XX. SS. DIXKEL, EBERHARD, HAYNALD
vêque de Munich à la tribune, (''tait un adversaire du projet //. Composer un bon catéchisme est difficile ; en composer un qui malgré la diversité de tempérament, d'instruction et de besoins des différentes nations, puisse convenir à tous, est impossible. Permettre aux évêques de faire des additions à un petit catéchisme qui ne contiendrait que les choses essentielles, serait nécessairement ramener la diversité des catéchismes (i).
M-1 Eberhard, évéque de Trêves, qui, dit-il lui-même, sans avoir demandé la parole avait été mis sur la liste des orateurs, parla en faveur du schéma. Sa parole témoigne d'une grande expérience dans la question des catéchismes, ainsi que du vif intérêt qu'il y prend. Il décrit avec exactitude le catéchisme qu'il souhaite, et indique comment il voudrait le voir traduit dans les différentes langues des provinces ecclésiastiques ou des royaumes. « Cette traduction terminée, continue-t-il, à mon humble avis, c'est aux évêques, après entente générale et après le choix bien arrêté des mots, qu'il appartient d'insérer au catéchisme venu de Rome, mais sans changer ni ses formules ni son texte, tout ce que la condition des Etats et des temps, la diversité du développement intellectuel, l'enseignement et l'esprit des écoles, leur feraient juger nécessaire dans le Seigneur pour protéger l'enfance et la jeunesse contre les erreurs qui pourraient circuler dans leur pays ». Il faudrait cependant mettre bien en évidence dans l'impression, par des signes particuliers, tout ce qui appartient au catéchisme uniforme donné par le concile. Dans des pays où la fréquentation de l'école est obligatoire pendant de nombreuses années, comme en Allemagne, il regarde deux catéchismes comme absolument nécessaires (2): l'un pour les basses
(î) Acta, etc., p.796sqq.
(2) Ibid.,p.800sq.
danses, l'autre pour les classas supérieures. C'était là aussi la pensée de M'-'1 Elloy (i), et la Députât ion entra dans ces vues en modifiant le schéma dans ce sens.
Mgr Haynald, archevêque de Kalocsa, débuta par ces mots : « Patientia vestva post tôt oratorcs uti, idem est ac patientia vestra abuti. » Il était le quarantième à parler sur le petit schéma. Aussi n'est-il pas surprenant que les Pères aient eu le désir de terminer ce débat, et qu'ils aient souhaité que M-' Haynald l'ut assez court.
L'orateur n'aura rien à opposer au schéma, si l'on ne rend pas l'introduction du catéchisme nouveau obligatoire pour tous les évèques . C'est aux évèques d'une même province, voire d'une menu1 nation, que l'on doit recommander instamment d'arriver par leurs efforts à adopter un catéchisme aussi uniforme (pie possible. Il fit encore quelques propositions de peu d'importance; puis, il entreprit de défendre quelques propositions de ses amis particuliers, accueillies avec peu de bienveillance par beaucoup de Pères.
C'est ainsi qu'il défendit à sa manière la remarque de M-1' Dupanloup que le projet blessait les droits des évèques : « Vous avez accueilli par un murmure qui, certes, n'était pas approbateur, aujourd'hui, et je pourrais dire aussi ces jours derniers, tous les orateurs, Pères du concile, qui ont émis l'opinion que la prescription trop rigoureuse d'un catéchisme touchait aux droits des évèques. Pour ma part, je ne me suis pas permis le moins du monde des murmures, mais vous avez murmuré contre ce qui est mon opinion. .Te le regrette, en effet, mais cette fonction des évèques qui serait atteinte par une prescription rigoureuse du catéebisme et qui a été appelée un droit doit être appelée un droit. Cette dénomination peut donner prise à de fausses interprétations; comme si, dans la pensée des adversaires du schéma, il s'agissait de je ne sais
i Ibitl., p. 725.
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quel droit d'honneur qu'il l'aille défendre à tout, prix, d'un droit personnel tout à leur avantage, objet d'un point d'honneur humain, tandis que, à mon avis du moins, pareil reproche me semble tout à fait injuste. Et ici je crois interpréter les sentiments de tous les cœurs, en affirmant que tous ces droits épiscôpaux, y compris la grande fonction épispopale, ne sont qu'une charge immense, dont tous en général et chacun en particulier nous voudrions être délivrés si les circonstances le permettaient. » Puis Msr Haynald continue à prouver, en phrases harmonieuses, que ce droit dont il s'agit doit être appelé le droit d'une charge; et enfin, il explique, en apportant des arguments connus, que l'évoque doit remplir lui-même le devoir d'instruire qui lui incombe, et que les raisons données pour l'introduction d'un catéchisme commun à tous ne sont pas décisives.
A plusieurs reprises la désapprobation des Pères se fit entendre hautement pendant ce discours. Mais une véritable protestation s'éleva lorsque l'orateur en vint à ce passage : « On a dit que la question du Petit Catéchisme était très importante. Un évèque très éminent a dit au commencement de la discussion : Le Petit Catéchisme est une grande affaire, // Mais, si pour cette raison nous allons entreprendre de nous débarrasser de tous nos devoirs et nous efforcer de faire faire par Rome ce que, nous, nous devons faire, alors, aujourd'hui comme demain, nous aurons encore beaucoup d'autres prescriptions à faire aux évêques. C'est une grande charge que de faire des homélies au peuple et elle demande beaucoup de travail : supposons ce catéchisme publié et prescrit, il faudra aussi que les sermons par lesquels nous instruisons le peuple, nous viennent, et tout faits, d'ici; et ainsi on arrivera simplement à supprimer chez les évêques cette activité spontanée et si fructueuse, cette initiative qui est la mère nourricière des grandes vertus et des grandes entreprises, »
M-' Haynald chercha ensuite à réfuter la raison que quelques-uns avaient fait valoir en faveur du schéma, à savoir qu'il servirait à promouvoir l'unité dans l'Eglise. 1! Le fit en montrant, dans un langage très prolixe, que cette unité était actuellement plus majestueuse dans l'Eglise qu'elle ne l'avait jamais été.
Ce point terminé, il lui restait encore quelques mots (paucissima) à ajouter. Avec une permission particulière du président, disait-il, il voulait répondre à certaines interprétations peu bienveillantes des paroles qu'il avait dites au sujet du bréviaire (i). On avait, en effet, répété qu'à voir la façon dont les orateurs avaient traité la question de la réforme du bréviaire, ils feraient croire que le bréviaire est plein de fautes et de lacunes, qu'il est écrit dans une langue informe et barbare. Or, nul de ceux qui entourent ce livre du respect qui lui est dû, et il est de ceux-là, n'a pu ni n'a voulu parler ainsi. C'est pour le réfuter plus facilement qu'on lui a prêté ce langage. Voici ce qu'il a dit, et pas autre chose : Il y a dans le bréviaire quelques imperfections qu'il faut corriger. Les hymnes sont parfois difficiles à comprendre et d'un style peu soigné. Il n'a pas dit non plus qu'il fallait abréger le bréviaire, mais que cette obligation de tous les jours devait à certains jours se tempérer. par égard pour les labeurs apostoliques que plusieurs ont à supporter ce jour-là. — Il exposa tout cela en orateur très abondant, qui se laisse entraîner, et continua : « Si c'est un délit de tenir ce langage, et je n'ai tenu que celui-là, 1 j'ai pour complices les Pères du concile de Trente qui ont mis à l'ordre du jour la réforme du bréviaire: j'ai pour complices les papes qui ont entrepris cette réforme; j'ai pour complices des hommes considérés et pieux qui forment ce vœu dans leur cœur. » Alors le cardinal président
(1) Voir ci-dessus p. 245.