‹ Histoire du Concile du Vatican (volume 3)Chapitre 77 sur 152 · LES SYNODES PROVINCIAUX · texte numérisé non relu

LES SYNODES PROVINCIAUX

Il est certain que les Pères pouvaient faire de pareilles propositions, et il est tout à fait possible qu'il y ait eu dans l'approbation des conciles provinciaux des inconvénients comme ceux qui ont été signalés. Mais nous croyons que, pour les faire disparaître, la proposition déjà faite par M»1 Melchers aurait pu suffire: «Dans ce chapitre (V) avait-il dit, il est prescrit aux métropolitains d'envoyer au Saint-Siège tous les actes et décrets du concile provincial,// afin qu'ils soient examinés et approuvés avant leur publication. Sans doute, ce décret est très sage et plaît à tous. Mais comme il est quelquefois arrivé que les actes et décrets d'un concile provincial soient retournés, changés et augmentés, je demande humblement de régler que les décrets d'un concile provincial ne seront ni changés ni augmentés, avant entente avec les métropolitains sur les additions et les changements (i). »

Mgr Moreyra,évêque de Guamanga ou Ayacucho,au Pérou, introduisit les Pères, à la quatorzième congrégation générale, dans un tout autre monde, et il leur expliqua les difficultés qu'il rencontrait dans son diocèse pour la tenue des synodes et les visites diocésaines, difficultés telles qu'on ne les aurait pas soupçonnées. « Si un autre orateur, dit-il, a parlé de difficultés très grandes contre la tenue des synodes parce qu'il y avait dans son diocèse des paroisses éloignées de la ville épiscopale de plus de trois jours de marche, que puis-je dire, moi qui ai des paroisses éloignées de plus de quinze ou vingt jours de voyage, non en bateau à vapeur et en chemin de fer, mais à cheval et à pied, dans les montagnes, à travers les fleuves, les précipices, au milieu dp neiges et de pluies continuelles, au milieu du tonnerre et des éclairs, et souvent même au péril de la vie. Mon diocèse compte quatre-vingt-dix-neuf paroisses, disséminées dans onze provinces (civiles), et pour la visite d'une seule pro-

(1) Acta, etc., p. 256.

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viuce, j'ai, l'année dernière, parcouru au moins 600 milles. Chaque paroisse a quelques églises vice-paroissiales qui sont éloignées ordinairement de quelques milles de l'église paroissiale, parfois même, comme dans cette province dont je parlais, de 72 milles. Du nombre des fidèles, je ne dirai qu'un mot : j'ai donné le Sacrement 4e Confirmation à 5o,ooo diocésains dans la visite de douze paroisses seulement. Par ce seul exemple, on peut apprendre à connaître tous les autres diocèses de notre province ecclésiastique et, plus ou moins, tous les diocèses du sud de l'Amérique. De plus, le nombre des prêtres est si petit, qu'il serait impossible, pendant le synode, d'assurer suffisamment le ministère des âmes. Comment, au milieu de ces difficultés innombrables, pouvonsnous tenir des synodes diocésains (1)? » Le gouvernement, continue l'évêque, nous prépare de plus grandes difficultés encore. / Les lois prescrivent qu'un plénipotentiaire du gouvernement prenne part au synode et demandent pour lui le droit de manifester ses vues. Les évoques sont obligés de soumettre les décrets du synode à l'approbation du gouvernement. S'ils obéissent à ces règlements, ils abandonnent la liberté de l'Eglise. S'ils ne le font pas, ils sont regardés et punis comme des révoltés, et ainsi l'observation des lois synodales est frappée d'amende. Que faire donc ? Eh bien, que le concile du Vatican fasse un décret ; et les prêtres l'exécuteront, même au péril de leur vie. Tout ce qui a été dit s'appliquait également aux conciles provinciaux (2).

A l'occasion du débat sur les synodes provinciaux et diocésains, Mer Dupanloup (3) demanda aussi une décision sur la tenue des conciles pléuiers, demande dont Mgr Gastaldi se montra chaud partisan. En dehors des synodes provinciaux

(3) Ibid., p. 291.

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et diocésains, dit ce dernier (i), il faudrait établir aussi des conciles nationaux, comme on le faisait dans les premiers temps de l'Eglise, par exemple en Afrique, et comme on le fit plus tard dans les Etats-Unis de l'Amérique. De nos jours ces synodes me paraissent fort nécessaires pour que tous les évêques qui vivent sous un même gouvernement civil puissent arrêter une ligne de conduite commune à tous dans leurs relations avec le pouvoir civil. Si une partie des évêques prend une décision qui déplaît particulièrement aux princes ou au gouvernement, pendant que l'autre partie des évêques de la même nation se tait, le gouvernement pense que ce qui a été décidé par les premiers n'est pas une détermination dictée par la conscience, suivant les lois divines et ecclésiastiques, mais inspirée par des préoccupations particulières. Il me paraît donc très utile que, de temps en temps, tous les évêques vivant sous les mêmes lois se réunissent et, sous la i^résidence du patriarche ou du primat ou, s'il n'y en a pas, d'un archevêque nommé par le Pape ou d'un légat du Saint-Siège, prennent des décisions qui aient force de loi pour toute la nation et pour tous les évêques réunis.

Enfin, Mgr Strossmayer exprima le vœu qu'on déterminât la périodicité des conciles œcuméniques. Leur nécessité et leur utilité ont clairement apparu par la convocation du concile du Vatican, salué de toutes parts avec une si grande allégresse par les fidèles enfants de l'Eglise. // Les nombreux moyens de communication de notre temps en facilitent la réunion. De plus, il est dans l'esprit du temps que, chez les peuples plus civilisés, les plus importantes questions communes soient traitées en commun. Aussi déjà Pie IV avait-il chargé les légats au concile de Trente de régler, si cela répondait aux vœux des Pères, que tous les vingt ans on réuni-

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rait un concile. Lé concile de Constance, dans la 3a/1 session, qui communément est regardée comme régulière, a décidé que les conciles généraux auraient lieu tous les dix ans. L'orateur propose donc d'adopter la pensée de Pie IV et de décider que tous les vingt ans un concile œcuménique serait coii voqué (i).

A l'époque où avaient lieu les débats dont nous nous occupons, parurent les pétitions pour et contre la définition do l'infaillibilité du Pape; cette question nous l'avons dit, divisait de plus en plus les Pères en deux parties inégales, déjà dessinées dès l'abord. A quelques expressions des orateurs, on croit sentir la disposition passionnée que soulevait cette question. Cela se voit clairement, entre autres, dans le discours de Mgr Darboy, archevêque de Paris, à la 12e congrégation générale (2). Dans tous son discours apparaît le mécontentement contre la marche du concile, et lorsqu'il parle du schéma, il paraît prendre plaisir à montrer à ses auteurs, de la manière la plus ouverte, combien peu il estime leur travail.

Dès le début, il s'en prend, d'un ton incisif, à Mgr Demartis, évèque de Galtelli-Nuoro, en Sardaighe. Ce dernier avait, dans la 11e congrégation générale, porté un jugement très défavorable sur les vicaires capitulaires et même sur les chapitres, en particulier sur le chapitre de Paris du cotiimencement du siècle qui attribuait aux chapitres le droit de nommer un vicaire malgré l'opposition du Pape, et déclarait vouloir défendre jusqu'au dernier soupir les quatre articles gallicans de 1G82, condamnés par plusieurs Papes (3). M-' Darboy ne veut pas attaquer l'avis de Msr Demartis au sujet des chapitres, mais l'évèque avait mal choisi son exemple. Les vicaires généraux qu'il blâmait avaient virilement souffert l'exil et là pauvreté pour 1 à foi catholique, l'un d'eux

U\ Ibid., p. 247 sq.

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