‹ Histoire du Concile du Vatican (volume 3)Chapitre 72 sur 152 · LA REFORME DU SACRE-COLLEGE · texte numérisé non relu

LA REFORME DU SACRE-COLLEGE

qu'on ait commencé à s'occuper d'abord des évêques et de leurs devoirs. Cela pourrait éveiller le soupçon qu'ils ont manqué à leurs devoirs, alors que manifestement ils se sont signalés par leur zèle. // Il propose donc de commencer plus haut, c'est-à-dire par les cardinaux. Il répond à l'évêque de Moulins que cela est vrai, cotte famille a un père, mais elle a une mère aussi. l'Eglise, laquelle est représentée par ce concile Le Concile de Trente déjà s'est occupé des cardinaux, et arguant de ce concile, il exprime le vomi que le Sacré-Collège soit une image vraie et réelle de toute l'Eglise catholique, « de sorte que chaque peuple et chaque nation suivant son étendue et son importance ait ses membres et ses représentants dans cette sainte assemblée et dans cet illustre Sénat, (i) »

Mgr Strossmayer croit que le Concile de Trente a réglé ce dernier point et il développe d'une manière oratoire les motifs qui, à son avis, se seraient présentés à l'esprit des Pères de ce concile (2).

(1) Ibid. p. 343 sq.

(2) Voici les paroles du Concile de Trente : « Quos (cardinales) SS. Romartus Pontifcr ex omnibus Chrislianitatis nationibus, quantum commode fien poterit, prout idoneos repèrent, assumai. (Sess. XXIV de Reform. c. 1.) » Il ne dit donc pas que le pape doit choisir le collège des cardinaux en prenant des membres dans toutes les nations proportionnellement à leur étendue ou à leur importance, et s'il dit qu'il doit choisir des cardinaux de toutes les nations, il apporte à cette règle deux atténuations : *(jii(intum commode fieri poterit, » et «prout idoneos repèrent». Car la difficulté de trouver des hommes aptes à cette dignité, dans différentes nations, est plus grande qu'on ne Je croit généralement. Les cardinaux sont non seulement les électeurs du pape, mais ses conseillers et ses collaborateurs dans le gouvernement de l'Eglise. Pour être apte à cette charge, en général, il est nécessaire que, dès sa jeunesse, on ait activement pratiqué ce genre de travail. L'expérience montre que des prélats Ages, qu'on fait venir d'autres pays à Rome, ne peuvent plus s'habituer facilement aux travaux des congrégations romaines ou d'autres assemblées analogues. On doit donc choisir la plupart des cardinaux parmi ceux qui, dès leur jeunesse, ont été à cette école. Ce sont donc en majeure partie des Italiens. On peut difficilement exiger une autre composition internationale du collège des cardinaux que celle que nous voyons aujourd'hui : la moitié des cardinaux est prise dans les autres nations, l'autre moitié se compose d'italiens, et ainsi tout est pleinement conforme à la règle énoncée par le Concile de Trente.

Le cardinal di Pietro qui prit la parole l'avant-dernier sui le schéma, attaqua très vivement dans la 16e congrégation générale le projet deMgr Strossmayer sur le décret de réforme du collège des cardinaux. Il ne nomme pas Mgr Strossmayer, mais il le désigne si clairement qu'on ne peut douter un instant qu'il l'ait eu en vue. « Cet orateur, dit le cardinal di Pietro. a parlé sur ce sujet d'une manière si vive et si instante // que l'on se demandait s'il ne s'était point reporté par un retour d'imagination aux circonstances qui existaient il y a quatre cents ans, s'il se trouvait bien dans notre ville, au concile du Vatican, au XIXe siècle, et s'il ne s'était pas plutôt transporté au Concile de Trente, au temps où les carnaux, vivant au milieu de biens et de richesses surabondantes, possédaient paisiblement plusieurs gros bénéfices, même des bénéfices qui exigeaient la résidence, et d'autres biens incompatibles, alors qu'en même temps on élevait à la dignité de cardinal, sans rien considérer que la noblesse de leur race, des enfants ou tout au moins des jeunes gens encore si près de l'enfance qu'ils pouvaient à peine se rendre compte de la vocation à laquelle Dieu les avait appelés; il s'en suivait qu'ils recherchaient les fréquentations séculières et trop libres, qu'ils se laissaient entraver dans les emplois qu'on leur avait confiés par des affaires ecclésiastiques ou civiles, et qu'ainsi, au lieu de venir en aide au Saint-Siège, ils lui créaient au contraire des difficultés très graves. C'est pourquoi l'éveque Barthélémy des Martyrs eut tout à fait raison de laisser percer son indignation devant le Concile de Trente en affirmant que les éminentissimes (illustrissimi) cardinaux avaient besoin d'une éminentissime (illustrissima) réforme. Mais est-ce bien là la situation de notre temps? Est-il nécessaire que notre Sacré Collège soit averti particulièrement de ses devoirs? Y a-t-il un motif qui laisse soupçonner la nécessité d'une réforme de notre collège? Que toute l'attention et tous les regards de cette ville, mes Pères, se tournent vers

Page 1