‹ Histoire du Concile du Vatican (volume 3)Chapitre 92 sur 152 · AVIS DIVERS SUR LE SCHEMA · texte numérisé non relu

AVIS DIVERS SUR LE SCHEMA

Ce grand catéchisme toutefois ne serait que le développement des vérités essentielles contenues dans le petit, mais adaptées autant que possible, aux conditions de personnes et de lien. / Ce point a été prévu dans la constitution elle-même. Nous y lisons, en effet : « Les évèques restent libres de publier, tout en maintenant toujours le petit catéchisme, des catéchèses séparées que, dans le Seigneur, ils jugeraient plus profitables à une instruction plus complète de leurs fidèles ou à la réfutation des erreurs particulières à leurs pays (i) ».

L'évèque de Nice avait dit déjà que c'était l'affaire du catéchiste d'adapter ses explications à des besoins différents, et il avait montré comment on pouvait le faire. Voici sa conclusion : « Toutes ces différences ne sont pas assez considérables pour forcer l'Eglise à maintenir un grand nombre de catéchismes. Bien certainement, au temps des apôtres, il y avait des différences autrement considérables entre les divers royaumes du monde. Ont-ils cru devoir composer pour cela différents symboles? N'ont-ils pas plutôt composé un symbole unique pour toutes les provinces et tous les royaumes du monde entier? Si donc un seul symbole suffisait dans un temps où des différences infinies se rencontraient dans les talents, l'instruction, les mœurs, les préjugés, pourquoi un seul catéchisme ne suffirait-il pas au temps où nous vivons, alors que les différences sont bien moins considérables? Au temps du Concile de Trente aussi, il y avait un grand nombre, un très grand nombre d'hérésies, surtout en Allemagne ; ce concile a-t-il conclu pour cela qu'il fallait composer différents catéchismes pour les différentes provinces, selon la diversité des hérésies qui y régnaient? Nullement. Il a voulu qu'on fit un seul catéchisme, qui suffirait à tous, pour l'instruction de tous les peuples (2). »

(i) Acta, etc., p. 761.

(2) Ibid. , p. 657 sq.

Mer Kcane soutint que la difficulté d'introduire un nouveau catéchisme n'était pas aussi grande. Car, si les évéques introduisent parfois de nouveaux catéchismes, a fortiori le pape et le concile peuvent-ils le faire? (i). Mer de la Bouillerie affirma que les fidèles désiraient un catéchisme commun ù toute l'Eglise (2). Mgr Paya y Rico ajouta que le trouble résultant de l'introduction d'un nouveau catéchisme serait moindre que le trouble engendré actuellement par la diversité des catéchismes. Dans mon diocèse, dit-il, il y a trois ou quatre catéchismes; aussi, quand les fidèles changent de localité, ils ne comprennent pas le curé lorsqu'il explique le catéchisme. et ils ne peuvent répondre à ses questions; il s'agit donc, par l'introduction d'un catéchisme commun à tous, de mettre fin à un pareil désordre (3).

Les Pères en général ne firent pas difficulté de reconnaître que l'introduction d'un nouveau catéchisme amènerait quelque trouble ; mais plusieurs mirent précisément en avant cette raison pour adopter le schéma. « Oui, dit M~r Elloy, voilà le motif qui rend tout à fait désirable qu'un catéchisme rédigé aussi parfaitement que possible soit adopté par l'Eglise sans qu'aucun évoque y puisse rien changer. » (4) Mgr Jans exprima la même pensée, et il l'appuya par des faits constatés dans son propre diocèse : « Dans mon diocèse j'ai vu changer le catéchisme quatre fois dans l'espace de trente ans. Mes quatre prédécesseurs, hommes remarquables par leur savoir et leur piété, se sont certainement demandé dans leur zèle des âmes, comment ils pourraient donner à leur troupeau le meilleur catéchisme. Chacun lui donna le sien en augmentant, diminuant ou changeant celui de son prédécesseur. Assurément

,(i) Actn, etc., p. 697.

(2) Ibid., p. 703.

(3) Ibid., p. 710 sq.

(4) Ibid., p. 724.

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leurs intentions étaient louables. Il faut cependant avouer que ees changements étaient une occasion de mécontentements et de plaintes ; et celle des parents n'est certes pas injustifiée, quand ils disent ne pouvoir qu'à grand'peine instruire leurs enfants dans la religion chrétienne ou les interroger, puisque les formules qu'eux-mêmes avaient apprises dans leur enfance ont été changées » (i).

L'objection que l'on avait faite sur la difficulté de traduction, ne fut pas prise en grande considération. « Je crois, dit MP Vitelleschi, qu'il n'y a aucun livre, en quelque langue qu'il soit écrit, dont le sens ne puisse être parfaitement rendu dans une autre langue (2). » — « Si la Sainte Ecriture, dit M"1 Keane, que le texte soit samaritain, hébreu ou grec, peut être traduite dans les langues des chrétiens et des païens, pourquoi un petit catéchisme ne pourrait-il pas être traduit dans les langues des catholiques (3) ? »

Nous croyons avoir cité maintenant toutes les raisons importantes avancées pour combattre le schéma.

Le deuxième et le troisième jour du débat, deux orateurs se prononcèrent contre le schéma //. Le premier, MK1 David, évêque de Saint-Brieuc, n'apporta rien de nouveau. 11 s'associa aux vues de Mgr Dupanloup, disant que le schéma était une menace pour les droits épiscopaux (4). Le second, Mgr Clifford, désirait l'uniformité des catéchismes; mais il faudrait l'établir, non pas par décret du concile et en supprimant d'un seul coup tous les catéchismes existants, mais en les modifiant peu à peu II doute qu'on soit en état de substituer aussitôt un catéchisme mieux fait, et il souligne à be propos la difficulté inhérente à l'entreprise de composer un bon catéchisme. On recommanderait donc instamment

(1) Acta,etc, p. 743 sq.

(2)Ibid., p. 689.

(3)lbi<l., p. 696.

(4)Ibid., p. 668 sqq.

aux conciles provinciaux de promouvoir l'unité des catéchismes. Comme modèle, il préconise la Doctrina christiana du Bienheureux Pierre Canisius (i).

Le quatrième et le cinquième jour du débat (vingt-septièmp

et vingt-huitième congrégation générale), tous les discours turent favorables au schéma: mais le dernier jour (vingtneuvième congrégation générale , l'un ou l'autre des sept orateurs parla de nouveau contre lui. Les deux premiers, le P. Rieca, Général des Minimes, et M>1 Zunnui Casula, se montrèrent favorables (2). Le troisième, Mgr Selierr, archevêque de Munich-Freismg, ne peut pas être compté simplement parmi les adversaires du schéma. 11 parla presque uniquement des conditions particulières à l'Allemagne. Les enfants y sont obligés de fréquenter l'école pendant sept ou huit ans, et pendant ce temps on leur apprend à l'école même le catéchisme. 11 se demande donc si le même catéchisme peut être employé là où les enfants sont obligés de fréquenter j l'école, et là où cette obligation n'existe pas. Si malgré cela on voulait introduire un catéchisme uniforme, il faudrait, à son sentiment, prendre au préalable l'avis des évèques de tous les pays pour savoir si ce catéchisme peut convenir à leurs diocèses. Il propose aussi de ne pas obliger a adopter ce nouveau catéchisme, les évèques qui auraient déjà un bon catéchisme, généralement estimé (3). — Cette proposition de ne pas prescrire strictement ce nouveau catéchisme, mais de se borner à le recommander, avait déjà été faite par Mgl le Patriarche Ballerini (4), et sera encore répétée par M«r Haynald (5).

Mgl Dinkel, évèque d'Augsbourg, qui succéda à l'arche-

j I) Aeta, etc., p. 7U4 sqq.

(2) Ibid., 785 sqq; 789 sqq.

i3i lbid., p. 7lJ4 sqq.

i4j Ibid., p. 678.

(5) Ibid., p. 806.

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