‹ Histoire du Concile du Vatican (volume 3)Chapitre 73 sur 152 · LA RÉFORME DU SACRE -COIXEGE · texte numérisé non relu

LA RÉFORME DU SACRE -COIXEGE

nos demeures, vous verrez seulement la vieillesse vénérable de Pères ehoisis parmi toutes les nations et clans tous les rangs de la société; vous trouverez des peines innombrables endurées pour le Saint-Siège, des charges très lourdes cpii incombent aux cardinaux et qu'il leur faut porter pour garder l'honneur de la pourpre et la dignité de leurs emplois, charges qui, si on met en regard les honoraires dont le Saint-Siège les rémunère, méritent à juste titre d'être appelées insupportables. Ils ont à porter le poids et la chaleur du jour, à répondre pour le bien de la religion à toutes les questions qui, vous le savez, affluent de tous côtés a Rome. A-t-on jamais entendu des réclamations relatives à leur devoir de résidence auprès du Saint-Père ou dans leurs sièges épiscopaux? Y a-t-il eu au moins des plaintes sur leur vie et leurs mœurs? » (i). //

Le cardinal continue en faisant remarquer qu'on devait représenter la vie des évèques comme semblable à celle des cardinaux, et qu'il désirait, par conséquent, voir écarter du schéma quelques mots dont la note était un peu dure: on devait le préparer comme un témoignage authentique de leur piété, de leur vie laborieuse et sans tache, de leur amour et de leur attachement au Saint-Siège ; il devait paraître aux yeux de tous, non comme l'expression d'un blâme, mais comme une exhortation à tendre vers une perfection plus haute encore. Le Concile, du reste, avait moins en vue la réforme de l'Eglise que sa défense contre ses ennemis.

« Et puisqu'aujourd'hui, dit ensuite le cardinal di Pietro, l'occasion s'offre enfin à moi de parler devant presque tout l'épiscopat, je me fais avec joie l'interprète de tous mes illustres collègues, et vous exprime, à tous sans exception, vénérables frères, le plus cordial merci pour de si magnifiques preuves d'amour envers notre très cher Pontife, envers

(1) Acla, etc., p. 385 sq.

nous-mêmes, conseillers du pape, envers cette ville éminente, que vous avez toujours honorée avec une affection paternelle, (pu- vous honorez encore, et que vous avez toujours défendue par les armes de votre amour, par l'activité sans défaillance de votre esprit, et par les aumônes considérables que vous avez recueillies. »

L'orateur exhorte ensuite à l'union et ajoute : « Si c'est le vœu de tous que quelque chose soit modifié ou môme changé dans la rétribution des travaux entrepris pour l'Eglise, ou dans l'expédition des affaires de nos Congrégations purement consultatives, il n'est défendu à personne de présenter une supplique particulière au Saint-Père, car chacun voit qu'il ne s'agit pas ici de la publication d'une loi générale, mais de l'obtention d'une grâce (i) ».-

Par ces dernières paroles le cardinal touchait au vif un point sur lequel beaucoup de Pères avaient exprimé le désir (pic le concile émit une décision; il s'agissait des cardinaux, ou plutôt des congrégations de cardinaux. Personne, assurément, n'avait pensé à une réforme du collège des cardinaux dans le sens d'un changement de vie ou de conduite (2);

mais le vœu d'une plus prompte expédition des affaires et d'une diminution des frais fut exprimé dans différents discours, comme dans celui de M>'r Melchers, archevêque de Cologne (3), et de Mgr Losanna, évèque de Biella (4), et dans les postulata présentes parles évêques (5).

ta, etc. p. 387.

(2) A l'évêque de Moulins, qui avait appelé le collège des cardinaux un Collège-Sacré non seulement de nom, mais aussi par la piété et la sainte vie, M' Strossmayer répondit, en parlant sur un décret relatif aux cardinaux: « llerie (liait et cerle nos omnes eidem assentienles Itabet ; atiguslissimum hoc CârJinaliumCollegium, quo amantissiminn noslritm Palrem circumdalum exse venerabuiuh 1 étui mus, constat sumrnis el omm veneralione dignissim s viris ; seil sciât illnstrii>simus praesul,non agi de personis. sed agi de inttituto ». Acta, etc. p. 313.

(3) Acta, etc., p. 259 sq.

i [Lui. p. 217.

(5 Postulalà a pluribus Galliarum episcopis. C.V. , 843 a. — Poslulala complurium Gennaniae episcoporum. C. V., 871 b.

DISCOURS DE M"1 MELCHERS 215

Tandis que Mgr Strossmayer avait exprimé le regret, au débat de son discours, que l'on parlât d'abord des devoirs des évêques. M-1' M el chers, au contraire, dans le discours déjà cité s'en montra très satisfait. « Car, dit-il, c'est par la réforme de la discipline de l'Eglise que chaque concile doit commencer ses travaux; or, tout zèle vrai et sérieux de réforme doit commencer par la réforme personnelle; par conséquent, la réforme de la vie des évêques est bien là à sa place et je me range à l'avis du très honorable évêque espagnol dont nous avons entendu le vœu : c'est bien en ce moment qu'il faut parler de la vie que doivent mener les évêques, et en parler non en un débat particulier ou dans de longs développements, mais en quelques paroles graves et fortes, sur la nécessité où se trouvent les premiers à l'honneur d'être aussi les premiers par la sainteté de la vie, les premiers par l'imitation de X.-S. Jésus-Christ crucifié, par l'imitation de son humilité et de son esprit de pauvreté: que leur vie soit éloignée de la magnificence, du luxe et de l'éclat du monde, qu'ils s'adonnent soigneusement à la prière et à la méditation; que leur vie enfin soit un modèle pour tout le clergé et un exemple éclatant pour tout le troupeau, procédant réellement de l'esprit et ne consistant pas seulement dans une apparence extérieure » ( i). Mgr Melehers parla non seulement avec piété, mais aussi avec cette liberté d'esprit et cette franchise de cœur qui lui était propre et que lui inspirait la droiture de ses intentions. Lorsqu'il passa à la détermination contenue dans le schéma, que pendant la vacance du siège tous les bénéfices seraient conférés par le Saint-Siège, il en exprima son étonnement / et dit que la concession d'un pareil acte de juridiction au pouvoir central de l'Eglise indiquait une trop grande centralisation. 11 en vint alors à parler de la centralisation en général, et dit en

(1 Acta, etc., p. 254 sq.

toute franchise qu'elle était arrivée à ses dernières limites et qu'il ne fallait pas la pousser plus loin, mais qu'on devait commencer au contraire à décentraliser. Ainsi estima-t-il. en particulier, qu'il ne fallait pas multiplier les cas réservés, mais les diminuer et étendre plutôt les pouvoirs accordés aux évoques. Il s'étendit sur les empêchements de mariage, les dispenses et les taxes, et se laissa entraîner loin de son sujet, jusqu'à ce qu'enfin le président, le cardinal de Luca, l'interrompit par cette remarque que s'il voulait déposer de nou- \ «aux postulata, il devait les adresser d'abord à la Congrégation instituée par le pape, mais ne pas le faire dans les congrégations générales. Mgr Melchers répondit qu'il l'avait déjà fait, qu'il s'excusait d'ailleurs et qu'il avait cru pouvoir traiter ces questions dans les congrégations générales; en terminant, il toucha encore quelques points du schéma (i).

Le cardinal Schwarzenberg qui parla le premier, avait trouvé, on l'a déjà dit, que le chapitre sur les evèques serait incomplet aussi longtemps qu'on ne parlerait que des devoirs, et non de la dignité, de l'autorité et des droits des évéques. Les quelques mots qu'on y a glissés au commencement, dit-il, ne suffisent pas. Les attaques que les méchants dirigent contre l'autorité épisçopale aussi bien (pie contre l'autorité du pape, demandent «pie le concile traite cette question à fond (2). Parmi les orateurs suivants, comme XX. SS. Simor (3), Losanna (4\ Dcvoueoux (5), Darboy (6), ( Jandolfi (7), Strossmayer (8), les uns furent du même avis que le cardinal, les autres, en petit nombre, ne voyaient pas dans I

(1) Acta, etc., p. 257 sqq.

(2) Ibid., p. 194 sq.

(3l Ibid., p. 202.

(4) Ibid., p. 214.

(5) Ibid., p. 225.

(6) Ibid., p. 241».

(7) Ibid., p. 262.

(Si Ibid., p. 341.

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