LE CHOIX DES EVEQUES
délégua aux princes et aux puissances séculières le droit de nommer les évêques et autres dignitaires ecclésiastiques, elle se confiait dans la piété, la foi et l'amour des princes pour l'Eglise, et elle1 avait l'espoir que les princes temporels donneraient à celle-ci des hommes qui, réellement, se souviendraient de leur vocation épiseopale. Quoique cette attente ait été quelquefois remplie, nous savons cependant tous que ces nominations d'évêques entraînaient de très grands inconvénients; nous savons que les investitures ont été l'occasion des plus graves et des plus pénibles complications. Aujourd'hui l'état des choses est tout a fait différent. La plupart des princes, d'après les règles du droit et de la vie publique, sont dépouillés d'une grande partie de leur pouvoir, qui a été dévolu à des hommes constitués en dignité et qui sont chargés de l'exécution des lois et de l'administration publique, sous le nom de ministre. On les élit sans avoir égard à leur foi, à leur religion, à leur piété, si bien que les ministres, même dans des Etats catholiques, sont quelquefois hostiles et mal intentionnés à l'égard de l'Eglise et des choses saintes. La question est de savoir si. en de pareilles conjonctures, l'Eglise catholique presque tout entière rassemblée au Concile du Vatican, peut laisser entre les mains des princes un droit si important et si intimement lié à la liberté et à la prospérité de l'Eglise. A ce danger s'en ajoute un autre, illustres présidents et vénérables Pères: nous, prêtres, nous aussi nous sommes hommes et rien de ce qui est humain ne nous est étranger. Oui, nous, dans le sanctuaire même, nous sommes quelquefois attaqués et tentés par celui qui n'a pas laissé d'attaquer et de tenter même le Seigneur; il y a danger que les prêtres, ambitieux de monter, ne regardent pas avec mépris les vanités et les dignités de ce monde , mais les désirent avec ardeur et vendent leur conscience, leur vocation et leur état, afin de s'élever.
» Autrefois l'Eglise, à fort juste titre, punissait très sévè-
renient ceux qui brûlaient de l'encens à des idoles vaines et inanimées; je crois qu'ils nuisent plus à l'Eglise de Dieu et qu'ils méritent, par conséquent, un plus grand châtiment, ceux qui offrent de l'encens, non à des idoles vaines et sans vie, mais à des idoles vivantes, à des idoles très hostiles à l'Eglise, et qui, méprisables, se prosternent dans la poussière devant toute opinion maîtresse et passagère, dans le seul but de monter plus haut.
» Le concile du Vatican doit opposer une digue à ce mal, car s'il s'introduit dans l'Eglise, c'est une peste qui envahira le corps tout entier comme un chancre et le dévorera. Je suis donc d'avis que l'Eglise revienne aussitôt que possible à son antique discipline, que l'autorité des conciles provinciaux s'accroisse et qu'ils exercent sur le choix des évèques une influence qui puisse détourner de l'Eglise tous ces dangers. Il est vrai, j'en conviens, la chose est délicate et pleine de difficultés, mais je pense aussi que le Concile du Vatican n'est pas rassemblé pour s'occuper de petits détails et d'abus faciles à déraciner, mais qu'il est de son devoir de traiter les questions les plus difficiles, et de donner aux maux et aux dangers extraordinaires les remèdes convenables.
» La difficulté est grande dans cette question, car il s'agit d'un droit acquis aux princes et d'un droit que pendant le cours de plusieurs siècles, ils ont détenu dans une tranquille possesion. Je le dis ouvertement, je ne suis pas de ceux qui veulent établir un mur de séparation entre le pouvoir civil et l'Eglise, et je n'approuve pas non plus leurs efforts ; car plus le pouvoir civil est faible, plus il a besoin du concours, de l'aide et de la sollicitude de l'Eglise; aussi le Maître luimême s'est-il montré plein de condescendance à l'égard des pécheurs et il a dit en pareilles circonstances : ce ne sont pas ceux qui sont bien portants qui ont besoin du médecin, mais ceux qui sont malades; c'est pourquoi je crois que si les conciles provinciaux ont le droit de désigner trois eandi-
DISCOURS DE Mgr STROSSMAYER 221
data reconnus pour être des hommes selon le cœur de Dieu, on pourrait alors accorder aux princes le droit d'en élire un des trois. Je trouve quelque chose d'analogue dans la convention qui a été faite entre le Saint-Siège et l'empereurroi d'Autriehe-Hongrie, // avec le concours du cardinalarchevêque de Vienne, très méritant et digne de tout éloge, dans laquelle, entre autres choses, il est stipulé que l'empereur et roi prendra, avant la nomination des évêques,le conseil de tous les évêques de la province. Ce que je propose c'est de suivre un ordre inverse à celui de cette convention. Quoiqu'il en advienne, je fais cette seule proposition. Mais il est pour moi hors de doute que le concile du Vatican doit avant tout s'occuper de cette affaire très importante et chercher un moyen de donner à l'Eglise des évêques selon le cœur de Dieu, des évêques de volonté ferme et inébranlable.
» Et si, comme je le désire, le concile du Vatican s'élève plus haut et prend ses inspirations aux sources les plus élevées, nous trouverons, je crois, des princes plus disposés à céder quelque chose de leur droit, car ils seront alors assurés qu'au concile du Aratican il n'a pas été question (comme on pourrait le dire au dehors) de les dépouiller de leur droit, mais qu'on s'est occupé de la réforme et du bien de l' Eglise, ce qui doit contribuer aussi au bien et à l'utilité de la société civile. Croyez-moi, vénérés Pères, dans ce trouble et cette instabilité qui menace chaque nation de la ruine et de la mort, c'est surtout un remède que la société civile attend de notre Sainte Mère l'Elglise, de son influence morale, elle qui, bâtie sur le roc, reste forte, durable, impérissable au milieu des ruines; la société chancelante attend de son influence cette consistance, cette stabilité et cette universelle fermeté, sans laquelle aucune société ne peut vivre ni progresser, (i) »
(1) Acta, etc.. p. 346 sq.
Ainsi parla l'éloquent évèque de Diakqyar. Nous apprenons en même temps par son discours, comment les Pères pouvaient faire des propositions au concile directement devant la congrégation générale. De la nomination aux sièges épiscopaux, il n'était pas question dans le schéma; mais de même que ce schéma offrit alors l'occasion d'apporter des projets sur ce point, les autres schémas offrirent aussi l'occasion d'exprimer des projets sur d'autres, peut-être sur tous les sujets qu'on avait à cœur.
Parmi les Pères, les avis furent partagés sur la décision à prendre relativement au devoir de la résidence. Tandis que XX. SS. les archevêques Simor(i), Darboy (2) et Melchers (3), croyaient qu'on pouvait n'en pas parler, parce qu'il était bien observé et que les circonstances n'exposaient plus comme au temps du Concile de Trente, au danger de la négligence. XX". SS. les évèques de Dreux -Brézé (\), I^ace (5) et Faict (6), parlèrent en faveur de son maintien. Manifestement les premiers n'avaient pas bien considéré une remarque de l'auteur du schéma; car d'après lui- ce n'était pas l'abandon de la résidence ou le danger de la négliger qui avaient été l'occasion du décret, mais la vraie cause, était que les décisions relatives à la résidence n'étaient pas claires et offraient matière à des controverses (7).
(1) Nescio, H Paires, an opus fuwit lam long» capite île r<jsi<l<'nli<i episcoporum pertractare. In decimwn tertium annvm porlo munus episcopale, serf mihi noms non fuit episcopus qui non residerel. Pridem praeterlapsa sunt ea tempora^ Hmi Patres, qvando episcopi non residebant; cessaverunt jam Mae causae ol< quas non residebant. Non sunt amplivs episcopi belli duces, non sunt ampHus episcopi provinciarum gubernatores, cl ut dicam, quod lc<jo m Concilio Tridentino in eodem ipso capite, non amplius vaganlur episcopi per curias. .Ida, etc., p. 204.
(2) Acta, etc., p. 252.
(3) Ibid., p. 255.
(4) Ibid., p. 301.
(5) Ibid.. p. 307.
(6) Ibid., p. 365.
(7) Schéma. Adnotationes. C. \,\>. 647b.
LES SYNODES DIOCESAINS 223
Plusieurs exprimèrent le vœu que les quatre motifs d'excuse
allégués par le Concile de Trente (i) eussent une place (2) dans le décret du Vatican; et M-1' Simor, d'autre part, contesta le l'ait avancé plus haut (3), que les évoques ne prenaient plus part à des réunions politiques (4).
Comme le schéma défendait de nommer plus de deux ou trois vicaires généraux, quelques évoques français (5) estimèrent que, vu la grandeur de certains diocèses, ce nombre ne suffisait pas. On ne voulut pas non plus facilement renoncer au droit de nommer des vicaires généraux honoraires.
Nous passons sous silence les remarques faites sur la a visitatio canonial » et la « visitatio sacrorum liminum ». et nous arrivons aux synodes. Dans le schéma, on renouvelait le décret du Concile de Trente sur les synodes diocésains. On fixait la périodicité des synodes à trois ans : ce que les Pères accueillirent avec joie. D'après le décret du Concile de Trente. tous les prêtres qui avaient charge d'âmes dans une église, même s'ils n'avaient qu'une annexe, devaient venir au synode. On comprend facilement qu'une pareille détermination fut changée. Mgr le patriarche Ballerini souhaitait voir ainsi limiter le nombre des membres du synode : les évoques des diocèses dont les paroisses comptaient en moyenne plus de quatre cents âmes, devaient n'appeler, outre les prêtres
(1) Cf. plus haut, p. 203.
(2) Mr Simor, Acta, etc., p. 204 sq. ; M6' Caixal y Estrade, Acta, etc.. p. 222: M" deDreux-Brézé, Acta, etc., p. 301 ; Pace, Acla, etc. , p. 307.
(3) C. V. 647b. Cf. plus haut. p. 203.
(4) Nos episcopi Hungariae in comitiis sedebamus ah son vel 870annis, et quantum scio, episcopi Auslriae sedent in comitiis imperialibus ; quantum scio, EH. DU. Cardinales Galliae sunt nati membra senatus imperialis; archiepiscopi Bavariae et mut* episcopus ex Bavaria sedent in co'nitiis regni Bavariae ; idipsum obtinel. in magna ducatu Badensi, in magno ducatu Hassiae, in regno Wurtenberg, quod ibi episcopi tant membra comitioriim : saepe propter evidentem utililatem adesse debent Mi* comitiis. Acta, etc., p. 205.
(5) Ainsi MsrDarboy (Acta, etc., p. 253); M" Dupanloup (ibid. p. 294) ; M" Dabert (ibid. p. 323 sqq.)
de la résidence épiscopale, que les doyens, les chapitres des églises collégiales et les deux curés ou recteurs les plus anciens en charge dans chaque décanat (i). M-1 Simor s'étendit surtout sur la difficulté d'appeler tous les curés : « Est-ce que tous les curés peuvent être absents de leur paroisse six, sept ou huit jours? dit-il. Dans mon diocèse, il leur faut deux jours au moins de voyage pour arriver à la ville épiscopale et deux jours pour le retour et, si le synode dure trois jours, le curé est absent six jours de sa paroisse. Le patriarche d'Alexandrie a demandé de ne pas convoquer les curés qui auraient un troupeau de plus de quatre cents âmes; alors, je ne pourrais appeler aucun curé au synode diocésain, car je n'ai pas de curé qui n'ait une paroisse d'au moins huit cents, mille ou quinze cents âmes. Le patriarche a pourtant indiqué comment on pourrait remédier à cet état. Nous savons tous comment le Saint-Père, sur sa prière, a accordé à l'évèque décédé de Liège, de tenir, avec ses seuls doyens, un synode diocésain ayant plein pouvoir, et à nous, en Autriche, il nous a aussi promis une permission semblable; c'est bien, mais je désire que dans le concile œcuménique on établisse comme règle : qu'on appelle au sj'node diocésain tous les doyens, plus un autre curé du district élu par les autres prêtres » (2). Une proposition analogue à celle ci fut faite par M61" Zwerger (3). //
Plusieurs Pères ayant demandé pourquoi les prescriptions du Concile de Trente sur la tenue des synodes diocésains ou provinciaux, étaient si mal observées, aP1 Gastaldi montra que la faute revenait en partie aux gouvernements (4). aP1 Melchers rejette cette faute sur la difficulté de garder la
(1) Acta, etc., p. 200.
(2) Ibid. p. 207.
(3) Ibid. p. 372.
<4) Ibid., p. 381.
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