ayant demandé au patriarche schismatique de Constantinople avec lequel il était très lié. pourquoi il n'avait pas accepté l'invitation au concile, celui-ci lui avait répondu que les catholiques ne s'en tiendraient certainement pas au canon du concile de Florence et qu'ils, demanderaient la définition de l'infaillibilité du pape, ("est de là que lui étaient venus des doutes sur l'opportunité de la définition; toutefois, les preuves apportées par les membres de la Congrégation l'avaient fortement impressionné, et il -j'en rapportait pour toute cette affaire au jugement du Souverain Pontife.

Le cardinal Antonelli déclara brièvement qu'à ses yeux la léfinition était opportune et même nécessaire. — Le cardinal Monaco La Valetta s'exprima avec la même décision; à la (uestion d'Honorius, autour de laquelle on faisait tant de

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bruit, il opposa !;i formule du pape Hormisdas. — Le cardinal Moreno était aussi partisan de la définition. — Le cardinal Barili n'avait pas d'idée arrêtée sur la question de l'opportunité; il préférait donc s'en remettre au Saint-Père. — Le cardinal Cullen, archevêque de Dublin, était partisan résolu de la définition. A cette allégation que les hérétiques en prendraient occasion de s'éloigner encore plus de l'Eglise, le cardinal répondit qu'il connaissait beaucoup d'hérétiques qui n'avaient pas eu d'autre motif en revenant à l'Eglise catholique que celui d'y trouver pour leur conscience une autorite vraie et ferme. Pour beaucoup, loin d'augmenter les obstacles à la conversion, la définition de l'infaillibilité ne ferait par suite que les diminuer. Quant aux difficultés qui pourraient provenir des gouvernements, le cardinal irlandais ne les redoutait pas : leur hostilité envers l'Eglise était déjà telle qu'il leur était impossible de l'accentuer davantage. — Les cardinaux de Bonnechose, Riario Sforza, Corsi et de Angelis estimaient la définition nécessaire. — Le cardinal di Pietro également; il pensait seulement qu'il serait convenable, comme il s'agissait là d'une prérogative personnelle du pape, qu'au lieu d'attendre son initiative, les évèques engageassent eux-mêmes la discussion devant le concile. — Mais le cardinal Patrizi combattit cette proposition; c'était au pape qu'appartenait le droit d'initiative dans le concile et non point aux évèques: de plus, l'infaillibilité n'était point une prérogative personnelle du pape mais un privilège du siège apostolique. Dans tous les cas. fit observer encore le cardinal, il faudra bien que le concile s'occupe de l'infaillibilité puisque L'évêque de Sura lui a soumis son ouvrage. // Le cardinal Patrizi déposa alors son vote affirmatif: après quoi il invita l'assemblée à déclarer avec lui qu'on adhérait unanimement au postulat pour la définition de l'infaillibilité du pape, exception faite du cardinal Rauseher qui refusait sa voix à cette résolution.

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