CHAPITRE XII
Les deux schémas de Constitution disciplinaire sur les évêques et sur le temps de la vacance des sièges épiscopaux. — Premiers débats du concile à ce sujet.
Dans la dixième congrégation générale, tenue le 14 janvier 1870, quand on eut pourvu à l'élection de la DéputatiOn pies Rites orientaux et des Missions, et qu'on eut scellé dans une urne les bulletins de vote, comme aux élections précédentes, le premiei président, cardinal de Angelis. se leva pour prononcer une grave allocution.
Au Concile de Trente, dit-il, les cardinaux-présidents ont. le 17 février 1062, instamment demandé que les matières soumises à l'examen ne fussent pas divulguées en dehors du concile. Dans les avertissements que les cardinauxprésidents firent lire par le secrétaire du concile Angelo Massarelli, on faisait remarquer aux Pères combien il serait indigne et inconvenant de répandre au dehors les projets déposés, avant qu'ils n'eussent été rendus définitifs et proclamés en session publique. Aussi les légats et les présidents engagèrent-ils et même conjurèrent-ils les Pères, pour l'honneur et la bonne renommée de ce saint concile ; et pour éviter tout scandale, de ne rien rapporter au dehors de ce qui serait proposé dans l'assemblée et de défendre 1res
HISTOIRE 1)1' CONCILE Dl" VATICAN
sévèrement à leurs gens de l'aire la moindre communication. A cet avis du Concile de Trente, le cardinal de Angelis ajouta cette remarque : « Puisque, pour la plus grande douleur de nos âmes et non sans scandale pour tous les gens de bien, il est arrive aujourd'hui ce que de leur temps les cardinaux-présidents du Concile de Trente déploraient déjà, nous sommes obligés de répéter Le même avertissement et de réitérer cette injonction formelle à tous ceux qui sont nommés dans le Bref Multipliées inter, c'est-à-dire à tous et à chacun des Pères, des employés du concile, des théologiens, des canonistes et des autres qui, de quelque façon que ce soit, sont au service des Pères ou des employés dans les affaires du concile. C'est que, à notre époque, en raison de la liberté sans frein des feuilles publiques, des scandales beaucoup plus grands peuvent provenir de la violation du secret, et d'autre part, dans la Lettre apostolique du pape, l'ordre de garder le secret est prescrit, sans qu'on puisse le transgresser si ce n'est sous peine de péché mortel » (i). — Cri exemplaire de l'avertissement, signé du secrétaire du concile. Mgr Fessier, fut remis à chaque membre.
Ce n'était malheureusement que trop vrai, des projets présentés au concile avaient aussitôt paru dans les journaux; surtout en France et en Allemagne, pour être discutés par des journalistes ignorants, ennemis de l'Eglise, avant et pendant que le concile s'en occupait; et les événements du concile étaient divulgués par la presse quotidienne avec des exagérations, des faussetés et des commentaires malveillants qui visaient à dépouiller l'assemblée de son caractère de grandeur, ou du moins à la rabaisser.
Le cardinal de Angelis présenta encore une autre observation : pour se conformer au vœu de plusieurs Pères, il avertit et pria instamment tous ceux qui voulaient prendre la parole
(li Acta, etc., p. 191 sq. — C. V. 718 b. sq.
LE SCHEMA SUR LES EVKQUES 201
dans le débat, de viser à la plus grande brièveté possible, de laisser de côté toute digression et de ne pas répéter complètement ee que d'autres Pères auraient déjà dit (i).
Xous croyons remarquer que dans les premiers discours (pii suivirent, les orateurs firent vraiment des efforts pour répondre à ce vœu ; mais les derniers paraissent l'avoir encore oublié. Pour plusieurs Pères cependant, il eût été vraiment impossible d'abréger davantage. //'
On commença alors la discussion des deux schémas de constitution disciplinaire. Ils portaient pour titre : « Schéma de la constitution sur les Evêques, les Synodes et les Vicaires généraux, soumis à l'examen des Pères (2) » et « Schéma de la constitution sur la vacance des sièges épiscopaux, soumis à l'examen des Pères (3). » Ces deux formulaires, pourvus parleurs auteurs de nombreuses remarques (4), avaient été remis aux Pères, dans la 8' congrégation générale, tenue le 8 janvier (5).
Dans le premier chapitre du premier schéma, on rappelle d'une façon générale aux évoques les devoirs que leur impose leur haute dignité. Ils doivent particulièrement, dans notre génération submergée par l'erreur et le péché, mettre leur soin avec une ardeur d'autant plus grande à promouvoir la connaissance de la foi et l'observation des commandements, par leurs propres efforts et par le zèle de leurs coopérateurs. Quant aux brebis égarées, ils doivent les ramener au bercail avec bonté et patience, mais aussi, s'il est nécessaire, avec rigueur et par des châtiments; s'ils se heurtent à l'opiniâ-
(1) Ibid. p. 102 . - <:. Y. 718 c. sq.
(2) Schéma constitiilionis de Episcopis, de Sijnodis et de Vicanis yeneralibw, Pûtrum examini proposition. — C. \ . 641 c. sqq.
(3) Schéma conslilulionis de Sede Episcopali vacante Patrum examini projiosiliiin. — C. V. 651 a. sq<\.
(4) C. V. 645 d. sqq. — Ibid. 653 a. sqq.
(5) Acla, etc., p. 131. — C.V. 717 b.
treté, il faut les empêcher de nuire aux autres. Ils doivent être, eux et leur clergé, des modèles de vie chrétienne pour les fidèles. On leur recommande de prêcher à leur troupeau l'obéissance envers la puissance séculière, mais d'un autre côté aussi, de détendre, bien unis d'esprit et de cœur, les droits du Saint-Siège et la liberté des évêques, et suivant la remarque du Concile de Trente (i) de se souvenir toujours de leur éminente condition et de leur grande dignité. Enfin, la constitution prit' les princes et les puissances séculières. de protéger les évêques et le clergé, et de contribuer à ce que tous rendent à l'autorité ecclésiastique l'honneur et l'obéissance qui lui sont dus: ce qui ne contribuera pas seulement à la prospérité de l'Eglise, mais aussi à celle de l'Etat (2).
Dans les trois chapitres suivants, on recommandait à nouveau et l'un après l'autre trois devoirs : le devoir de la résidence, le devoir de la visite du diocèse et enfin celui de la visite ad limina Apostolortim
Si l'on fit un décret sur le devoir de la résidence, ce ne fut pas qu'il y eut alors beaucoup de plaintes sur l'omission fréquente de ce devoir, mais, comme on le fit remarquer dans les notes explicatives (3), ce fut que les décisions relatives à cette obligation manquaient de clarté, et étaient interprétées de façons très diverses par les canonistes.
Voici le passage principal du schéma (4) : Si un évèque est absent de son diocèse plus de deux ou de trois mois par an au maximum, avec ou sans interruption, sauf permission expresse du Saint-Siège, on, s'il est évèque du rite oriental, sans la permission de son patriarche, outre le péché grave qu'il commet, il perd la partie de ses revenus correspon-
(1) Sess.XXV, cap. 17, de Reform.
(2) C. V. 641c. sqq.
(3) C. V. i>4(] c. sqq. — Consideratis Itiscr omnibus cl ne alla juin ea de re difficultas moueri queat, cvislimarunt Consullores praeslare, ut novum condatiir decrelum. C. V. 647 b.
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